“Il est sorti. Il a dit: “Je reviens tout de suite”.

“C’est bien. Assoyons-nous et mangeons.”

Jésus offre la nourriture, la bénit et la partage. Mais une ombre glaciale est dans la pièce éclairée par deux lampes et le foyer. Au-dehors, l’orage continue…

Judas revient, essoufflé, trempé comme s’il était tombé dans le lac. Bien qu’il eût mis le manteau sur sa tête, quand il le dépose tout trempé à terre, ses cheveux paraissent raides et détrempés, collés aux joues, au cou. Tous le regardent, mais personne ne parle.

Lui veut s’excuser bien que personne ne lui demande rien:

“J’ai couru chez tes frères pour leur dire que tu es ici. Je t’ai obéi, pourtant. Je ne suis pas allé trouver les malades. D’ailleurs c’était impossible. Une eau! Un déluge!… Mais j’ai voulu sans tarder honorer tes parents… N’es-tu pas content, Maître? Tu ne parles pas…!”

“Je t’écoute. Prends et mange.

459.5 - Et en attendant d’aller nous reposer, parlons entre nous.

Écoutez: il est dit de ne pas confier son cœur à l’étranger parce que nous ne connaissons pas ses habitudes Il est dit en Siracide 8,18-19. . Mais pouvons-nous dire que nous connaissons le cœur même de celui qui est notre compatriote? Le cœur de l’ami? Celui du parent? Il n’y a que Dieu qui connaisse parfaitement le cœur de l’homme, et l’homme n’a qu’un moyen pour connaître le cœur de son semblable et comprendre s’il est vraiment son compatriote, ou bien son véritable ami et son vrai parent.

Quel est ce moyen? Où se trouve-t-il? Dans le prochain lui-même et en nous. Dans ses actions et ses paroles et dans le jugement droit que nous formons. Quand, dans les paroles du prochain, dans ses actions, ou dans les actions qu’il voudrait que nous fassions, nous nous rendons compte, par le jugement droit que nous formons, qu’il n’y a pas de bien, alors nous pouvons dire: “II n’a pas un cœur bon, et je dois m’en méfier”. Il faut le traiter avec charité, parce qu’il souffre du malheur le plus grave: d’avoir l’esprit malade, mais il ne faut pas le suivre dans ses actions, ni prendre ses paroles comme vraies et sages et encore moins suivre ses conseils.

Ne vous laissez pas ruiner par l’orgueilleuse pensée: “Moi, je suis fort et le mal des autres n’entre pas en moi. Moi, je suis juste, et même si j’écoute ceux qui sont injustes, je me garde juste”.

L’homme est un abîme profond, où sont tous les éléments du bien et du mal. Nous aident à grandir et à devenir rois, les premiers, les aides de Dieu; aident à développer les éléments mauvais et à faire régner la nocivité, les passions et les amitiés mauvaises.

Tous les germes du mal et toutes les aspirations au bien dorment dans l’homme par la volonté aimante de Dieu, par la volonté mauvaise de Satan qui suggestionne, qui tente, qui excite, alors que Dieu attire, réconforte, aime Cf. Romains 7,19 : Je ne fais pas le bien que je voudrais, mais je commets le mal que je ne voudrais pas. . Satan tente pour séduire. Dieu travaille pour conquérir. Et ce n’est pas toujours Dieu qui a la victoire, car la créature est lourde tant qu’elle ne fait pas de l’amour sa loi et, à cause de sa lourdeur, elle descend et se laisse attirer plus facilement vers ce qui est assouvissement immédiat et de ce qu’il y a de plus bas dans l’homme.

Pour ce que je dis de la faiblesse humaine, vous pouvez comprendre combien il est nécessaire de se méfier de soi-même et de faire grandement attention à notre prochain, pour ne pas unir le venin d’une conscience impure à ce qui fermente déjà en nous. Quand on comprend qu’un ami est la ruine de notre cœur, quand ses paroles troublent la conscience, quand ses conseils apportent le scandale, il faut savoir quitter l’amitié qui est dommageable. En y demeurant, on finirait par voir périr l’esprit, parce que l’on passerait à des actions qui éloignent Dieu, qui empêchent la conscience endurcie de comprendre les inspirations de Dieu.

Si un homme qui est coupable de péchés graves pouvait, voulait parler, pour dire comment il est arrivé à ces péchés, on verrait qu’à l’origine il y a eu une amitié mauvaise…”

“C’est vrai!” reconnaît à voix basse Samuel de Nazareth.

459.6 - “Méfiez-vous de ceux qui, après vous avoir combattu sans motif, vous comblent tout à coup d’honneurs et de cadeaux.

Méfiez-vous de ceux qui louent toutes vos actions et sont prêts à toutes les louanges: c’est-à-dire ils louent le paresseux comme un bon travailleur, l’adultère comme un mari fidèle, le voleur comme un homme honnête, le brutal comme un homme doux, le menteur comme un homme sincère, le mauvais fidèle et le pire des disciples comme des modèles. Ils le font pour vous ruiner et se servir de votre ruine pour leurs projets astucieux.

Fuyez ceux qui veulent vous enivrer de louanges et de promesses, pour vous faire faire des actions que vous n’accepteriez pas de faire si vous n’étiez pas ivres.

Et quand vous avez juré fidélité à quelqu’un, évitez de traiter avec ses ennemis; ils ne peuvent vous fréquenter que pour nuire à celui qu’ils haïssent et lui nuire avec votre aide même.

Ouvrez les yeux. J’ai dit J'ai dit, en EMV 265.7. : soyez rusés comme les serpents outre que d’être simples comme des colombes, car pour traiter des choses de l’esprit, la simplicité est sainte, mais pour vivre dans le monde sans se nuire à soi-même et à ses amis, il faut une ruse qui sache découvrir les ruses de ceux qui haïssent les saints. Le monde est un nid de serpents. Sachez connaître le monde et ses combinaisons. Et puis, en restant des colombes, pas dans la boue où restent les serpents, mais à l’abri, en haut du rocher, ayez le cœur simple des fils de Dieu. Et priez, priez car, en vérité je vous le dis, le grand Serpent siffle autour de vous, et parce que vous êtes en grand danger et que celui qui ne veille pas périra.

459.7 - Oui. Parmi les disciples, il y en aura qui périront, pour la plus grande joie de Satan et l’infinie douleur du Christ.”

“Qui donc, Seigneur? Peut-être quelqu’un qui n’est pas des nôtres, un prosélyte, quelqu’un… qui n’est pas de Palestine, quelqu’un…”

“Ne cherchez pas. N’est-il pas dit par hasard que l’abomination entrera, comme déjà elle est entrée, dans le lieu saint Deutéronome 9,27 | Deutéronome 11,31 | Deutéronome 12,11. ? Or, si on peut pécher même près du Saint, est-ce que quelqu’un de ceux qui me suivent ne pourra pas pécher, qu’il soit galiléen ou juif? Veillez, veillez, mes amis. Veillez sur vous-mêmes et sur les autres, veillez sur ce que vous disent les autres et sur ce que vous dit votre conscience. Et si par vous-mêmes vous n’avez pas la lumière pour voir clair, venez à Moi. Je suis la Lumière.”

Pierre s’agite et murmure derrière le dos de Jean qui fait des signes de dénégation. Jésus tourne vers lui son regard, le voit… Pierre se donne une contenance et fait semblant de s’éloigner. Jésus se lève, sourit légèrement… Puis il entonne la prière, bénit, prend congé. Il reste seul pour prier encore.