“La vie éternelle… Mais aide-moi, ô Seigneur…”

On dirait qu’elle meurt tant elle abat son visage contre terre.

“Tu as pris le meilleur parti, que tu en sois bénie. Il y en a peu en Israël qui t’égaleraient en crainte de Dieu et en justice. Lève-toi. Allons le trouver.”

“Mais, Seigneur, vas-tu vraiment le faire mourir? Et comment ferai-je?”

La créature humaine ressort du feu de l’esprit comme le phénix de la mythologie; elle souffre et s’effare humainement…

“Ne crains pas, femme. Toi, Moi, nous tous, nous confions tout au Père des Cieux et Lui agira avec son amour. Es-tu capable de le croire?”

“Oui, mon Seigneur…”

“Alors, allons en disant la prière de toutes les demandes et de tous les réconforts.”

Et tout en marchant, entouré et suivi d’une foule nombreuse, il dit lentement le Pater. Le groupe des apôtres l’imite, et dans un chœur bien ordonné, les phrases de la prière s’élèvent au-dessus du bruit de la foule qui, prise par le désir d’entendre prier le Maître, se tait peu à peu, de sorte que l’on entend parfaitement les dernières demandes dans un silence solennel.

“Le pain quotidien, le Père te le donnera. Je te le garantis en son Nom” dit Jésus à la femme.

Puis il continue en s’adressant non pas à elle seule, mais à tous:

“Et vos fautes vous seront pardonnées si vous pardonnez à celui qui vous a offensé et qui vous a fait du tort. Lui a besoin de votre pardon pour avoir celui de Dieu. Et tous ont besoin de la protection de Dieu pour ne pas tomber dans le péché comme Siméon. Souvenez-vous-en.”

458.4 - Ils sont arrivés à la maison et Jésus y entre avec la femme, et avec Pierre, Barthélemy et le Zélote.

L’homme, étendu sur une couchette, le visage couvert de bandes et de linges mouillés, s’agite et délire. Mais la voix ou la volonté de Jésus le ramène à lui-même et il crie:

“Pardon! Pardon! Je ne retomberai plus dans le péché. Ton pardon comme l’autre fois! Mais guérir aussi, comme l’autre fois. Arria! Arria! Je te le jure, je serai bon. Je n’userai plus de violence ni de fraude, je ne…”

L’homme est prêt à tout promettre par peur de la mort…

“Pourquoi veux-tu cela?” demande Jésus. “Pour expier ou parce que tu crains le jugement de Dieu?”

“Cela, cela! Mourir maintenant, non! L’enfer!… J’ai volé. j’ai volé l’argent du pauvre! J’ai usé de mensonge. J’ai frappé le prochain et fait souffrir les miens. Oh!…”

“La peur n’est pas bonne. Il faut le repentir, un repentir vrai ferme.”

“La mort ou la cécité! Oh! châtiment! Ne plus voir! Ténèbres! Ténèbres! Non!…”

“Si elles sont terribles les ténèbres des yeux, ne sont-elles pas plus horribles pour toi celles du cœur? Et ne crains-tu pas celles de l’enfer, éternelles, horribles? La privation continuelle de Dieu? Les remords continuels? La douleur de t’être tué toi-même, pour toujours, en ton esprit? N’aimes-tu pas ta femme? Et n’aimes-tu pas tes enfants? Et ton père, ta mère, tes frères, ne les aimes-tu pas? Eh bien, tu ne penses pas que tu ne les auras plus avec toi, si tu meurs damné?”

“Non! Non! Pardon! Pardon! Expier, ici, oui, ici… Même la cécité, Seigneur… Mais l’enfer non… Que Dieu ne me maudisse pas! Seigneur! Seigneur! Tu chasses les démons et tu pardonnes les fautes, ne lève pas la main pour me guérir, mais pour me pardonner et me délivrer du démon qui me tient… Mets-moi une main sur le cœur, sur la tête… Délivre-moi, Seigneur…”

“Je ne puis faire deux miracles. Réfléchis. Si je te délivre du démon, je te laisserai la maladie…”

“Il n’importe! Sois le Sauveur.”

“Qu’il en soit comme tu veux. Sache profiter de la grâce qui est la dernière que je te fais. Adieu.”