“Oh! peut-être il va rendre fécond le mien! Ce serait la joie et la paix entre Élisée et moi. Je suis allée dans tous les endroits où on dit que la femme acquiert la fécondité. J’ai bu de l’eau du puits près de la tombe de Rachel et du ruisseau de la grotte où la Mère l’a enfanté… Je suis allée à Hébron pour prendre pendant trois jours la terre du lieu où est né le Baptiste… J’ai mangé des fruits du chêne d’Abraham et j’ai pleuré en invoquant Abel à l’endroit où il fut enfanté et tué… Toutes les choses saintes, toutes les choses miraculeuses du sol et du Ciel je les ai essayées, et médecins, et remèdes, et vœux, et prières, et offrandes… mais mon sein ne s’est pas ouvert à la semence, et c’est à peine si Élisée me supporte, tout juste s’il ne me hait pas!!! Hélas!” gémit une femme déjà fanée.
“Tu es vieille désormais, Sella! Résigne-toi!” lui disent, avec une pitié mêlée à un léger mépris et à un air triomphal bien visible, celles qui passent avec le sein gonflé par la maternité ou avec des bébés qu’elles allaitent à leur florissante poitrine.
“Non! Ne le dites pas! Il a ressuscité les morts! Ne pourra-t-il pas donner la vie à mes entrailles?”
“Place! Place! Faites place à ma mère malade” crie un jeune homme qui tient les barres d’un brancard improvisé soutenu de l’autre côté par une fillette très affligée. Sur le brancard se trouve une femme encore jeune, mais réduite à l’état de squelette jaunâtre.
“Il faudra Lui parler du malheureux Jean. Lui montrer l’endroit où il se trouve. C’est le plus malheureux de tous, car étant lépreux, il ne peut aller à la recherche du Maître…” dit un homme âgé, influent.
“Nous d’abord! Nous d’abord! S’il s’en va vers Hippos, c’est fini. Les gens de la ville vont l’accaparer et nous comme toujours, on reste à la traîne.”
450.4 - “Mais qu’arrive-t-il là-bas? Pourquoi les femmes crient-elles ainsi, sur la rive?”
“Parce qu’elles sont folles!”
“Non. Ce sont des cris joyeux! Courons…”
Le chemin est un fleuve de foule qu’il canalise dans la direction de la grève et du torrent, là où Jésus et les siens sont restés bloqués par les premiers qui sont accourus.
“Miracle! Miracle! Le fils d’Élise, abandonné par les médecins, le voilà, il est guéri! Le Rabbi l’a guéri en lui mettant de la salive dans la gorge.”
Les cris des femmes deviennent encore plus stridents et plus aigus, mêlés aux hosannas puissants des hommes.
Jésus est littéralement assiégé, malgré sa grande taille. Les apôtres essaient de toutes les façons de le dégager. Ah, bien oui! Les femmes disciples, avec Marie au milieu, sont séparées du groupe apostolique. L’enfant, dans les bras de Marie d’Alphée, pleure, effrayé. Ses cris attirent l’attention de plusieurs sur elles, et c’est l’habituel bien informé qui dit:
“Oh! il y aussi la Mère du Rabbi et celles des disciples…!”
“Lesquelles? Qui est-ce?”
“La Mère, c’est celle qui est pâle et blonde, vêtue de lin, et les autres les plus âgées dont l’une a le bébé et l’autre une corbeille sur la tête.”
“Et le petit, qui est-ce?”
“Le fils, hein! Ne l’entendez-vous pas l’appeler maman?”
“Le fils de qui? De celle plus âgée? Ce n’est pas possible!”
“De la jeune. Tu vois qu’il veut aller vers elle?”
“Non. Le Rabbi n’a pas de frères. Je le sais de source sûre.”
450.5 - Des femmes ont entendu la conversation et, pendant que Jésus, après s’être dégagé non sans peine, a réussi à rejoindre le brancard porté par les enfants et guéri la malade, elles se dirigent curieuses vers Marie.
Mais l’une d’elles ce n’est pas par curiosité. Elle se prosterne aux pieds de Marie en disant:
“Au nom de ta maternité, aie pitié de moi.”
C’est la femme stérile.