“Bon! Simon! Je t’assure qu’il est un peu fou…” dit le Zélote.
“Bien! Possible. Mais il pèche contre la bonté de notre Seigneur. Moi, même s’il me crachait au visage, s’il me giflait, je le supporterais afin d’offrir cela à Dieu pour sa rédemption. Je me suis mis en tête de faire toutes sortes de sacrifices à son intention, et je me mords la langue, je m’enfonce tes ongles dans les paumes quand il fait le fou, pour me dominer. Mais ce que je ne peux pas pardonner, c’est qu’il soit mauvais avec notre Maître. Le péché qu’il fait contre Lui, c’est comme s’il le faisait contre moi, et je ne le pardonne pas. Puis… si c’était rare! Mais, c’est toujours à recommencer! Je n’arrive pas à me faire passer l’irritation qui me bout là-dedans pour une scène qu’il a faite, que voilà qu’il en fait une autre! Une, deux, trois… Il y a une limite!” Pierre parle en criant presque et en faisant des gestes avec toute son impétuosité.
423.7 – Jésus, qui est en avant d’une dizaine de mètres, se retourne, ombre blanche dans la nuit, et il dit:
“Il n’y a pas de limite pour l’amour et le pardon. Il n’y en a pas. Ni en Dieu, ni dans les vrais fils de Dieu. Tant qu’il y a de la vie, il n’y a pas de limite. L’unique barrière à la descente du pardon et de l’amour, c’est la résistance impénitente du pécheur. Mais s’il se repent, il est toujours pardonné. Pécherait-il même non pas une, deux, trois fois par jour, mais davantage.
Vous aussi, vous péchez et vous voulez que Dieu vous pardonne et vous allez vers Lui en disant: “J’ai péché! Pardonne-moi”, et le pardon vous est doux, comme il est doux à Dieu de pardonner. Vous n’êtes pas des dieux, par conséquent moins grave est l’offense que vous fait un de vos semblables que ne l’est l’offense qu’il fait à Celui qui n’est semblable à aucun autre.
Ne vous semble-t-il pas? Et pourtant Dieu pardonne. Vous aussi, faites de même. Prenez garde à vous! Prenez garde que votre intransigeance ne se change pour vous en dommage, en provoquant l’intransigeance de Dieu envers vous.
Je l’ai déjà dit, mais je le répète encore: soyez miséricordieux pour obtenir miséricorde. Personne n’est assez exempt de péché pour pouvoir être inexorable envers le pécheur. Regardez les poids qui pèsent sur votre cœur avant ceux qui pèsent sur le cœur d’autrui. Enlevez d’abord les vôtres de votre esprit et puis tournez-vous vers ceux des autres pour montrer aux autres non pas la rigueur qui condamne, mais l’amour qui instruit et aide à se délivrer du mal.
Pour pouvoir dire, sans que le pécheur vous impose silence, pour pouvoir dire: “Tu as péché envers Dieu et envers le prochain” il faut n’avoir pas péché ou au moins avoir réparé le péché.
Pour pouvoir dire à celui qui est mortifié d’avoir péché: “Aie foi que Dieu pardonne à qui se repent” comme serviteurs de ce Dieu qui pardonne à qui se repent, vous devez montrer tant de miséricorde dans le pardon.
Alors vous pourrez dire: “Vois-tu, ô pécheur repenti? Moi, je pardonne tes fautes sept et sept fois parce que je suis le serviteur de Celui qui pardonne un nombre incalculable de fois à celui qui se repent autant de fois de ses péchés. Pense alors comme te pardonne le Parfait si moi, parce que seulement je suis son serviteur, je sais pardonner. Aie foi!” C’est ainsi que vous devez pouvoir dire et le dire par l’action, non par les paroles. Le dire en pardonnant.
423.8 – Par conséquent si votre frère pèche, reprenez-le avec amour, et s’il se repent, pardonnez-lui. Et si au commencement du jour il a péché sept fois et qu’il vous dise sept fois: “Je me repens”, pardonnez-lui autant de fois. Avez-vous compris? Me promettez-vous de le faire? Pendant que lui est au loin, me promettez-vous d’en avoir compassion? De m’aider à le guérir par le sacrifice de vous maîtriser quand lui se trompe? Ne voulez-vous pas m’aider à le sauver? C’est un frère d’esprit, votre frère qui vient d’un unique Père, un frère de race qui vient d’un unique peuple, un frère de mission puisqu’il est apôtre comme vous. C’est trois fois que vous devez l’aimer par conséquent.
Si dans votre famille vous aviez un frère qui cause de la peine à votre père, et qui fait parler de lui, ne chercheriez-vous pas à le corriger pour que votre père ne souffre plus et que les gens ne parlent plus de votre famille? Et alors? Votre famille n’est-elle pas une plus grande et plus sainte famille, dont le Père est Dieu et dont je suis l’Aîné? Pourquoi alors ne voulez-vous pas consoler le Père et Moi-même et nous aider à rendre bon le pauvre frère qui, croyez-le, n’est pas heureux d’être ainsi…”
Jésus implore anxieusement pour l’apôtre si plein de défauts… Et il dit pour finir:
“Je suis le Grand Mendiant, et je vous demande l’obole la plus précieuse: ce sont les âmes que je vous demande. Moi, je vais à leur recherche, mais vous, vous devez m’aider… Rassasiez la faim de mon Cœur qui cherche l’amour et ne le trouve qu’en trop peu de personnes. Car ceux qui ne tendent pas à la perfection sont pour Moi autant de pains enlevés à ma faim spirituelle. Donnez des âmes à votre Maître affligé de ne pas être aimé et d’être incompris…”
423.9 – Les apôtres sont émus… Ils voudraient tant Lui dire et toute parole leur paraît mesquine… Ils se serrent près du Maître, tous voudraient le caresser pour Lui faire sentir qu’ils l’aiment.
Finalement c’est le doux André qui dit:
“Oui, Seigneur, Par la patience, le silence et le sacrifice, les armes qui convertissent, nous te donnerons des âmes. Celle-là aussi… si Dieu nous aide…”
“Oui, Seigneur. Et Toi, aide-nous par ta prière.”
“Oui, amis. Et, en attendant, prions ensemble pour le compagnon qui s’en est allé: “Notre Père, qui es aux Cieux…”
La voix parfaite de Jésus dit les paroles du Pater en les scandant lentement. Les autres l’accompagnent à mi-voix. Et tout en priant, ils s’éloignent dans la nuit.