“Amis, peu nombreux, trop peu nombreux seraient ceux qui pourraient posséder la sagesse parce qu’ils sont purs depuis toujours. Mais le repentir et la bonne volonté font que l’homme, d’abord coupable et imparfait, devient juste, et alors la conscience se purifie dans le bain de l’humilité, de la contrition et de l’amour et, ainsi purifiée elle peut rivaliser avec ceux qui sont purs.”

“Merci, Seigneur” dit Matthieu en se penchant pour baiser la main du Maître.

423.3 – Un silence. Puis Judas Iscariote s’exclame:

“Je suis fatigué! Je ne sais pas si j’arriverai à marcher toute la nuit.”

“Naturellement! lui répond Jacques de Zébédée. Aujourd’hui tu as voulu tourniquer comme une grosse mouche, pendant qu’on dormait!”

“Je voulais voir si je rencontrais des disciples…”

“Et qu’est-ce que cela t’importait? Le Maître ne l’a pas dit: Donc…”

“Eh bien, je l’ai fait. Et si le Maître me le permet, je vais rester à Megiddo. Je crois qu’il s’y trouve un de nos amis qui y descend chaque année à cette époque, après la récolte des blés. Je voudrais lui parler de ma mère et…”

“Fais donc ce que tu crois bon. Ton affaire terminée, tu te dirigeras vers Nazareth. Nous te retrouverons là. Ainsi tu aviseras ma Mère et Marie d’Alphée que nous serons bientôt à la maison.”

“Moi aussi je te dis comme Matthieu: “Merci, Seigneur”

Jésus ne répond rien et il reçoit le baiser de Judas sur la main comme il a reçu celui de Matthieu, Il n’est pas possible de voir l’expression des visages car c’est le moment de la soirée où la lumière du jour est complètement disparue et il n’y a pas encore la lumière des étoiles. Il fait si noir qu’ils ont du mal à avancer sur la route et, pour parer à tout inconvénient, Pierre et Thomas se décident à cueillir dans les haies et à allumer des branches qui brûlent en crépitant… Mais l’absence de lumière d’abord, puis la lumière mobile et fumeuse, ne permet pas de bien voir l’expression des visages.

Les collines approchent pendant ce temps et leurs sombres mamelons se dessinent grâce â un noir plus marqué que celui des champs où les récoltes ont laissé des chaumes blanchâtres dans le noir de la nuit, et elles se dessinent de plus en plus à mesure qu’elles se rapprochent et que la clarté des premières étoiles vient les éclairer…

“Je te laisserais bien ici, car mon ami habite un peu en dehors de Megiddo. Je suis si fatigué…”

“Vas-y! Que le Seigneur veille sur tes pas.”

“Merci, Maître. Adieu, mes amis.”

“Adieu, adieu” disent les autres sans donner beaucoup d’importance au salut.

Jésus répète:

“Que le Seigneur veille sur tes actions.”

Judas s’en va d’un pas dégagé.

423.4 – 4”Hum! Il ne paraît plus si fatigué” observe Pierre.

“Oui! ici il traînait ses sandales. Maintenant, il court comme une gazelle…” dit Nathanaël.

“Ton adieu a été saint, frère. Mais à moins que le Seigneur ne lui impose sa volonté, l’assistance de Dieu ne l’aidera pas à lui faire faire de bonnes démarches et des actions justes.”

“Jude, ce n’est pas parce que tu es mon frère que tu es exempt de reproches! Aussi je te reproche d’être désagréable et sans pitié pour ton compagnon. Il a ses fautes, mais toi, tu as les tiennes. Et la première, c’est de ne pas savoir m’aider à former cette âme. Tu l’exaspères par tes paroles. Ce n’est pas par la violence que l’on gagne les cœurs. Crois-tu avoir le droit de censurer toutes ses actions? Te sens-tu assez parfait pour pouvoir le faire? Je te rappelle que Moi, ton Maître, je ne le fais pas, parce que j’aime cette âme informe. C’est celle qui me fait pitié plus que toute autre… parce que justement elle est informe. Crois-tu qu’il est satisfait de son état? Et comment pourras-tu demain être maître des esprits si tu ne t’exerces pas Sur un compagnon à user de la charité infinie qui rachète les pécheurs?”

Jude d’Alphée baisse la tête dès les premières paroles. Mais à la fin, il s’agenouille sur le sol en disant:

“Pardonne-moi. Je suis un pécheur et fais-moi des reproches quand je suis en faute, car la correction est amour et il n’y a que le sot qui ne comprend pas la grâce d’être corrigé par le sage.”