Jésus les regarde… avec pitié. Il n’y a rien d’autre dans ses doux yeux fatigués… Mais il répond:

“Non, mes amis. Je ne prétends pas que vous m’imitiez. Regardez: vous restez ici, au repos. Moi, je m’éloigne avec eux. Je les écoute et puis je viens me reposer parmi vous.”

Sa réponse est si douce qu’elle obtient plus qu’un reproche. Le bon cœur, l’affection des douze se réveille et reprend le dessus:

“Mais non, Seigneur! Reste où tu es pour leur parler. Nous irons retourner nos vêtements pour les faire sécher de l’autre côté. Ainsi, nous vaincrons le sommeil et puis nous viendrons nous reposer ensemble.”

Les plus ensommeillés s’en vont vers le fleuve… Il reste Matthieu, Jean et Barthélemy.

421.3 – Mais pendant ce temps, les trois citadins sont devenus plus de dix et il en arrive toujours…

“Donc? Avancez et parlez sans crainte.”

“Maître, après ton départ, les pharisiens sont devenus encore plus violents… Ils ont assailli l’homme que tu as délivré et… s’il ne devient pas fou, ce sera un nouveau miracle… car… ils ont dit que… que tu l’as débarrassé d’un démon qui ne possédait que sa raison, mais que tu lui as donné un démon plus fort. Ce démon serait fort au point qu’il aurait vaincu le premier, plus fort que le premier parce qu’il damne et possède son esprit. Alors qu’il n’aurait pas eu à porter les conséquences dans l’autre vie de sa première possession parce que ses actions n’étaient pas… comment ont-ils dit, Abraham?…”

“Ils ont dit… oh! un mot étrange… En somme, de ces actions Dieu ne lui aurait pas demandé compte parce qu’elles étaient faites sans liberté d’esprit. Maintenant, au contraire, adorant sous l’influence du démon qu’il a dans le cœur, du démon que tu lui as mis – oh! pardonne-nous de le dire! - que tu lui as mis, Toi, prince des démons, t’adorant Toi avec un esprit qui n’est plus fou, il est sacrilège et maudit et il sera damné. Alors le pauvre malheureux regrette son premier état et arrive presque… à faire des imprécations contre Toi… Plus fou qu’auparavant par conséquent… et la mère se désespère à cause du fils qui désespère de se sauver, et toute leur joie s’est changée en tourment. Nous t’avons cherché pour que tu lui donnes la paix, et c’est sûrement l’ange qui nous a conduits ici… Seigneur, nous croyons que tu es le Messie, et nous croyons que le Messie a en Lui l’Esprit de Dieu, qu’Il est donc Vérité et Sagesse et nous te demandons de nous donner la paix et l’explication…”

“Vous êtes dans la justice et dans la charité. Soyez bénis. Mais où est le malheureux?”

“Il nous suit avec la mère en pleurant son désespoir. Tu vois? Le village entier, sauf eux, les cruels pharisiens, vient ici, Sans souci de leurs menaces, car ils nous ont menacés de punitions à cause de notre croyance en Toi. Mais Dieu nous protégera.”

“Dieu vous protégera. Conduisez-moi au miraculé.”

“Non, nous te l’amènerons. Attends”

Plusieurs s’en vont vers le groupe le plus nombreux qui s’avance avec de grands gestes alors que deux plaintes aiguës dominent le bruit de la foule. Les autres, ceux qui sont restés, sont déjà nombreux et quand à ceux-ci se joignent les autres avec au milieu le possédé guéri et sa mère, c’est vraiment une grande foule qui se presse parmi les arbres autour de Jésus, grimpant même aux arbres afin de trouver une place pour entendre et voir.

421.4 – Jésus va à la rencontre de son miraculé qui, en le voyant, s’arrachant les cheveux en s’agenouillant, dit:

“Rends-moi le premier démon! Par pitié pour moi, pour mon âme! Que t’ai-je fait pour que tu me nuises à ce point?”

Et sa mère, elle aussi à genoux:

“Il délire de peur, Seigneur! N’accueille pas ses paroles blasphématrices, mais délivre-le de la peur que ces cruels ont mise en lui, pour qu’il ne perde pas la vie de l’âme. Tu l’as délivré une fois!… Oh! par pitié pour une mère, délivre-le encore!”

“Oui, femme, ne crains pas! Fils de Dieu, écoute!”

Et Jésus appuie ses mains sur la chevelure en désordre du malheureux que fait délirer une peur surnaturelle:

“Écoute et juge. Juge par toi-même car maintenant ton jugement est libre et tu peux juger avec justice.

Il y a une manière sûre pour savoir si un prodige vient de Dieu ou du démon. Et c’est ce que l’âme éprouve. Si le fait extraordinaire vient de Dieu, il verse dans l’âme la paix, La paix et une joie pleine de majesté. S’il vient d’un démon, c’est le trouble et la souffrance qui viennent avec ce prodige. Et c’est aussi des paroles de Dieu que viennent la paix et la joie, alors que de celles d’un démon, que ce soit un démon esprit ou un démon homme, viennent le trouble et la souffrance. Et c’est aussi du voisinage de Dieu que viennent la paix et la joie, alors que du voisinage des esprits ou des hommes mauvais viennent le trouble et la souffrance. Maintenant réfléchis, fils de Dieu. Quand, en cédant au démon de la luxure, tu as commencé à accueillir en toi ton oppresseur, jouissais-tu de la joie et de la paix?”

L’homme réfléchit, et en rougissant, il répond:

“Non, Seigneur.”

“Et quand ton perpétuel Adversaire t’a pris tout à fait, avais-tu la paix et la joie?”