Ils obéissent sans parler et, après avoir rejoint la maison, ils s’assoient en ligne le long du mur. Mais la simple observation de Thomas:

“J’ai faim. Ces marches nocturnes creusent” ranime la discussion.

“Mais quelles marches! C’est que depuis des jours on vit de rien!!” lui répond toujours l’Iscariote.

“Vraiment, chez Nikê et chez Zachée, on a mangé et bien mangé, et Nikê nous a tant donné que nous avons dû en donner aux pauvres pour que cela ne se gâte pas Cf. EMV 382. . Le pain ne nous a jamais manqué. Ce caravanier aussi nous a donné du pain et de quoi manger avec… Cf. EMV 385.8. ” observe André.

Judas, qui ne peut le démentir, se tait.

418.3 - Un coq, au loin, salue la première lueur du jour.

“Oh! Bien! D’ici peu, c’est l’aube!” dit Pierre en s’étirant, car il s’était presque endormi.

Ils attendent en silence l’arrivée du jour.

Un bêlement dans un parc… Puis une sonnaille au loin sur la grand-route, à l’opposé… Tout près un crou-crou des colombes d’Ananias. Une voix rauque d’homme dans les roseaux… C’est un pêcheur qui revient avec sa pêche nocturne et maugrée du peu de résultat. Il voit Jésus et s’arrête. Il hésite, puis il dit:

“Si je te la donne, me promets-tu abondance pour l’avenir?”

“Par gain ou par besoin?”

“Par besoin. J’ai sept enfants, ma femme et la mère de ma femme.”

“Tu as raison. Sois généreux et je te promets qu’il ne te manquera pas le nécessaire.”

“Prends alors. Il y a là à l’intérieur ce blessé qui ne se remet pas, malgré les soins…”

“Que Dieu te récompense et te donne la paix” dit Jésus.

L’homme salue et s’en va, laissant ses poissons enfilés par la bouche dans une branche de saule.

418.4 - Le silence retombe, à peine rompu par le bruissement des roseaux, par quelque cri d’oiseau… Puis un grincement proche. La grille rustique qu’Ananias a construite tourne en grinçant, et le petit vieux s’amène sur la route en scrutant le ciel. La brebis le suit en bêlant…

“La paix à toi, Ananias!”

“Maître! Mais… depuis quand es-tu ici? Pourquoi ne pas appeler, te faire ouvrir?!”

“Depuis peu. Je ne voulais déranger personne… Comment va Joseph?”

“Tu sais?… Il va mal Joseph a été attaqué à coup de pierre dans la vallée du Cédron. Cf. EMV 404.5. . Il sort du pus d’une oreille et il souffre beaucoup de la tête. Je crois qu’il va mourir. Ou plutôt: je croyais. Maintenant tu es ici et je crois qu’il va guérir. Je sortais chercher de l’herbe pour des emplâtres…”

“Les compagnons de Joseph sont-ils ici?”

“Il y en a deux. Les autres sont allés en avant. Ici, il y a Salomon et Élie.”

“Les pharisiens vous ont-ils ennuyés?”

“Tout de suite après ton départ, plus après. Ils voulaient savoir où tu étais allé. J’ai dit: “Chez ma bru, à Masada”. Ai-je mal fait?”