“Que veux-tu que je fasse pour toi?
– Je veux être purifié.
– Crois-tu que je le puisse? Pourquoi? m’a-t-il demandé.
– Parce que tu es le Fils de Dieu.
– Tu le crois?
– Je le crois” ai-je répondu. “Je vois le Très-Haut étinceler de toute sa gloire sur ta tête. Fils de Dieu, aie pitié de moi!”
Alors, avec un visage en feu, il a étendu une main. Ses yeux semblaient être deux soleils d’azur, et il a dit:
” Je le veux. Sois purifié.”
Et il m’a béni avec un de ces sourires!… Ah! quel sourire! J’ai senti une force entrer en moi comme une épée de feu qui courait chercher mon cœur, qui courait dans mes veines. Mon cœur, qui était si malade, avait retrouvé ses vingt ans; mon sang, glacé, est redevenu chaud et vif. Plus de douleur, plus de faiblesse, mais une joie, une joie! Il me regardait et, simplement par son sourire, il me rendait heureux. Puis il a dit:
“Va te montrer aux prêtres. Ta foi t’a sauvé.”
Alors, j’ai compris que j’étais guéri et j’ai regardé mes mains, mes jambes. Les plaies n’existaient plus. Là où l’os était à nu, il y avait une chair rosée et fraîche. J’ai couru à un ruisseau et je me suis regardé. Mon visage aussi était pur. J’étais pur! J’étais pur après dix ans d’horreur!… Ah! pourquoi n’était-il pas passé plus tôt, pendant les années où ma femme et mes enfants étaient vivants? Il nous aurait tous guéris. Maintenant, tu vois? Je fais des achats pour ma maison… Mais je suis seul!…
– Tu ne l’as pas revu?
– Non. Mais je sais qu’il est dans les parages et je suis venu ici exprès. Je voudrais le bénir encore et qu’il me bénisse pour me donner de la force dans ma solitude.»
Zachée baisse la tête et se tait. Le groupe se disperse.
417.4 - Le temps passe. L’heure devient chaude. Le marché se vide. Assis à son comptoir, le collecteur d’impôts, la tête appuyée sur la main, réfléchit.
«Voici le Nazaréen!» crient des enfants en montrant la rue principale.
Femmes, hommes, malades, mendiants, tous s’empressent de courir à sa rencontre. La place s’est vidée. Seuls restent des mulets et des chameaux, attachés aux palmiers, et Zachée à son comptoir.
Puis il se lève et monte dessus. Il ne voit toujours rien, car beaucoup de gens ont détaché des branches et les agitent comme pour faire fête à Jésus, qui apparaît penché sur des malades. Alors Zachée enlève son vêtement et, ne gardant que sa tunique courte, il grimpe sur l’un des arbres. Il monte non sans peine sur le tronc gros et lisse qu’il enserre mal de ses jambes et de ses bras courts. Mais il y parvient, et s’assied à califourchon sur deux branches comme sur un perchoir. Ses jambes pendent de cette balustrade et il se plie en deux pour voir, comme quelqu’un qui est à une fenêtre et qui se penche pour regarder.
La foule arrive sur la place. Jésus lève les yeux et sourit au spectateur solitaire perché dans les branches. «Zachée, descends immédiatement. Aujourd’hui, je demeure chez toi» ordonne-t-il.
Après un moment de stupeur, Zachée, le visage rougi par l’émotion, se laisse glisser à terre comme un sac. Il est agité et n’en finit pas de remettre son vêtement. Il ferme ses registres et sa caisse avec des gestes qu’il voudrait rapides et qui n’en sont que plus lents. Mais Jésus est patient et, en attendant, il caresse des enfants.
417.5 - Enfin Zachée est prêt. Il s’approche du Maître et le conduit vers une belle maison entourée d’un vaste jardin, au centre du bourg. C’est une belle cité, et même une ville de peu inférieure à Jérusalem pour ses bâtiments, sinon pour son étendue.
Jésus entre et, en attendant que le repas soit préparé, il s’occupe des malades et des bien portants, avec une patience… dont lui seul est capable.
Zachée va et vient en se donnant beaucoup de mal. Il ne se tient plus de joie. Il voudrait parler avec Jésus, mais le Maître est toujours entouré d’une foule de gens.
Finalement, Jésus les congédie tous en disant: