Rappelez-vous cela. Et quand vous me verrez élevé et méprisé, ne chancelez pas. Et quand vous serez élevés et méprisés, ne chancelez pas.

398.4 – Oh! Père! mon Père! Moi, je te prie, au nom de ceux-ci qui te sont chers et qui me sont chers. Exauce ton Verbe, écoute le Propitiateur! N’abandonne pas aux animaux les âmes de ceux qui te louent en m’aimant, n’oublie pas pour toujours les âmes de tes petits. Prends soin, ô Dieu bon, de tes promesses parce que les lieux ténébreux de la Terre sont des repaires d’iniquité d’où sort la terreur pour effrayer tes petits. Père! Oh! mon Père! Que l’humble qui espère en Toi ne reparte pas confondu! Que le pauvre et le besogneux louent ton Nom pour l’aide que Tu leur donneras!

Lève-toi, ô Dieu! Je t’en prie pour cette heure, pour ces heures! Lève-toi, ô Dieu! À cause du sacrifice de Jean et de la sainteté de tes patriarches et de tes prophètes! À cause de mon sacrifice, mon Père, défends ce troupeau qui est le tien et le mien! Donne-lui la lumière dans les ténèbres, la foi et la force contre les séducteurs! Donne-toi, ô Père! Donne-nous, maintenant, demain et toujours jusqu’à l’entrée dans ton Royaume! Nous, dans leurs cœurs jusqu’au moment où eux soient là où Nous sommes dans les siècles des siècles. Et qu’il en soit ainsi.”

Comme il n’y a pas de miracles à accomplir, Jésus passe dans les rangs de la foule extasiée et il bénit, un par un, ses auditeurs. Il reprend sa marche sous le soleil déjà haut que rendent supportable les frondaisons des arbres et l’air de la montagne.

398.5 – Par derrière, en groupes, les apôtres parlent entre eux. Ils parlent sans arrêt.

“Quels discours! Ils font frémir!” dit Barthélemy.

“Mais comme ils sont tristes! Ils font pleurer!” soupire André.

“Hé! c’est son adieu. J’ai raison, moi. Il va vraiment vers le trône” s’exclame Judas Iscariote.

“Le trône? Hum! Il me semble qu’il parle de persécutions plutôt que d’honneurs!” observe Pierre.

“Mais non! Le temps des persécutions est fini! Ah! moi, je suis heureux!” crie l’Iscariote.

“Tant mieux pour toi! Moi je voudrais être encore aux jours où nous étions inconnus, il y a deux ans… ou à “La Belle Eau”… J’ai peur des jours à venir…” dit Jean.

“Parce que tu as un cœur de faon… Mais moi! Je vois déjà l’avenir… Des cortèges!… Des chanteurs!… Un peuple prosterné!… Les honneurs des autres nations!… Oh! c’est l’heure! Les chameaux de Madian Les chameaux de Madiân, comme en Isaïe 60,6. et les foules de partout viendront… et ce ne seront pas les trois pauvres Mages… mais une multitude…

Israël grand comme Rome. Plus que Rome… Dépassées les gloires des Macchabées, celles de Salomon… toutes les gloires… Lui, le Roi des rois… et nous ses amis… Oh! Dieu Très-Haut! Qui me donnera la force pour cette heure?… Si mon père vivait encore!…”

Judas est exalté. Son visage resplendit quand il évoque l’avenir qu’il rêve de vivre…

398.6 – Jésus est très en avant. Mais il s’arrête, le futur roi selon Judas, et assoiffé, il joint ses mains pour prendre de l’eau dans un ruisselet et boire… comme l’oiseau du bois ou l’agneau en train de paître. Puis il se retourne et dit:

“Ici il y a des fruits sauvages. Cueillons-en pour apaiser notre faim…”

“Tu as faim, Maître?” demande le Zélote.

“Oui” avoue humblement Jésus.

“Bien sûr! Hier soir tu as tout donné à ce malheureux!” s’exclame Pierre.

“Mais pourquoi n’as-tu pas voulu t’arrêter à Hébron?” demande Philippe.

“Parce que Dieu m’appelle ailleurs. Vous, vous ne savez pas.”

Les apôtres haussent les épaules et se mettent à cueillir les petits fruits encore verts des arbres sauvages épars sur les pentes des montagnes. Il semble que ce sont des petites pommes sauvages. Et le Roi des rois s’en nourrit en même temps que ses compagnons qui font des grimaces à cause de l’âpreté du fruit sauvage et vert. Jésus, absorbé, mange et sourit.

“Tu me fais presque enrager!” s’exclame Pierre.

“Pourquoi?”

“Parce que tu pouvais être bien et faire plaisir à ceux d’Hébron et, au contraire, tu te fais mal au ventre et tu t’agaces les dents sur ce poison amer et plus acide que de l’herbe au vitriol!”

“Oh! J’ai vous qui m’aimez! Quand je serai élevé et que j’aurai soif et faim, je penserai avec regret à cette heure, à cette nourriture, à vous qui maintenant êtes avec Moi, et qui alors…”

“Mais alors tu n’auras ni soif ni faim! Un roi a de tout! Et nous te serons encore plus proches!” s’exclame l’Iscariote.

“Tu le dis.”

“Et tu penses que cela ne sera pas, Maître?” demande Barthélemy.

“Non, Barthélemy. Quand je t’ai vu sous le figuier Vu sous le figuier, en EMV 50.6. , ses fruits étaient si verts que qui les aurait cueillis en aurait eu la langue et la gorge brûlées… Mais plus doux que les rayons de miel sont les fruits verts du figuier ou de ces arbres en comparaison de ce que sera pour Moi mon élévation… Allons…”

Et il se remet en marche le premier, tout en avant, méditatif, alors que, derrière, les douze bavardent sans arrêt