“Sa bonne volonté, jointe à notre amour, peut faire de vrais miracles, Marie. Aie la paix dans le cœur en pensant toujours que Dieu t’aime. Beaucoup. Qu’il te comprend. Beaucoup. Et qu’il te sera ami, toujours.”
Marie baise de nouveau ses mains pour le remercier et puis elle dit:
“Entre alors dans ma maison en attendant Judas. Ici, il y a amour et paix, Maître béni.”
Jésus, après avoir appelé les siens, entre dans la maison pour se restaurer et se reposer.
393.3 – C’est le soir. La nuit descend lentement sur la campagne. Les bruits cessent un à un et il ne reste que le vent léger dans les feuillages pour mettre une voix dans le silence. Puis voilà le premier grillon dans les moissons mûres des champs. Un autre… un autre. Et toute la campagne stridule en un chant monotone… jusqu’à ce qu’un rossignol lance aux étoiles son premier chant interrogatif… se tait, écoute et puis reprend. Il se tait de nouveau… Qu’attend-il?… Peut-être le premier rayon de lune?… Il chuchote doucement, il doit s’être posé sur le noyer touffu près de la maison où il doit y avoir son nid. Il semble parler avec sa compagne qui peut-être est en train de couver… Un bêlement insistant à peu de distance. Un bruit de sonnailles sur le chemin qui mène à Kériot. Puis le silence.
Jésus est assis près de Marie, ils sont sur des sièges placés devant la maison. Il repose tranquillement parmi les siens et les gens de la maison.
L’heure est douce, tranquille. Les corps et les esprits en sont soulagés. Jésus parle peu, par intervalles. Il laisse les apôtres parler d’Engaddi, du vieux chef de la synagogue, du miracle. Marie et les serviteurs écoutent attentivement.
Quelque chose remue parmi les pommiers. Mais si ici, sur la petite place qui est devant la maison, on voit encore un peu grâce aux claires étoiles qui fourmillent dans le ciel, là-bas sous les feuillages touffus il n’y a pas du tout de lumière et seul le bruit de quelque chose qui remue arrive à l’oreille.
“Quelque animal nocturne? Quelque brebis perdue?” se demandent plusieurs. Et le souvenir de la brebis ramène à la pensée de plusieurs la brebis qui se lamente parce qu’on lui a enlevé son agneau pour le tuer.
“Elle ne peut se consoler, cette bête! dit l’intendant. Je crains qu’elle ne se fasse tourner le lait. Depuis ce matin elle ne mange pas et elle bêle, elle bêle… Écoutez-la!…”
“Cela lui passera… Elles ont des petits pour que l’on mange l’agneau” dit philosophiquement un serviteur.
“Mais elles ne sont pas toutes pareilles. Celle-ci est moins sotte et elle souffre davantage. Tu entends? On dirait qu’elle pleure. Ne dis pas que je suis sotte, Maître… Cela me peine comme si c’était les pleurs d’une femme qui a perdu son fils…”
“Mais au contraire, ô mère, toi tu le trouves ton fils!” dit Judas de Kérioth en apparaissant par derrière, avec Simon et en faisant sursauter tout le monde par l’effet de surprise.
“Maître! Ta bénédiction au retour comme tu nous l’a donnée au départ.”
“Oui, Judas”
Et Jésus embrasse les deux apôtres de retour.
“La tienne, maman…”
Marie aussi embrasse son fils.
393.4 – “Nous ne pensions pas te trouver déjà ici, Maître. Nous avons marché presque sans arrêt, et le plus souvent par des raccourcis pour éviter d’être retenus. Mais nous avons rencontré des disciples et nous avons avisé Jeanne et Elise qu’elles nous verront bientôt” explique Simon.
“Oui. Et Simon marchait comme un jeune homme. Maître, nous avons porté le message. Lazare est très mal. La chaleur le fait souffrir encore plus. Il est conseillé d’aller au plus tôt chez lui… Maître, sauf à l’Antonia, où je suis allé pour faire plaisir à Egla qui avant de partir pour Jéricho voulait remercier Claudia, je ne suis allé nulle part. N’est-ce pas, Simon?”
“C’est vrai. Et à l’Antonia nous y sommes allés à l’heure de sexte, en une journée de chaleur étouffante qui conseillait à tout le monde de rester à la maison. Pendant que Judas parlait avec Claudia, qu’Albula Domitilla avait appelée au jardin, j’ai été interrogé par d’autres femmes. Je ne crois pas avoir mal fait en expliquant comme je pouvais ce qu’elles voulaient savoir.”
“Tu as bien fait. Il y a, en elles, une vraie volonté de connaître la Vérité.”
“Et en Claudia il y a une vraie volonté de t’aider. Elle a congédié Egla, qui est allée saluer Plautina et les autres, et elle m’a posé plusieurs questions. Si j’ai bien compris, elle veut persuader Ponce de ne pas croire aux calomnies des pharisiens, sadducéens et autres. Ponce se fie jusqu’à un certain point à ses centurions, bons pour la bataille mais très peu pour les rapports. Et il se sert beaucoup de son épouse qui doit être intelligente et même astucieuse pour avoir des informations sûres. En vérité le Proconsul c’est Claudia. Lui doit être une nullité qui garde sa situation parce qu’il y a elle comme puissance et comme conseillère. Elles ont voulu donner de l’argent pour tes pauvres: le voilà.”
“Quand êtes-vous arrivés? Vous ne paraissez pas fatigués ni couverts de poussière” demande Jacques de Zébédée.
“Entre tierce et sexte. Nous sommes allés à Kérioth pour voir si ma mère y était et pour la prévenir de ton arrivée. Mais j’ai été comme tu le veux, Maître. Je ne me suis pas laissé tenter par des désirs humains. N’est-ce pas, Simon?”
“C’est vrai.”
“Tu as bien fait. Obéis toujours et tu te sauveras.”
“Oui, Maître. Oh! maintenant que je sais que Claudia est avec nous, je n’ai plus mes sottes hâtes! Toutes amour, cependant. Tu dois en convenir. Amour désordonné… Désordonné parce qu’il se sentait sans protection, sans aide pour atteindre le but, qui est de te faire aimer, respecter, comme tu le mérites, comme ce doit être. Maintenant je suis plus calme. Je ne crains plus, et il m’est doux même d’attendre…”
Judas rêve les yeux ouverts.
“Ne t’abandonne pas aux rêves, Judas. Reste dans la vérité. Je suis la Lumière du monde, et la lumière sera toujours odieuse aux ténèbres…” dit Jésus pour l’avertir.
La lune s’est levée. Sa blancheur baigne la campagne, rend les visages pâles, argenté les maisons et les arbres. Le noyer en est tout enveloppé à l’orient. Le rossignol accueille l’invitation de la lune et il élève un chant, prolongé, mélodieux, qu’il tenait en réserve, pour saluer la nuit et la lune.