“Je suis ici. On nous a repoussés de plusieurs maisons. Nous sommes fatigués et assoiffés.”
“Oh! Viens! Viens! Pas ici. Dans les salles situées au nord qui sont fraîches et ombragées. Et vous, préparez de l’eau pour la toilette et les boissons aromatisées. Et toi, fillette, cours éveiller l’intendant pour qu’il s’occupe d’un casse-croûte en attendant le repas…”
“Non, Nikê! Je ne suis pas un hôte mondain. Je suis ton Maître persécuté. Je te demande abri et amour plutôt que de la nourriture. Je demande de la pitié, plutôt pour mes amis que pour Moi-même…”
“Oui, Seigneur. Mais quand avez-vous fait le dernier repas?”
“Eux, je ne sais pas. Moi, hier à l’aurore avec eux.”
“Tu vois donc… Je ne ferai pas de gaspillage. Mais comme une sœur ou une mère, je donnerai à tous ce qu’il faut et à Toi, comme servante et disciple, je donnerai amour et aide. Où sont les frères?”
“Dans le verger. Mais peut-être ils arrivent déjà. J’entends leurs voix.”
Nikê court au-dehors, elle les voit et les appelle, et puis elle les conduit avec Jésus dans un frais vestibule où il y a déjà des bassins et des serviettes et où ils peuvent se rafraîchir le visage, les bras et les pieds de la poussière et de la sueur.
“Je vous en prie, enlevez vos vêtements trempés de sueur. Donnez-les tout de suite aux servantes. Cela vous fera grand bien d’avoir des vêtements propres et des sandales fraîches. Et puis venez dans cette salle. Je vous y attends.”
Et Nikê s’en va en fermant la porte…
382.4 – …”Ah! on est bien dans cette ombre et ainsi rafraîchis!” soupire Pierre en entrant dans la salle où Nikê les attend, prévenante et respectueuse.
“Ma joie de pouvoir vous soulager est certainement plus grande que le soulagement lui-même, ô apôtre de mon Seigneur.”
“Hum! Apôtre… Oui… Mais, vois-tu Nikê, pas de façons. Toi, sans faire peser que tu es riche et sage, moi sans faire peser que je suis apôtre. Ainsi… en bons frères qui ont besoin l’un de l’autre pour l’âme et pour la chair. Cela me fait trop… peur de penser que je suis “apôtre”.”
“Peur de quoi?” demande la femme stupéfaite, et elle sourit.
“De… d’être trop… trop gros par rapport à la glaise que je suis et que le poids me fasse crouler… Peur de… d’y aller en coq pour l’orgueil… Peur que… avec l’idée que je suis l’apôtre, les autres… les disciples, je veux dire, et les bonnes âmes se tiennent à distance, en gardant le silence même si je me trompe… Et cela je ne le veux pas car parmi les disciples, même parmi ceux qui croient, ainsi, simplement et seulement, il y en a tant qui sont meilleurs que moi, les uns en ceci, les autres en cela et moi, je veux faire comme… comme cette abeille qui est entrée et qui des paniers de fruits que tu as fait apporter pour nous s’est régalée un peu de ceci, un peu de cela, et maintenant y met pour compléter les sucs de ces fleurs et qui ensuite sortira pour sucer les trèfles et les bleuets, les camomilles et les liserons. Elle prend de tout, et moi, j’ai besoin de faire comme elle…”
“Mais tu goûtes la plus belle fleur: Le Maître!”
“Oui, Nikê. Mais de Lui j’apprends à devenir fils de Dieu. Des hommes bons, j’apprendrai à devenir homme.”
“Tu l’es.”
“Non, femme. Je suis un peu moins qu’un animal, et je ne sais vraiment pas comment le Maître me supporte…”
“Je te supporte parce que tu sais ce que tu es, et parce qu’à cause de cela on peut te travailler comme une pâte. Mais si tu étais obstiné, têtu, orgueilleux surtout, je te chasserais comme un démon” dit Jésus.
382.5 – Des servantes arrivent avec des tasses de lait froid et des amphores poreuses où les liquides sont certainement très frais.
“Veuillez vous restaurer, dit Nikê. Ensuite vous pourrez vous reposer jusqu’au soir. La maison a des pièces et des lits et s’il n’y en avait pas, je donnerais les miens pour votre repos. Maître, je me retire pour les occupations de la maison. Vous savez tous où me trouver et où trouver les servantes.”
“Va, et ne te tourmente pas pour nous.”
Nikê sort. Les apôtres font honneur au goûter qui leur a été offert. Ils mangent de bon appétit, parlent et commentent.
“De bons fruits!”