Jésus joue avec l’eau limpide de la vasque. Il y plonge les doigts. Il la peigne en la séparant en petits sillages et puis il laisse la main s’y plonger toute entière dans sa fraîcheur.

“Comme elle est belle cette eau limpide! ” dit-il.

“Maître, elle te plaît tellement? ” dit Marie.

“Oui, Marie, parce qu’elle est si limpide. Regarde. Pas une trace de boue. C’est de l’eau, mais elle est si pure qu’il semble qu’il n’y ait rien, comme si elle n’était pas un élément mais esprit. Nous pourrions lire sur le fond les paroles que se disent les petits poissons…”

“Comme on lit au fond des âmes pures, n’est-ce pas, Maître? ” et Marie soupire avec un regret caché.

377.4 – Jésus remarque le soupir qu’elle étouffe, et il lit le regret que voile un sourire. Il guérit tout de suite la peine de Marie.

“Les âmes pures, où y en a-t-il, Marie? Il est plus facile à une montagne de se déplacer qu’à une créature de savoir se maintenir pure des trois impuretés. Trop de choses s’agitent et fermentent autour d’un adulte. Et il ne peut toujours empêcher qu’elles pénètrent à l’intérieur.

Il n’y a que les enfants qui ont l’âme angélique, l’âme préservée par leur innocence des connaissances qui peuvent se changer en fange. C’est pour cela que je les aime tant. Je vois en eux un reflet de la Pureté infinie. Ce sont les seuls qui portent avec eux ce souvenir du Ciel.

Ma Mère est la femme à l’âme d’enfant. Plus encore. Elle est la Femme à l’âme angélique. Telle Ève sortie des mains du Père. Imagines-tu, Marie, ce qu’aura été le premier lys fleuri dans le jardin terrestre? Ils sont si beaux aussi ceux qui conduisent à cette eau. Mais le premier sorti des mains du Créateur! Était-ce une fleur ou un diamant? Était-ce des pétales ou des feuilles d’argent très pur? Eh bien, ma Mère est plus pure que ce premier lys qui a parfumé les vents. Et son parfum de Vierge inviolée emplit le Ciel et la Terre, et c’est derrière elle que marcheront ceux qui seront bons dans les siècles des siècles.

Le Paradis est lumière, parfum et harmonie. Mais si en lui le Père ne se délectait pas dans la contemplation de la Toute Belle qui fait de la Terre un paradis, mais si le Paradis devait dans l’avenir ne pas posséder le Lys vivant dans lequel se trouvent les trois pistils de feu de la Divine Trinité, lumière, parfum et harmonie, la joie du Paradis seraient amoindris de moitié. La pureté de la Mère sera la gemme du Paradis Seraient amoindris de moitié, non pas quant au degré de béatitude (qui consiste en la possession et la contemplation de Dieu, et qui, comme telle, est inaltérable), mais quant à la valeur du peuple des bienheureux, qui sont comme des joyaux. Tous ensembles, ils valent autant que le joyau par excellence : la Vierge, Mère de Dieu. .

Mais le Paradis est sans limites! Que dirais-tu d’un roi qui n’aurait qu’une gemme dans son trésor? Même si c’était la gemme par excellence?

Quand j’aurai ouvert les portes du Royaume des Cieux… - ne soupire pas, Marie, c’est pour cela que je suis venu - beaucoup de justes et de petits entreront, troupe candide derrière la pourpre du Rédempteur. Mais ce sera encore peu pour peupler les Cieux de gemmes et former les citoyens de la Jérusalem éternelle. Et ensuite… lorsque la Doctrine de Vérité et de Sanctification sera connue par les hommes, lorsque ma Mort aura redonné la Grâce aux hommes, comment les adultes pourraient-ils conquérir les Cieux, si la pauvre vie humaine est une fange continuelle qui rend impur? Alors donc est-ce que mon Paradis appartiendra aux seuls petits? Oh! non! Il faut savoir devenir des enfants, mais c’est aussi aux adultes qu’est ouvert le Royaume. Comme des petits… Voilà la pureté.

Tu vois cette eau? Elle paraît si limpide, mais observe: il suffit qu’avec un jonc j’en remue le fond pour qu’elle se trouble. Des détritus et de la boue affleurent. Son cristal devient jaunâtre et personne n’en boirait plus. Mais si j’enlève le jonc, la paix revient et l’eau revient peu à peu à sa limpidité et à sa beauté. Le jonc c’est le péché. Il en est ainsi des âmes. Le repentir, crois-le, est ce qui purifie les âmes…”

377.5 – Marthe survient toute essoufflée:

“Tu es encore ici, Marie? Et moi je me fais tant de soucis!… L’heure avance. Les invités seront bientôt là, et il y a tant à faire. Les servantes sont au pain, les serviteurs découpent et font cuire les viandes. Moi je prépare les nappes, les tables et les boissons. Mais il y a encore les fruits à cueillir et l’eau de menthe et de miel à préparer…”

Marie écoute tant soit peu les lamentations de sa sœur. Avec un sourire bienheureux, elle continue de regarder Jésus sans bouger de place.

Marthe réclame l’aide de Jésus:

“Maître, regarde comme je suis échauffée. Te paraît-il juste que je sois seule à faire les préparatifs? Dis-lui, Toi, de m’aider.”

Marthe est vraiment énervée.

Jésus la regarde avec un sourire qui est à moitié doux, à moitié un peu ironique, ou plutôt moqueur.

Marthe s’offense un peu:

“Je parle sérieusement, Maître. Regarde-la comment elle est oisive pendant que je travaille. Et elle est ici à regarder…”

Jésus prend un air plus sérieux:

“Ce n’est pas de l’oisiveté, Marthe. C’est de l’amour. L’oisiveté, c’était avant. Et tu as tant pleuré pour cette oisiveté indigne. Tes larmes ont rendu encore plus agile ma démarche pour la sauver pour Moi et la rendre à ton honnête affection. Voudrais-tu lui disputer l’amour qu’elle a pour son Sauveur? Préférerais-tu alors qu’elle soit loin d’ici pour ne pas te voir travailler, mais aussi loin de Moi? Marthe, Marthe! Dois-je donc te dire qu’elle (et Jésus lui met la main sur la tête), venue de si loin, t’a surpassée en amour? Dois-je donc dire qu’elle, qui ne savait pas une seule parole de bien, est maintenant savante dans la science de l’amour? Laisse-la à sa paix! Elle a été si malade! Maintenant c’est une convalescente qui revient à la santé en buvant les boissons qui la fortifient. Elle a été tellement tourmentée… Maintenant, sortie du cauchemar, elle regarde autour d’elle et en elle, et elle se découvre nouvelle et elle découvre un monde nouveau. Laisse-la s’en donner la sécurité. C’est avec son “nouveau” qu’elle doit oublier le passé et se conquérir l’éternité… Elle ne sera pas seulement conquise par le travail, mais aussi par l’adoration. Il aura une récompense celui qui aura donné un pain à l’apôtre et au prophète, mais double récompense aura celui qui aura oublié même de se nourrir pour m’aimer, parce qu’il aura eu l’esprit plus grand que la chair, un esprit qui aura crié plus fort que les besoins humains, même licites. Tu te préoccupes de trop de choses, Marthe. Pour elle, il n’y en a qu’une seule. Mais c’est celle qui suffit à son esprit et surtout à son Seigneur qui est aussi le tien. Laisse tomber les choses inutiles. Imite ta sœur. Marie a choisi la meilleure part. Celle qui ne lui sera jamais ôtée. Quand toutes les vertus seront dépassées, parce qu’elles ne seront plus nécessaires aux citoyens du Royaume, la seule qui restera sera la Charité. Elle restera toujours. Elle seule, souveraine. Marie, elle l’a choisie, elle l’a prise comme écu et comme bourdon. Avec elle, comme sur des ailes d’anges, elle arrivera dans mon Ciel.”

377.6 – Marthe, mortifiée, baisse la tête et s’en va.

“Ma sœur t’aime beaucoup et se donne du mal pour te faire honneur…” dit Marie pour l’excuser.

“Je le sais et elle en sera récompensée. Mais elle a besoin d’être purifiée, comme s’est purifiée cette eau, de sa façon de penser humaine. Regarde comme l’eau est redevenue limpide pendant que nous parlions. Marthe se purifiera grâce aux paroles que je lui ai dites. Toi… toi, par la sincérité de ton repentir…”

“Non, par ton pardon, Maître. Mon repentir ne suffisait pas pour laver mon grand péché…”

“Il suffisait et il suffira pour toutes tes sœurs qui t’imiteront. Pour tous les pauvres infirmes de l’esprit. Le repentir sincère est un filtre qui purifie; l’amour ensuite est la substance qui préserve de toute nouvelle souillure. Voilà la raison pour laquelle ceux que la vie a rendus adultes et pécheurs pourront redevenir innocents comme des enfants et entrer comme eux dans mon Royaume. Allons maintenant à la maison. Que Marthe ne reste pas trop dans sa douleur. Apportons-lui notre sourire d’Ami et de sœur.”

377.7 – Jésus dit:

“Il n’est pas besoin de commentaire. La parabole de l’eau est un commentaire pour l’opération du repentir dans les cœurs.

Tu as ainsi le cycle complet de Marie-Madeleine Le cycle de Marie-Madeleine comprend les épisodes de ce qu'on appelle l'Évangile de la Miséricorde, cités en note en EMV 174.11, ainsi que d'autres épisodes mentionnés ici, qui font partie, comme les précédents, de l'Œuvre de Maria Valtorta, excepté celui de la note en EMV 15.2. . De la mort à la Vie. C’est la plus grande ressuscitée de mon Évangile. Elle est ressuscitée de sept morts. Elle est revenue à la Vie. Tu l’as vue comme une plante à fleur relever de la fange la tige de sa nouvelle fleur de plus en plus haut, et puis fleurir pour Moi, répandre ses parfums pour Moi, mourir pour Moi. Tu l’as vue pécheresse, puis assoiffée s’approchant de la Source, puis repentie, puis pardonnée, puis aimante, puis penchée avec pitié sur le Corps inerte de son Seigneur, puis servante de la Mère, qu’elle aime parce que c’est ma Mère, enfin pénitente sur le seuil de son Paradis.

Âmes qui craignez, apprenez à ne pas craindre de Moi en lisant la vie de Marie de Magdala.

Âmes qui aimez, apprenez d’elle à aimer avec une séraphique ardeur.

Âmes qui avez erré, apprenez d’elle la Science qui prépare au Ciel.

Je vous bénis tous pour vous aider à vous élever.

Va en paix.”