Jésus le regarde fixement… puis il lui dit:
“Viens. À partir d’aujourd’hui, tu appartiendras au Maître. Allons auprès de tes compagnons.”
Ils rentrent à la synagogue où les apôtres et les disciples sont en grande conversation avec Jaïre.
“Voici un nouveau disciple. Le Père me console. Aimez-le comme un frère. Allons avec lui partager le pain et le sel. Puis, dans la nuit, vous partirez avec lui pour Jérusalem et nous, nous irons en barque à Hippos… Et n’indiquez mon chemin à personne pour qu’on ne me retienne pas.”
355.7 - Mais cependant le sabbat est terminé, et ceux qui veulent fuir Jésus sont en foule sur la plage pour négocier le passage pour Tibériade. Et ils se disputent avec Zébédée qui ne veut pas leur céder sa barque, déjà prête à côté de celle de Pierre, pour le départ nocturne de Jésus avec les douze.
“Je vais l’aider!” dit Pierre qui est en colère.
Jésus, pour éviter des heurts trop violents, le retient en disant:
“Allons-y tous, pas toi seul.”
Et ils vont… Et ils goûtent l’amertume de voir que ceux qui fuient s’en vont sans un salut, coupant net toute discussion pour s’éloigner de Jésus… et ils entendent quelques épithètes méprisantes et des conseils amers aux disciples fidèles…
Jésus se détourne pour revenir à la maison après le départ de la foule hostile, et il dit au nouveau disciple:
“Tu les entends? Voilà ce qui t’attend en venant à Moi.”
“Je le sais. C’est pour cela que je reste. Je t’avais vu, un jour de gloire, au milieu de la foule qui t’acclamait en te saluant “roi” La tentative de couronnement de Jésus, que mentionne Jean 6,15 est relatée ultérieurement, au Tome 7, chapitre 156. Nicolaï fait allusion à la seconde multiplication des pains qui vient d'avoir lieu deux jours auparavant (cf. chapitre 42), suscitant l'enthousiasme des foules. Mais le lendemain, l'enthousiasme populaire se transforme en une défection massive des disciples, heurtés par la teneur du discours sur le Pain du Ciel (cf. chapitre précédent). . J’ai haussé les épaules en disant: “Un autre pauvre illusionné! Une autre infortune pour Israël!” et je ne t’ai pas suivi parce que tu me semblais un roi, et je ne pensais même plus à Toi. Maintenant je te suis parce que, dans tes paroles et dans ta bonté, je vois le Messie Promis.”
“En vérité tu es plus juste que beaucoup d’autres. Cependant, encore une fois, je le dis: Que celui qui espère en Moi un roi de la terre, qu’il se retire. Que celui qui sent qu’il aura honte en face du monde accusateur, qu’il se retire. Que celui qui se scandalisera de me voir traité de malfaiteur, qu’il se retire. Je vous le dis alors que vous pouvez encore le faire sans être compromis aux yeux du monde. Imitez ceux qui fuient sur ces barques, si vous ne vous sentez pas le courage de partager mon sort dans l’opprobre, pour pouvoir le partager ensuite dans la gloire.
Parce que cela va arriver: le Fils de l’homme va être accusé et puis remis aux hommes qui le tueront comme un malfaiteur et ils croiront l’avoir vaincu. Mais c’est inutilement qu’ils auront commis leur crime car Moi, je ressusciterai après trois jours et je triompherai. Bienheureux ceux qui sauront être avec Moi, jusqu’à la fin!”
355.8 - Ils sont arrivés à la maison et Jésus confie aux disciples le nouveau venu. Il monte seul où il était d’abord. Il va même dans la pièce du haut et s’y assied, pour réfléchir.
Peu après, l’Iscariote monte avec Pierre.
“Maître, Judas m’a fait réfléchir à des choses qui sont justes.”
“Dis-les.”
“Tu prends ce Nicolaï, un prosélyte, duquel nous ignorons le passé. Nous avons eu et nous avons déjà tant d’ennuis. Et maintenant? Que savons-nous de lui? Pouvons-nous nous y fier? Judas dit, à juste raison, que ce pourrait être un espion envoyé par des ennemis.”
“Mais oui! Un traître! Pourquoi n’a-t-il pas voulu dire d’où il vient et qui l’envoie? Je l’ai interrogé, mais il dit seulement: “Je suis Nicolaï d’Antioche, prosélyte”. Moi, j’ai de forts soupçons.”
“Je te rappelle que lui vient parce qu’il me voit trahi.”
“C’est peut-être un mensonge! Ce peut-être une trahison!”
“Celui qui partout voit le mensonge ou voit la trahison est une âme qui est capable de ces choses, parce qu’il juge sur son propre modèle” dit Jésus avec sérieux.
“Seigneur, tu m’offenses!” crie Judas indigné.
“Quitte-moi donc et va avec ceux qui m’abandonnent.”
Judas sort en claquant la porte brutalement.
“Cependant, Seigneur, Judas n’a pas tous les torts… Et puis je ne voudrais pas que… cet homme parle de Jean. Ce ne peut être que l’homme d’En-Dor, ce Félix qui te l’a envoyé…”
“Certainement, mais Jean est prudent et il a repris son ancien nom. Sois tranquille, Simon.
Un homme, qui devient disciple parce qu’il sait que ma cause humaine est déjà perdue, ne peut être qu’un esprit droit. Il est bien différent de celui qui vient de sortir et qui est venu à Moi parce qu’il espérait être le premier ministre d’un roi puissant… et qui ne se persuade pas que je suis Roi seulement pour l’esprit…”
“As-tu des soupçons sur lui, Seigneur?”
“Sur personne. Mais en vérité je te dis que là où arrivera Nicolaï, disciple et prosélyte, Judas de Simon, apôtre israélite et juif, n’arrivera pas.”
“Seigneur, je voudrais interroger Nicolaï sur… Jean.”
“Ne le fais pas. Jean ne l’a chargé de rien parce qu’il est prudent. Ne sois pas toi l’imprudent.”
“Non, Seigneur. Je te le demandais seulement…”
“Descendons pour hâter le repas. Quand il fera bien nuit, nous partirons… Simon… m’aimes-tu?”
“Oh! mon Maître! Mais que dis-tu?”
“Simon, mon cœur est plus sombre que le lac dans une nuit de tempête, et il est aussi agité que lui…”
“Oh! mon Maître!… Que dois-je te dire, si je suis encore plus… sombre et agité que Toi? Je te dirai: “Voici ton Simon, et si mon cœur peut te réconforter, prends-le”. Je n’ai que lui, mais il est sincère.”
Jésus met un moment sa tête sur la poitrine large et robuste, et puis il se lève et descend avec Pierre.