341.3 – Deux fois, en rencontrant des ruisseaux, aussi bien André que les deux Jacques lavent les bandes qu’ils ont sur leurs contusions. Jésus, non. Il poursuit tranquillement comme s’il ne sentait pas la douleur.
Pourtant la douleur doit être sensible si, quand ils s’arrêtent pour manger, il doit demander à André de Lui couper le pain et quand se délie une sandale, il doit demander à Matthieu de la lacer de nouveau… Et surtout, quand en descendant un raccourci à pic, il heurte un tronc parce que son pied a glissé, il ne peut retenir une plainte et le sang qui coule rougit de nouveau la bande. Aussi, à la première maison d’un village où ils arrivent vers le crépuscule, ils s’arrêtent pour demander de l’eau et de l’huile afin de soigner la main qui, une fois enlevées les bandes, apparaît très enflée, bleuâtre au dos et avec une blessure toute rouge au milieu.
Pendant qu’ils attendent que la maîtresse de maison accoure avec ce qu’ils désirent, tous se penchent pour observer la main blessée et ils font leurs commentaires. Mais Jean s’écarte pour cacher ses pleurs. Jésus l’appelle:
“Viens ici, il n’y a pas grand mal. Ne pleure pas.” “Je le sais. Si je l’avais, je ne pleurerais pas. Mais c’est Toi qui l’as, Et tu ne dis pas tout le mal que te fait cette chère main qui n’a jamais nui à personne” répond Jean auquel Jésus a abandonné sa main blessée que Jean caresse doucement à l’extrémité des doigts, au poignet, tout autour de1a partie bleuâtre, et qu’il retourne doucement pour la baiser sur la paume et appuyer sa joue au creux de la main en disant:
“Cela brûle! Oh! comme tu dois souffrir!”
Des larmes de pitié coulent sur elle. La femme apporte de l’eau et de l’huile, et avec un linge Jean essaie d’enlever le sang qui souille la main. Avec délicatesse il fait couler l’eau tiède sur la partie blessée, il l’humecte d’huile, la couvre avec des bandes propres et sur la ligature, il dépose un baiser. Jésus lui met l’autre main sur sa tête inclinée.
341.4 – La femme demande:
“C’est ton frère?”.
“Non. C’est mon Maître, notre Maître.”
“D’où venez-vous?” demande-t-elle encore aux autres.
“De la Mer de Galilée.”
“De si loin! Pourquoi?”
“Pour prêcher le Salut.”
“C’est presque le soir, arrêtez-vous dans ma maison. C’est une maison de pauvres, mais de gens honnêtes. Je puis vous donner du lait dès que mes fils reviendront avec les brebis. Mon homme vous accueillera volontiers.”
“Merci, femme. Si le Maître le veut, nous resterons ici.”
La femme va à ses occupations pendant que les apôtres demandent à Jésus ce qu’ils doivent faire.
“Oui, c’est bien. Demain nous irons à Cédès et puis vers Panéade. J’ai réfléchi, Barthélemy. Il convient de faire comme tu dis. Tu m’as donné un bon conseil. J’espère trouver ainsi d’autres disciples et les envoyer devant Moi, à Capharnaüm. Je sais qu’à Cédès il doit y en avoir maintenant quelques-uns, parmi lesquels les trois bergers libanais.”
La femme revient et demande:
“Et alors?”
“Oui, brave femme, nous restons ici pour la nuit.”
“Et pour le souper. Oh! acceptez-le. Cela ne me pèse pas. Et puis nous a été enseignée la miséricorde par certains qui sont disciples de ce Jésus de Galilée, appelé le Messie, qui fait tant de miracles et qui prêche le Royaume de Dieu. Mais ici, il n’est jamais venu, peut-être parce que nous sommes aux confins syro-phéniciens. Mais ses disciples sont venus, et c’est déjà beaucoup. Pour la Pâque nous du village, nous voulons aller tous en Judée pour voir si nous voyons ce Jésus, car nous avons des malades et les disciples en ont guéri quelques-uns, mais les autres non. Et parmi eux, il y a un jeune homme, fils d’un frère de la femme de mon beau-frère.” “Qu’a-t-il?” demande Jésus en souriant.
“Il est… Il ne parle ni n’entend. Il est né ainsi. Peut-être un démon est entré dans le sein de la mère pour la faire désespérer et souffrir. Mais il est bon, comme s’il n’était pas possédé. Les disciples ont dit que pour lui il faut Jésus de Nazareth parce qu’il doit y avoir quelque chose qui lui manque, et seul ce Jésus…
341.5 – Oh! voici mes enfants et mon époux! Melchias, j’ai accueilli ces pèlerins au nom du Seigneur et j’étais en train de parler de Lévi… Sarah, va vite traire le lait et toi, Samuel, descends prendre du vin et de l’huile dans la grotte et apporte des pommes du grenier. Dépêche- toi, Sarah, nous allons préparer les lits dans les chambres du haut.”
“Ne te fatigue pas, femme. Nous serons bien n’importe où. Pourrais-je voir l’homme dont tu parlais?”