Jésus se retourne et les appelle. Ils accourent joyeux.
“Venez. La ville est proche. Nous devons la traverser pour trouver la tombe de Hillel. Faisons-le en groupe” dit Jésus sans autre explication, pendant que les onze lorgnent avec curiosité Lui et Judas. Mais si ce dernier a l’air pacifié mais humble, Jésus n’a pas un visage radieux. Il est solennel mais sérieux.
340.7 – Ils entrent dans Giscala qui est une belle et grande ville, et bien tenue, Il y doit être un centre rabbinique florissant car je vois beaucoup de docteurs rassemblés en groupes çà et là, avec des élèves à côté d’eux qui écoutent les leçons.
Le passage des apôtres et surtout du Maître est très remarqué, et un grand nombre de gens se mettent à la suite de leur groupe. Quelques-uns ricanent, d’autres appellent Judas de Kériot, Mais lui est à côté du Maître et ne se retourne même pas. Ils sortent de la ville et vont vers la maison près de laquelle se trouve la tombe d’Hillel.
“Quel toupet!”
“Il est imprudent et impudent!”
“Il nous provoque!”
“Profanateur!”
“Dis-le-lui, Uziel.”
“Moi, je ne me contamine pas. Dis-le-lui, toi, Saül Actes 22,3 "Je suis Juif. Né à Tarse en Cilicie, j'ai cependant été élevé ici dans cette ville, et c'est aux pieds de Gamaliel que j'ai été formé à l'exacte observance de la Loi de nos pères, et j'étais rempli du zèle de Dieu, comme vous l'êtes tous aujourd'hui. , qui n’es seulement qu’un élève.”
“Non. Disons-le à Judas. Va l’appeler.”
Le jeune appelé Saül, un maigrelet, pâle, tout en yeux et en bouche, va trouver Judas et lui dit: “Viens. Les rabbis te demandent.”
“Je ne viens pas. Je reste où je suis. Laissez-moi tranquille.” Le jeune homme revient et le rapporte à ses maîtres.
Pendant ce temps Jésus, entouré des siens, prie avec respect près du tombeau de pierre blanche de Hillel.
Les rabbis s’approchent doucement, comme des serpents silencieux, et ils observent. Et deux barbus, âgés, tirent le vêtement de Judas qui, en se mettant en prière, ne s’est plus trouvé défendu par le groupe de ses compagnons.
“Mais que voulez-vous, en somme?” demande-t-il doucement mais irrité. “On ne peut même pas prier?”
“Un seul mot, puis nous te laissons en paix.”
Simon le Zélote et le Thaddée se retournent et font taire les murmures. Judas s’éloigne à deux ou trois pas et demande: “Que voulez-vous?”
Je n’entends pas ce que lui murmure à l’oreille le plus âgé. Mais je vois bien la réaction de Judas qui s’écarte vivement en disant: “Non. Laissez-moi tranquille, âmes empoisonnées. Je ne vous connais pas, je ne veux plus vous connaître.”
Un éclat de rire méprisant sort du petit groupe des rabbis et une menace:
“Attention à ce que tu fais, garçon imbécile!”
“Attention à vous! Partez! Allez aussi le dire aux autres. À tous les autres. Avez-vous compris? Adressez-vous à qui bon vous semble, pas à moi, démons que vous êtes!” et il les laisse en plan.
Il a parlé si fort que les apôtres se sont retournés stupéfaits. Jésus, non. Même pas pour l’éclat de rire méprisant et la promesse: “Nous nous reverrons, Judas de Simon! Nous nous reverrons!” qui résonne dans le silence qui les entoure. Judas retourne à sa place, bien plus il prend la place d’André qui s’était mis près de Jésus, et comme pour en être défendu et protégé, il prend dans ses mains un pan du manteau de Jésus.
340.8 – Leur colère se tourne contre Jésus. Ils avancent, menaçants, et ils crient:
“Que fais-tu, ici, Toi, anathème d’Israël? Hors d’ici! Ne fais pas frémir les ossements du Juste que tu n’es pas digne d’approcher. Nous le dirons à Gamaliel et nous te ferons punir.”
Jésus se retourne et il les regarde, l’un après l’autre.
“Pourquoi nous regardes-tu, ainsi, possédé?”
“Pour bien connaître vos visages et vos cœurs. Car ce n’est pas seulement mon apôtre qui vous reverra, mais Moi également, et je voudrai vous avoir bien connus pour pouvoir tout de suite bien vous reconnaître.”
“Bien: tu nous as vus? Va-t-en. Gamaliel, s’il était ici, ne le permettrait pas. C'est le petit-fils de Hillel. ”
“L’an dernier je suis venu ici, avec lui…”
“Ce n’est pas vrai, menteur!”
“Demandez-le-lui et, puisque c’est un homme honnête, il vous dira que oui. Moi, j’aime et je vénère Hillel, et je respecte et honore Gamaliel. Ce sont deux hommes chez lesquels se manifeste l’origine de l’homme à cause de leur justice et de leur sagesse, qui rappelle que l’homme est fait à la ressemblance de Dieu.”
“En nous non, hein?” interrompent les énergumènes.
“En vous elle est offusquée par l’égoïsme et la haine.”
“Écoutez-le! C’est dans la maison d’autrui qu’il parle ainsi et nous offense! Hors d’ici! Hors d’ici, corrupteur des meilleurs d’Israël! Ou nous allons prendre des pierres. Ici, il n’y a pas Rome pour te protéger, Toi qui es lié à l’ennemi païen…”
“Pourquoi me haïssez- vous? Pourquoi me persécutez-vous? Quel mal vous ai-je fait? Certains de vous ont eu de Moi des bienfaits; tous, mon respect. Et alors, pourquoi êtes-vous cruels avec Moi?” Jésus est humble, doux, affligé et aimant. Il les supplie de l’aimer.
Ils prennent cela pour un signe de faiblesse et de peur et le harcèlent. La première pierre vole et effleure Jacques de Zébédée qui réagit rapidement en la relançant aux assaillants alors que tous se serrent autour de Jésus. Mais ils sont douze contre une centaine environ. Une autre pierre blesse à la main Jésus qui est en train de commander à ses disciples de ne pas réagir. La main, blessée au dos, saigne. Elle semble déjà blessée par le clou…
340.9 – Alors Jésus ne prie plus. Il se redresse, imposant, les regarde, les foudroie de ses regards. Mais une autre pierre fait saigner Jacques d’Alphée à la tempe. Jésus doit paralyser tout autre acte par sa puissance pour protéger ses apôtres qui, obéissants, reçoivent la grêle de pierres sans réagir.
Et quand les lâches sont dominés par la volonté de Jésus - et il a une majesté terrible - il leur dit d’une voix de tonnerre: “Je m’en vais. Mais sachez que, pour ce que vous faites, Hillel vous aurait maudits. Je m’en vais. Pourtant rappelez-vous que même la Mer Rouge n’a pas arrêté les israélites sur le chemin que Dieu leur avait tracé. Tout s’aplanit et devint chemin pour Dieu qui passait. Et cela en est de même pour Moi. Comme les égyptiens et les philistins, les amorrhéens, les cananéens et autres peuples n’arrêtèrent pas la marche triomphale d’Israël, ainsi vous, pires qu’eux, vous n’arrêterez pas la marche et la mission de Moi: Israël. Rappelez-vous ce qui fut chanté au puits de l’eau donnée par Dieu: “Surgis, ô puits, puits creusé par les princes, préparé par les chefs du peuple, au moyen de leurs bâtons, avec celui qui a donné la Loi” Nombres 21, 16-18 : L'étape suivante les conduisit au lieu dit Le Puits, où le Seigneur donna cet ordre à Moïse : Rassemble le peuple pour que je puisse lui donner de l'eau. C'est alors que les Israélites chantèrent le chant que voici: Que l'eau jaillisse du puits, sous les acclamations! Les chefs l'ont creusé, les nobles l'ont foré, avec leurs bâtons de commandement et leurs sceptres ! . C’est Moi qui suis ce Puits! Ce Puits c’est Moi qui le suis! Creusé dans les Cieux par toutes les prières, les actions justes des vrais princes et chefs du Peuple saint que vous, vous n’êtes pas. Non. Non, vous vous ne l’êtes pas. Jamais le Messie ne serait venu pour vous, parce que vous ne le méritez pas. Parce que sa venue est votre ruine. Parce que le Très-Haut connaît toutes les pensées des hommes et Il les connaît depuis toujours, avant qu’existât Caïn de qui vous venez, et Abel auquel je ressemble, avant qu’existât Noé, ma figure, Moïse qui le premier a employé mon symbole, avant qu’existât Balaam qui prophétisa l’Étoile, et Isaïe et tous les prophètes. Et Dieu connaît les vôtres et Il en lit horreur. il en a toujours eu horreur, comme Il s’est toujours réjoui pour les justes à cause desquels il était juste de m’envoyer et qui vraiment, oh! oui! vraiment m’ont aspiré des profondeurs des Cieux pour apporter l’Eau vive à la soif des hommes. Je suis la Source de la Vie éternelle. Mais vous, vous ne voulez pas boire. Et vous mourrez.”
Et il passe lentement au milieu des rabbins paralysés et de leurs élèves et il continue sa route, lent, solennel, dans le silence stupéfait des hommes et des choses.