Et il est attristé. Jean d’En-Dor observe:

“Tu as bien parlé aussi en disant que les éléments favorables deviennent défavorables Car l’homme use rarement de justice dans sa réflexion. Ici, le premier obstacle est l’humilité de la naissance, l’humilité de l’enfance, l’humilité de l’adolescence, l’humilité de la jeunesse de notre Jésus.

L’homme oublie que la vraie valeur se cache sous des apparences modestes alors que la nullité se déguise en êtres puissants pour s’imposer à la foule.”

“C’est possible… Mais rien ne change ma pensée au sujet de mes concitoyens. Quelque chose qu’on ait pu leur dire, ils devaient savoir juger d’après les œuvres réelles du Maître et non d’après les paroles d’inconnus.”

307.4 – Un long silence, rompu seulement par le bruit de la toile que la Vierge coupe en bandes pour en faire des volants. Syntica n’a jamais parlé tout en restant très attentive. Elle garde toujours son attitude de profond respect, de réserve qui ne se fait moins rigide qu’avec la Vierge et l’enfant. Mais maintenant l’enfant s’est endormi, assis sur un banc, juste aux pieds de Syntica et la tête appuyée sur les genoux de celle-ci, sur son bras replié. Aussi elle ne bouge pas et elle attend que Marie lui passe les morceaux d’étoffe.

“Quel sommeil innocent! Il sourit…” remarque Marie en se penchant sur le petit visage du dormeur.

“Qui sait à quoi il rêve?” dit en souriant Simon.

“C’est un enfant très intelligent, dit Jean d’En-Dor. Il apprend rapidement et il veut avoir des explications claires. Il pose des questions, très subtiles et il veut des réponses claires. Sur tout. Je reconnais que parfois je suis embarrassé sur la réponse à donner. Ce sont des raisonnements supérieurs à son âge et aussi à mes possibilités d’explication.”

“Oui! Comme ce jour… Te rappelles-tu, Jean? Tu avais deux élèves très difficiles, ce jour-là! Et très ignorants!” dit Syntica en souriant légèrement et en fixant le disciple de son regard profond.

Jean sourit à son tour et dit:

“Oui. Et vous avez un maître très incapable qui doit appeler à son secours la vraie Maîtresse… car, dans aucun des nombreux livres que j’avais lus, je n’avais trouvé la réponse à donner à un enfant, sot pédagogue que j’étais. C’est signe que je suis un pédagogue encore ignorant.”

“La science humaine est encore de l’ignorance, Jean. Ce n’est pas le pédagogue, mais ce qu’on lui avait donné pour l’être qui était insuffisant. La pauvre science humaine! Oh! comme elle me semble mutilée! Cela me fait penser à une déité qui était honorée en Grèce. Il fallait le matérialisme païen pour pouvoir croire qu’étant privée d’ailes, la victoire serait pour toujours en possession des grecs! Non seulement ce furent les ailes pour la Victoire, mais la liberté nous fut enlevée… Il aurait mieux valu qu’elle eût des ailes, d’après notre croyance. Nous aurions pu la croire capable de voler pour dérober les foudres célestes afin de flécher les ennemis. Mais dans l’état où elle était, elle ne donnait pas l’espérance mais le découragement, mais une parole de tristesse. Je ne pouvais la voir sans souffrir… Elle me paraissait souffrante, avilie par sa mutilation. Un symbole de douleur et non pas de joie… Et elle le fut.

Mais comme pour la Victoire l’homme agit avec la Science. Il lui mutile les ailes qui permettraient d’atteindre le savoir du Surnaturel, en lui donnant des clefs pour ouvrir tant de secrets du connaissable et de la création. Ils ont cru et ils croient la tenir captive en lui mutilant les ailes… Ils n’en ont fait qu’une déficiente… La science ailée ce serait la Sagesse. Comme elle est, ce n’est qu’une compréhension partielle.”

307.5 – “Et ma Mère vous a répondu ce jour-là?”

“Avec une clarté parfaite et une chaste parole, pouvant être entendue par un enfant et deux adultes de sexe différent sans que personne eût à rougir.”

“Sur quoi portait-elle?”

“Sur la faute d’origine, Maître. J’ai écrit l’explication de ta Mère pour m’en souvenir” dit encore Syntica.

Et Jean d’En-Dor ajoute:

“Moi de même. Je crois que c’est une chose sur laquelle on nous interrogera beaucoup, si un jour on va parmi les gentils. Moi, je ne pense pas y aller parce que…”

“Pourquoi, Jean?”

“Parce que j’ai peu de temps à vivre.”

“Mais tu y irais volontiers?”

“Plus que beaucoup d’autres en Israël, parce que je n’ai pas de préventions. Et aussi… Oui, aussi pour cela. J’ai donné le mauvais exemple parmi les gentils, à Cintium, et en Anatolie Voir sa biographie. . J’aurais voulu arriver à faire le bien où j’ai fait du mal. Le bien à faire: apporter ta parole là-bas, te faire connaître… Mais ce serait trop d’honneur… Je ne le mérite pas.”

Jésus le regarde en souriant, mais ne dit rien à ce sujet.

307.6 – Il demande: