“Je t’apporterai beaucoup d’argent pour les pauvres”
Il sort sa bourse et dit:
“Voilà, prends. C’est tout ce que nous avons. Je n’ai rien d’autre. Donne-moi le viatique pour notre voyage de Béthanie à la maison.”
“Mais, nous ne partons pas ce soir” objecte Thomas.
“Peu importe. Il n’est plus besoin d’argent dans la maison de Marie et donc… Bienheureux de ne plus avoir à en manier… A mon retour, j’apporterai à ta Mère des graines de fleurs. Je me les ferai donner par ma mère. Je veux apporter aussi un cadeau à Marziam…”
Il est exalté. Jésus le regarde…
302.6 - Ils sont maintenant à la maison de Marie de Magdala. Ils se font reconnaître et ils entrent tous. Les femmes accourent joyeuses à la rencontre du Maître, venu s’abriter à leur foyer…
Et c’est après le souper, quand les apôtres fatigués se sont retirés que Jésus, assis au milieu d’une salle dans le cercle des femmes disciples, leur fait part de son désir qu’elles partent au plus tôt. Aucune d’elles ne proteste, au contraire des apôtres. Elles inclinent la tête pour marquer leur assentiment, et puis elles sortent pour préparer leurs bagages. Mais Jésus rappelle Marie-Magdeleine qui est déjà sur le seuil.
“Eh bien, Marie, pourquoi m’as-tu dit tout bas à mon arrivée: “Je dois te parler en secret”?”
“Maître, j’ai vendu les pierres précieuses. À Tibériade. C’est Marcelle qui les a vendues avec l’aide d’Isaac. J’ai la somme dans ma chambre. J’ai voulu que Judas n’en vît rien…” et elle rougit vivement.
Jésus la regarde fixement, mais ne dit pas un mot. Marie-Magdeleine sort pour revenir avec une lourde bourse qu’elle donne à Jésus:
“Voici” dit-elle. “Elles ont été bien payées.”
“Merci, Marie.”
“Merci, Rabbouni, de m’avoir demandé ce service. As-tu autre chose à me demander?…”
“Non, Marie. Et toi, as-tu autre chose à me dire?”
“Non, Seigneur. Bénis-moi, mon Maître.”
302.7 - “Oui. Je te bénis… Marie… Es-tu contente de retourner vers Lazare? Pense que je ne suis plus en Palestine. Tu retournerais volontiers à la maison, alors?”
“Oui, Seigneur. Mais…”
“Achève, Marie. N’aie pas peur de me dire ta pensée.”
“Mais j’y serais retournée plus volontiers si à la place de Judas de Kérioth il y avait Simon le Zélote, grand ami de notre famille.”
“J’en ai besoin pour une mission importante.”
“Tes frères, alors, ou bien Jean au cœur de colombe. Tous, voilà, sauf lui… Seigneur, ne me regarde pas sévèrement… Qui a goûté à la luxure en sent le voisinage… Je ne la crains pas. Je sais mettre en place quelqu’un qui est bien plus que Judas. Et c’est ma terreur de n’être pas pardonnée, et c’est mon moi, et c’est Satan qui certainement me tourne autour, et c’est le monde… Mais si Marie de Théophile n’a peur de personne, Marie de Jésus a le dégoût du vice qui l’avait subjuguée, et la… Seigneur… L’homme qui se livre aux sens me dégoûte…”
“Tu n’es pas seule dans le voyage, Marie. Et avec toi, je suis certain que lui ne reviendra pas en arrière… Rappelle-toi que je dois faire partir Syntica et Jean pour Antioche, et qu’il ne faut pas que la chose soit connue par un imprudent…”
“C’est vrai. Alors, j’irai… Maître, quand nous reverrons-nous?”
“Je ne sais pas, Marie. Peut-être seulement à Pâque. Va en paix, maintenant. Je te bénis ce soir et chaque soir et avec toi, ta sœur et le bon Lazare.”
Marie se penche pour baiser les pieds de Jésus et sort, laissant Jésus seul, dans la pièce silencieuse.