273.4 – “Et maintenant prenez et donnez à satiété. Allez. Va, Marziam, le donner à tes compagnons.”
“Oh! comme c’est lourd!” dit Marziam en soulevant son panier et en allant tout de suite vers ses petits amis. Il marche comme s’il portait un fardeau.
Les apôtres, les disciples, Manahen, le scribe le regardent partir ne sachant que penser… Puis ils prennent les paniers, et en secouant la tête, se disent l’un à l’autre:
“Le gamin plaisante! Ce n’est pas plus lourd qu’avant.”
Le scribe regarde aussi à l’intérieur et met la main pour tâter au fond du panier parce qu’il n’y a plus beaucoup de lumière, là, sous le couvert où Jésus se trouve, alors que plus loin, dans la clairière, il fait encore assez clair. Mais pourtant, malgré la constatation, ils vont vers les gens et commencent la distribution. Ils donnent, ils donnent, ils donnent. Et de temps à autre, ils se retournent, étonnés, de plus en plus loin, vers Jésus qui, les bras croisés, adossé à un arbre, sourit finement de leur stupeur.
La distribution est longue et abondante… Le seul qui ne manifeste pas d’étonnement c’est Marziam qui rit, heureux de remplir de pain et de poisson les mains de tant de pauvres enfants. Il est aussi le premier à revenir vers Jésus, en disant:
“J’ai tant donné, tant, tant!… car je sais ce que c’est que la faim…”
Et il lève son visage qui n’est plus émacié qu’en un souvenir maintenant disparu cependant il pâlit, en écarquillant les yeux… Mais Jésus le caresse et le sourire revient, lumineux, sur ce visage enfantin qui, confiant, s’appuie contre Jésus, son Maître et Protecteur.
Tout doucement les apôtres et les disciples reviennent, rendus muets par la stupeur. Le dernier, le scribe qui ne dit rien. Mais il fait un geste qui est plus qu’un discours: il s’agenouille et baise la frange du vêtement de Jésus.
“Prenez votre part, et donnez m’en un peu. Mangeons la nourriture de Dieu.”
Ils mangent en effet du pain et du poisson, chacun selon son appétit…
273.5 – Pendant ce temps, les gens, rassasiés, échangent leurs impressions. Même ceux qui sont autour de Jésus se risquent à parler en regardant Marziam qui, en finissant son poisson, plaisante avec les autres enfants.
“Maître, demande le scribe, pourquoi l’enfant a-t-il tout de suite senti le poids, et nous pas? J’ai même fouillé à l’intérieur. Il n’y avait toujours que ces quelques bouchées de pain et cet unique morceau de poisson. J’ai commencé à sentir le poids en allant vers la foule, mais si cela avait pesé pour la quantité que j’ai donnée, il aurait fallu un couple de mulets pour le transport, non plus le panier, mais un char complet chargé de nourriture. Au début, j’y allais doucement… puis je me suis mis à donner, à donner, et pour ne pas être injuste, je suis revenu vers les premiers en faisant une nouvelle distribution parce qu’aux premiers j’avais donné peu de chose. Et pourtant, il y en a eu assez.”
“Moi aussi, j’ai senti que le panier devenait lourd pendant que j’avançais, et tout de suite j’ai donné abondamment, car j’ai compris que tu avais fait un miracle” dit Jean.
“Moi, au contraire, je me suis arrêté et me suis assis, pour renverser sur mon vêtement le fardeau et me rendre compte… Alors j’ai vu des pains et des pains, et j’y suis allé” dit Manahen.
“Moi, je les ai même compté pour ne pas faire piètre figure. Il y avait cinquante petits pains. Je me suis dit: “Je vais les donner à cinquante personnes, et puis je reviendrai”. Et j’ai compté. Mais, arrivé à cinquante, il y avait toujours le même poids. J’ai regardé à l’intérieur. Il y en avait encore tant. Je suis allé de l’avant et j’en ai donné par centaine. Mais cela ne diminuait jamais” dit Barthélemy.
“Moi, je le reconnais, je n’y croyais pas. J’ai pris dans mes mains les bouchées de pain et ce petit morceau de poisson et je les regardais en disant: “À quoi cela va servir? Jésus a voulu plaisanter!…” et je les regardais, je les regardais, restant caché derrière un arbre, espérant et désespérant de les voir croître. Mais c’était toujours la même chose. J’allais revenir quand Mathieu est passé et m’a dit: “Tu as vu comme ils sont beaux?”. “Quoi?” ai-je dit. “Mais les pains et les poissons!… ” “Tu es fou? Moi je vois toujours des morceaux de pain”
“Va les distribuer avec foi, et tu verras”. J’ai jeté dans le panier ces quelques bouchées et je suis allé avec réticence… Et puis… pardonne-moi, Jésus car je suis pécheur!” dit Thomas.
“Non, tu es un esprit du monde. Tu raisonnes comme les gens du monde.”
“Moi aussi, Seigneur, alors” dit l’Iscariote. “Au point que j’ai pensé donner une pièce avec le pain en pensant: “ils mangeront ailleurs”. J’espérais t’aider à faire meilleure figure. Que suis-je donc, moi? Comme Thomas ou davantage?”
“Bien plus que Thomas, tu es “monde”.
“Mais pourtant j’ai pensé faire l’aumône pour être Ciel! C’étaient mes deniers à moi…”
“Aumône à toi-même et à ton orgueil et non pas à Dieu. Ce dernier n’en a pas besoin et l’aumône à ton orgueil est une faute, pas un mérite.”
Judas baisse la tête et se tait.
“Moi de mon côté” dit Simon le Zélote “je pensais que cette bouchée de poisson, ces bouchées de pain, il me fallait les fragmenter pour qu’elles suffisent. Mais je ne doutais pas qu’elles auraient suffit pour le nombre et la valeur nutritive. Une goutte d’eau, donnée par Toi, peut-être plus nourrissante qu’un banquet”.