“Non, je vais à Capharnaüm.”

“Sans dire un mot de toute la semaine. Nous ne sommes pas dignes de ta parole?”

“Ne vous ai-je pas donné pendant six jours la meilleure parole?”

“Quand? Et à qui?”

“À tous. De l’établi du menuisier. Pendant des jours j’ai prêché qu’il faut aimer le prochain et l’aider de toutes manières, spécialement quand il s’agit d’êtres faibles, comme sont les veuves et les orphelins. Adieu, vous de Chorazeïn. Méditez pendant le sabbat la leçon que je vous ai donnée.”

Et Jésus se remet en route, laissant les citadins interdits.

Mais l’enfant, qui rejoint Jésus en courant, réveille leur curiosité, et ils disent à Jésus que de nouveau ils arrêtent:

“Tu emmènes le garçon de la veuve? Pourquoi?”

“Pour lui apprendre à croire que Dieu est Père et qu’en Dieu il trouvera aussi le père perdu. Et aussi pour qu’il y ait quelqu’un qui croit, ici, à la place du vieil Isaac.”

“Avec tes disciples, il y en a trois de Chorazeïn Abel le lépreux guéri - Samuel le bossu, son ami - Élie (Laisse les morts enterrer les morts…). ”.

“Avec les miens. Pas ici. Celui-là sera ici. Adieu.”

Et tenant l’enfant entre Lui et Manahen, il se dirige rapidement à travers la campagne vers Capharnaüm, tout en parlant avec Manahen.

268.3 – Ils rejoignent Capharnaüm où les apôtres sont déjà arrivés. Assis sur la terrasse, à l’ombre de la tonnelle, autour de Matthieu, ils racontent ce qu’ils ont fait à leur compagnon qui n’est pas encore guéri. Ils se retournent au léger bruit des sandales sur l’escalier et ils voient la tête blonde de Jésus qui émerge graduellement du muret de la terrasse. Ils courent vers Lui qui sourit… et restent pétrifiés en voyant que derrière Jésus il y a un pauvre enfant. Manahen monte aussi, magnifique en son vêtement de lin blanc que fait ressortir davantage la beauté de sa ceinture précieuse, son manteau rouge flamme de lin teint, si brillant qu’il paraît être en soie, à peine fixé aux épaules pour lui faire en arrière une sorte de traîne, son couvre-chef de byssus que tient un fin diadème d’or, une lame burinée qui coupe en son milieu son large front en lui donnant en quelque sorte un air de roi d’Égypte. Sa présence arrête une avalanche de questions que les yeux pourtant expriment clairement. Mais, après les salutations réciproques, assis maintenant près de Jésus, les apôtres demandent: “Et lui?” en montrant l’enfant.

“C’est ma dernière conquête: un petit Joseph, menuisier comme le grand Joseph qui me servit de père. Il m’est donc très cher, comme je lui suis très cher. N’est-ce pas, enfant? Viens ici, que je te fasse connaître mes amis dont tu as tant entendu parler. Celui-ci, c’est Simon Pierre: l’homme le meilleur pour les enfants qui existe. Et celui-ci, c’est Jean: un grand enfant qui te parlera de Dieu même en jouant. Et cet autre c’est Jacques, son frère, sérieux et bon comme un frère aîné. Celui-là, c’est André, frère de Simon Pierre: tu t’entendras tout de suite bien avec lui car il est doux comme un agneau. Et. puis voilà Simon le Zélote: il aime tant les enfants sans père qu’il ferait, je crois, le tour de la terre pour les chercher, s’il n’était pas avec Moi. Puis voilà Judas de Simon et avec lui Philippe de Bethsaïda et Nathanaël. Vois-tu comme ils te regardent? Ils ont des enfants, eux aussi, et ils aiment les enfants. Et ces deux, ce sont mes frères, Jacques et Jude: ils aiment tout ce que j’aime et donc ils t’aimeront. Maintenant allons trouver Matthieu qui a mal au pied et pourtant n’a pas de rancœur pour les enfants qui, en jouant étourdiment, l’ont atteint avec un caillou pointu. N’est-ce pas, Matthieu?”

“Oh! non, Maître. C’est le fils de la veuve?”

“Oui. Il est très brave, mais il est resté très triste.”

“Oh! le pauvre enfant! Je ferai appeler Jacquot et tu joueras avec lui” et Matthieu le caresse en l’attirant par la main près de lui.

Jésus termine la présentation avec Thomas qui, en homme pratique, la complète en offrant au petit une grappe de raisin qu’il détache de la tonnelle.

“Maintenant vous êtes amis” conclut Jésus en s’asseyant de nouveau pendant que l’enfant mange son raisin en répondant à Matthieu qui le garde près de lui.

268.4 – “Mais où as-tu été tout seul pendant toute la semaine?”

“À Chorazeïn, Simon de Jonas.”

“Cela je le sais. Mais qu’y as-tu fait? Tu es allé chez Isaac?”

“Isaac l’Adulte est mort”

“Et alors?”

“Matthieu ne te l’a pas dit?”