“Mais n’avez-vous pas les vignes à soigner?”

“Nous avons aussi notre âme à soigner et elle est plus que les vignes. Est-il à Capharnaüm? En forçant la marche nous pourrions faire l’aller et retour en dix jours…”

256.3 – “Il est ici, celui que vous cherchez. Il s’est reposé dans votre verger et en ce moment il parle avec cet homme âgé et ce jeune homme. Il a à côté de Lui sa Mère et la sœur de sa Mère.”

“Celui-là! … Oh! Qu’est-ce qu’on fait?”

Ils restent figés par la stupeur. Ils sont tout yeux pour le regarder. Toute leur vitalité se concentre dans leurs pupilles.

“Eh bien! Vous désiriez tant le voir et maintenant vous ne bougez plus? Etes-vous devenus des statues de sel?” plaisante Pierre.

“Non… c’est que… Mais, est-il simple, le Messie?”

“Mais que vouliez-vous qu’il fût? Assis sur un trône fulgurant et couvert du manteau royal? Le croyiez-vous un nouvel Assuérus? Assuérus fut un roi de Perse. Le livre d'Esther 5, 1c nous en fait le portrait royal.

“Non. Mais… si simple, Lui si saint!”

“Il est simple parce qu’il est saint, homme. Bien, faisons ainsi… Maître! Viens, viens ici faire un miracle. Il y a ici des hommes qui te cherchent et de te voir les a pétrifiés, Viens leur rendre le mouvement et la parole.”

Jésus, qui s’est retourné en s’entendant appeler, se lève en souriant et vient vers les vignerons qui le regardent tellement stupéfaits qu’ils en paraissent apeurés.

“Paix à vous. Vous me vouliez? Me voici” et il fait son geste habituel d’ouvrir les bras en les tendant un peu, comme pour s’offrir. Les vignerons tombent à genoux et restent muets.

“Ne craignez pas. Dites-moi ce que vous voulez.” Sans parler, ils tendent les paniers remplis de raisin. Jésus admire les fruits magnifiques et, en disant: “Merci” allonge la main pour prendre une grappe et il commence à manger les grains.

“O Dieu Très Haut! Il mange comme nous!” dit en soupirant celui qu’on appelle Gamla.

Il est impossible de ne pas rire de cette sortie. Jésus même a un sourire plus accentué, et comme s’il s’excusait, il dit:

“Je suis le Fils de l’homme!”

256.4 – Mais son geste a vaincu leur torpeur extatique, et Gamla dit:

“N’entrerais-tu pas dans notre maison, au moins jusqu’au soir? Nous sommes nombreux, car nous sommes sept frères avec nos femmes et nos enfants, et en plus nos parents âgés qui attendent paisiblement la mort.”

“Allons. Vous, appelez vos compagnons et rejoignez-nous. Mère, viens avec Marie.”

Et Jésus se met en route derrière les paysans qui se sont relevés et marchent un peu de biais pour le voir marcher. Le sentier est étroit entre les troncs d’arbres reliés les uns aux autres par les vignes.

Ils ont vite fait d’arriver à la maison, ou plutôt aux maisons car elles forment un petit carré avec au milieu une large cour commune où se trouve un puits. On y accède par un couloir profond qui fait office de vestibule et que l’on ferme certainement la nuit avec le lourd portail.

“La paix soit à cette maison et à ceux qui l’habitent” dit Jésus en entrant et en levant la main pour bénir. Il l’abaisse ensuite pour caresser un amour de bébé à moitié nu qui fixe sur Lui un regard extatique. Il est très gracieux dans sa chemisette sans manches, qui retombe de ses épaules grassouillettes, debout avec ses pieds nus, avec un doigt dans la bouche et une croûte de pain trempée dans l’huile dans l’autre menotte.

“C’est David, le bébé. de mon jeune frère” explique Gamla pendant qu’un autre vigneron entre dans la maison la plus proche pour prévenir. Puis il en sort pour entrer dans une autre et il fait ainsi pour toutes, de sorte que des visages de tous âges se présentent, puis se retirent pour revenir après une toilette sommaire.

256.5 – Assis à l’ombre d’un auvent qui fait saillie et qu’abrite un figuier gigantesque, se trouve un vieillard avec un bâtonnet dans les mains. Il ne lève même pas la tête, comme si rien ne l’intéressait.

“C’est notre père, explique Gamla. Un des vieillards de la maison, car même la femme de Jacques a amené ici son père resté seul. Et puis il y a la vieille mère de Lia, la plus jeune épouse. Notre père est aveugle. il s’est formé une taie sur ses pupilles. Il y a tant de soleil dans les champs! Tant de chaleur sur la terre! Pauvre père! Il est très triste, mais il est très bon. En ce moment il attend ses petits-enfants parce qu’ils sont son unique joie.”