“Envoie Jean d’En-Dor, Maître. Il est si capable et il est habitué à vivre avec des païens” suggère Judas de Kériot.

“Non, Jean reste avec nous” répond Jésus d’une manière tranchante.

Puis il se tourne vers les pêcheurs pour ajouter:

“Quand finit la pêche de la pourpre?”

“Aux tempêtes d’automne. Ensuite la mer est trop agitée ici.”

“Vous retournerez alors à Sycaminon?”

“Là et à Césarée. Nous vendons beaucoup aux romains.”

“Vous pourrez vous retrouver alors avec les disciples. En attendant, persévérez.”

251.5 – “Il y a quelqu’un à bord de ma barque dont je ne voulais pas, et qui est venu en ton nom, soit disant.”

“Qui est-ce?”

“Un jeune pêcheur d’Ascalon.”

“Fais-le descendre et venir ici.”

L’homme va à bord et revient avec un tout jeune homme plutôt confus d’être l’objet de tant d’attention. L’apôtre Jean le reconnaît:

“C’est un de ceux qui nous ont donné le poisson, Maître”.

Il se lève pour le saluer.

“Tu es venu, Hermastée? Tu es seul?”

“Seul. À Capharnaüm, j’ai eu honte… Je suis resté sur la côte, espérant…”

“Quoi?”

“Voir ton Maître.”

“Et n’est-il pas encore le tien? Pourquoi, ami, tergiverser encore? Viens à la Lumière qui t’attend. Regarde comme il t’observe et sourit.”

“Comment serai-je accueilli?”

“Maître, viens à nous un moment.”

Jésus se lève et va vers Jean.

“Il n’ose pas car il est étranger.”

“Il n’y a pas d’étrangers pour Moi. Et tes compagnons? N’étiez-vous pas nombreux?…Ne te trouble pas. Toi seul as su persévérer. Mais je suis heureux même pour toi seul. Viens avec Moi.”

Jésus revient à sa place avec la nouvelle conquête.

“Celui-ci oui, nous allons le donner à Jean d’En-Dor” dit-il à l’Iscariote.

251.6 – Et puis il s’adresse à tout le monde.

“Un groupe de mineurs descendirent dans une mine où ils savaient qu’il y avait des trésors, bien cachés pourtant dans les profondeurs du sol. Et ils se mirent à creuser. Mais le terrain était dur et le travail fatigant.

Un grand nombre se lassèrent et, jetant leurs pics, s’en allèrent. D’autres se moquèrent du chef d’équipe en le traitant presque d’imbécile. D’autres s’en prirent à leur sort, au travail, à la terre, au métal et frappèrent avec colère les entrailles de la terre, brisant le filon en fragments inutilisables et puis, ayant tout gâté et n’étant arrivés à rien, ils s’en allèrent, eux aussi. Il n’en resta qu’un, le plus persévérant. Il traita avec douceur les couches de terre qui résistaient, pour les percer sans rien gâter, il fit des essais, il creusa plus profond. Il finit par découvrir un merveilleux filon de métal précieux. La persévérance du mineur fut récompensée et, avec le métal très pur qu’il avait découvert, il put mettre en train de nombreux travaux, acquérir beaucoup de gloire et une nombreuse clientèle parce que tout le monde voulait de ce métal que seule la persévérance avait su trouver, là où les autres, paresseux ou coléreux, n’avaient rien obtenu.

Mais l’or découvert, pour être beau et au point voulu pour servir à l’orfèvre, doit à son tour persévérer dans la volonté de se faire travailler. Si l’or, après le premier travail de découverte, ne voulait pas souffrir de peines, il resterait brut et on ne pourrait le travailler. Vous voyez donc que le premier enthousiasme ne suffit pas pour réussir, ni comme apôtre, ni comme disciple, ni comme fidèle. Il faut persévérer.

Nombreux étaient les compagnons d’Hermastée et, dans le feu de l’enthousiasme, ils avaient promis de venir tous. Lui seul est venu. Nombreux sont mes disciples et ils le seront de plus en plus. Mais seulement le tiers de la moitié saura l’être jusqu’à la fin. Persévérer. C’est le grand mot. Pour toutes les choses bonnes.

Vous, quand vous jetez le tramail pour saisir les coquillages de pourpre, est-ce que par hasard vous le faites une seule fois? Non. Mais, un coup après l’autre, pendant des heures, pendant des journées, pendant des mois, tout disposés à revenir sur les lieux l’année suivante, parce que cela donne du pain et de l’aisance à vous et à vos familles.

Et vous voudriez agir autrement pour les choses plus grandes que sont les intérêts de Dieu et de vos âmes, si vous êtes fidèles; les vôtres et celles de vos frères, si vous êtes disciples? En vérité je vous dis que, pour extraire la pourpre des vêtements éternels, il faut persévérer jusqu’à la fin.

251.7 – Et maintenant comportons-nous en bons amis jusqu’à l’heure du retour, ainsi nous nous connaîtrons mieux et il sera facile de nous reconnaître…”

Et ils se dispersent dans la petite baie rocheuse. Ils cuisent des moules et des crabes enlevés aux rochers., et des poissons pris avec de petits filets; ils dorment sur un lit d’algues desséchées à l’intérieur de cavernes ouvertes par des tremblements de terre ou par les vagues dans la côte rocheuse, pendant que ciel et mer sont un éblouissant azur et qui s’embrasse à l’horizon et que les mouettes font un continuel carrousel de vols, de la mer aux nids, en poussant des cris et en battant des ailes, uniques voix qui, avec le clapotis des flots, se font entendre en ces heures d’étouffante chaleur d’été.