“Va en paix, ma fille. Ta foi t’a sauvée. Sois définitivement guérie. Sois bonne et heureuse. Va.”

230.4 – Pendant qu’il parle encore, arrive un homme, un serviteur je pense. Il s’adresse au père resté pendant tout ce temps dans une attitude respectueuse mais tourmentée comme s’il était sur la braise.

“Ta fille est morte, il est inutile d’importuner le Maître davantage. Elle a rendu l’esprit, et déjà les femmes chantent les lamentations. La mère t’envoie dire cela et te prie de venir tout de suite.”

Le pauvre père pousse un gémissement. Il porte ses mains au front et le serre en se comprimant les yeux et en se courbant comme s’il avait reçu un coup.

Jésus, qui paraît ne devoir rien voir ni rien entendre, attentif comme il l’est à écouter la femme et à lui répondre, se tourne au contraire et pose la main sur les épaules courbées du pauvre père.

“Homme, je te l’ai dit: “aie foi”. Je te répète: “aie foi”. Ne crains pas. Ta fillette vivra. Allons la trouver.”

Et il se met en route en tenant étroitement serré contre Lui l’homme anéanti.

La foule, devant cette douleur et là grâce déjà survenue, s’arrête intimidée, s’écarte, laisse passer librement Jésus et les siens et puis suit comme un sillage la Grâce qui passe.

Ils font ainsi une centaine de mètres environ, peut-être plus - je ne sais pas calculer - et pénètrent toujours plus au centre du village.

230.5 – Il y a un rassemblement de gens devant une maison de belle apparence, qui commente à haute voix l’évènement, répondant par des cris perçants à des cris plus aigus qui viennent de la porte grande ouverte. Ce sont des cris perçants, aigus, tenus sur une note fixe et qui semblent être dirigés par une voix plus aiguë qui s’élève toute seule et à laquelle répond un groupe de voix plus faibles, puis un autre chœur de voix plus pleines. C’est un vacarme qui ferait mourir quelqu’un qui se porte bien.

Jésus ordonne aux siens de rester devant la sortie et il appelle avec Lui Pierre, Jean et Jacques. Il entre avec eux dans la maison en tenant toujours serré le bras du père en larmes. Il semble vouloir lui infuser par cette étreinte la certitude que Lui est là pour le rendre heureux.

Les… pleureuses (je dirais: celles qui hurlent) en voyant le chef de famille et le Maître redoublent leurs cris. Elles battent des mains, agitent des tambourins, font résonner des triangles et sur cet… accompagnement appuient leurs lamentations.

“Taisez-vous, dit Jésus. Il ne faut pas pleurer. La fillette n’est pas morte, elle dort.”

Les femmes poussent des cris plus forts, et certaines se roulent, par terre, se griffent, s’arrachent les cheveux (ou plutôt font semblant) pour montrer qu’elle est bien morte. Les musiciens et les amis secouent la tête devant l’illusion de Jésus. Ils croient bien qu’il s’illusionne.

Mais Lui répète un: “Taisez-vous!” tellement énergique que le vacarme, s’il ne cesse pas complètement, devient un bourdonnement et il avance.

230.6 – Il entre dans une petite chambre. Sur le lit est étendue une fillette morte. Maigre, pâle, elle gît déjà revêtue et ses cheveux bruns sont coiffés avec soin. La mère, à droite, pleure près du petit lit et baise la petite main cireuse de la morte.

Jésus… comme il est beau en ce moment! Comme je l’ai vu peu de fois! Jésus s’approche avec empressement, il semble glisser sur le sol, en volant, tant il se hâte vers ce petit lit. Les trois apôtres restent contre la porte qu’ils ferment au nez des curieux. Le père s’arrête au pied du lit.

Jésus va à la gauche du lit, il tend la main gauche et prend avec elle la petite main de la morte qui s’abandonne. J’ai bien vu. C’est la main gauche de Jésus et la main gauche de la petite.

Il lève le bras droit en portant sa main ouverte à la hauteur de ses épaules et puis l’abaisse comme quelqu’un qui jure ou commande. Il dit:

“Fillette, je te le dis, lève-toi!” "Talitha koum". La fillette décrit sa résurrection au EMV 266.

Un instant où tous, sauf Jésus et la morte, restent en suspens. Les apôtres allongent le cou pour mieux voir. Le père et la mère regardent leur enfant, les yeux mornes. Un instant. Puis un soupir soulève la poitrine de la petite morte. Une légère couleur monte au visage de cire et en fait disparaître la teinte livide de la mort. Un sourire se dessine sur les lèvres pâles avant encore que s’ouvrent les yeux, comme si la fillette faisait un beau rêve. Jésus tient toujours la main dans sa main. La fillette ouvre doucement les yeux, elle regarde tout autour d’elle comme si elle venait de s’éveiller. Elle voit d’abord le visage de Jésus qui là fixe de ses yeux magnifiques et qui lui sourit avec une bonté qui l’encourage, et elle Lui sourit.

“Lève-toi” répète Jésus.

et, écartant avec sa main les préparatifs funèbres répandus sur le lit et à côté (fleurs, voiles, etc.), il l’aide à descendre, à lui faire faire ses premiers pas en la tenant toujours par la main.

“Donnez-lui à manger, maintenant, commande-t-il. Elle est guérie. Dieu vous l’a rendue. Remerciez-le, et ne parlez à personne de ce qui est arrivé. Vous savez ce qui lui était arrivé, vous avez cru et vous avez mérité le miracle. Les autres n’ont pas eu foi, il est inutile de chercher à les persuader. À ceux qui nient le miracle, Dieu ne se manifeste pas. Et toi, fillette, sois bonne. Adieu! Paix à cette maison!” et il sort en refermant la porte derrière Lui.

La vision cesse.

230.7 – Je vous dirai que les deux détails qui m’ont particulièrement réjoui ont été ceux où Jésus cherche dans la foule qui l’a touché et surtout quand debout près de la petite morte, il lui prend la main et lui ordonne de se lever. La paix, la sécurité sont entrées en moi. Il n’est pas possible que quelqu’un qui a pitié comme Lui et qui est puissant puisse n’avoir pas pitié de nous et ne pas vaincre le Mal qui nous fait mourir.

Jésus pour le moment ne fait pas de commentaires, comme il ne dit rien sur d’autres choses. Il me voit presque morte et il ne juge pas opportun que je sois mieux ce soir. Qu’il soit fait comme Lui le veut. Je suis déjà suffisamment heureuse de posséder en moi sa vision.