Jésus sourit, mais promet de s’en occuper.

228.4 – Ils ont vite fait de rejoindre la maison en suivant la grève. Par la porte ouverte, on voit que Porphyrée est occupée à ses besognes domestiques.

“La paix à toi!” dit Jésus en s’avançant vers la porte de la cuisine où la femme est en train de ranger la vaisselle.

“Maître! Simon!”

La femme court se prosterner aux pieds de Jésus et puis à ceux de son mari. Ensuite elle se redresse et, avec son visage, aimable s’il n’est pas beau, dit en rougissant:

“Il y a si longtemps que je vous attendais! Êtes-vous tous en bonne santé? Venez! Venez! Vous devez être fatigués…”

“Non. Nous venons de Nazareth où nous nous sommes arrêtés quelques jours et nous avons fait un autre séjour à Cana. À Tibériade, il y avait les barques. Tu vois que nous ne sommes pas fatigués. Nous avons avec nous un enfant et Judas de Simon affaibli par une maladie.”

“Un enfant? Un disciple si petit?”

“Un orphelin que nous avons recueilli en route.”

“Oh! mon chéri! Viens mon trésor, que je t’embrasse!”

L’enfant, qui était resté craintif à moitié caché derrière Jésus, se laisse prendre par la femme qui s’est agenouillée comme pour être à sa hauteur et il se laisse embrasser sans réticence.

“Et maintenant vous l’emmenez avec vous, toujours avec vous, si petit? Il se fatiguera…”

La femme est toute apitoyée. Elle serre l’enfant dans ses bras et garde sa joue appuyée contre celle de l’enfant.

“En réalité, j’avais une autre idée: celle de le confier à une femme disciple quand nous allons loin de la Galilée, du lac…”

“À moi, non, Seigneur? Moi, je n’ai jamais eu d’enfant, mais des neveux oui, et je sais comment m’occuper des enfants. Je suis la disciple qui ne sait pas parler, qui n’a pas assez de santé pour te suivre comme font les autres, qui… oh! Tu le sais! Je serai lâche, même, si tu veux, mais tu sais dans quelles tenailles je suis prise. Tenailles, ai-je dit? Non, je suis entre deux cordages qui me tirent en directions opposées et je n’ai pas le courage d’en rompre un. Permets-moi, au moins de te servir un peu en étant la mère disciple pour cet enfant. Je lui apprendrai ce que les autres enseignent à tant de gens… À t’aimer, Toi…”

228.5 – Jésus lui pose la main sur la tête, sourit et dit:

“On a amené l’enfant ici parce qu’ici il aurait trouvé une mère et un père. Voilà, faisons la famille.”

Jésus met la main de Marziam dans celle de Pierre, dont les yeux sont tout brillants, et de Porphyrée.

“Et élevez saintement cet innocent.”

Pierre, qui est déjà au courant, s’essuie une larme du revers de la main, mais sa femme, qui ne s’y attendait pas, reste un moment muette de stupeur puis de nouveau s’agenouille et dit:

“Oh! mon Seigneur, tu m’as pris mon époux en me rendant, pour ainsi dire, veuve. Mais maintenant tu me donnes un fils… Tu rends donc toutes les roses à ma vie, non seulement celles que tu m’as prises, mais celles que je n’ai jamais eues. Que tu sois béni! Plus que s’il était né de mes entrailles ce petit me sera cher, car c’est de Toi qu’il me vient.”

Et la femme baise le vêtement de Jésus et embrasse l’enfant, le prend ensuite sur son sein… Elle est heureuse…

“Laissons-la à ses épanchements” dit Jésus. “Reste, toi aussi, Simon. Nous allons en ville pour prêcher. Nous viendrons ce soir sur le tard te demander nourriture et repos.”

Et Jésus sort, avec les apôtres, laissant en paix les trois…

Jean dit:

“Mon Seigneur, aujourd’hui Simon est heureux!”

“Est-ce que tu veux aussi un enfant?”

“Non. Je voudrais seulement une paire d’ailes pour m’élever jusqu’aux portes des Cieux et apprendre le langage de la Lumière pour le redire aux hommes” et il sourit.

Ils attachent les brebis au fond du jardin près de la cabane des filets, ils leur donnent des feuilles, de l’herbe et de l’eau du puits, et s’en vont vers le centre de la ville.