Un gros chien de berger gronde. Un berger lève la tête. Le chien se redresse, et son poil se hérisse sur son échine. Il reste en arrêt et écoute. Il tremble même quand se fait plus fort le sourd grondement qui trahit son émotion. Simon aussi lève la tête et secoue Pierre qui somnole. Un bruissement presque imperceptible vient du bois.

“Allons trouver le Maître et amenons-le avec nous” disent les deux.

Et en même temps le berger éveille ses compagnons. Ils sont tous à l’écoute, sans faire de bruit. Jésus aussi s’est levé, avant même qu’on l’appelle et il va vers les deux apôtres. Ils se réunissent près de leurs compagnons, et donc près des bergers dont le chien donne des signes de plus en plus manifestes d’agitation.

“Appelez ceux qui dorment, tous. Dites-leur qu’ils viennent ici sans bruit, et spécialement les femmes et les serviteurs avec les coffres. Dites-leur que peut-être il y a des brigands, mais pas aux femmes. À tous les hommes.”

Les apôtres se dispersent pour obéir au Maître qui dit aux bergers:

“Alimentez fortement le feu, qu’il donne une flamme très vive.”

Les bergers obéissent, et comme ils paraissent agités, Jésus leur dit:

“Ne craignez pas. On ne vous enlèvera pas un flocon de laine.”

Les marchands surviennent et ils murmurent:

“Oh! nos bénéfices!”

Et ils ajoutent une litanie de reproches à l’adresse des gouvernants romains et juifs “qui ne débarrassent pas le monde des voleurs”.

“Ne craignez pas. Vous ne perdrez pas une seule pièce de monnaie” dit Jésus pour les réconforter.

Les femmes arrivent, en pleurs, effrayées, car le courageux paranymphe, tout tremblant et apeuré les effraye en disant:

“C’est la mort! La mort par main des brigands!”

“Ne craignez pas. On ne vous effleurera pas, même d’un regard” dit Jésus pour les réconforter, et il les conduit au milieu du petit peuple d’hommes et d’animaux effrayés.

Les ânes braient, le chien hurle, les brebis bêlent, les femmes sanglotent, les hommes poussent des imprécations et défaillent plus que les femmes. C’est une cacophonie produite par l’épouvante. Jésus est calme comme si de rien n’était. Au milieu de ce bruit, on n’entend plus le bruissement dans le bois. Mais, que dans le bois il y ait des brigands qui s’approchent, c’est ce qu’indiquent des branches que l’on brise ou des pierres qui dévalent.

“Silence!” impose Jésus et il le dit de telle façon que le silence se fait.

223.6 – Jésus quitte sa place et va vers le bois à la limite du campement. Il tourne le dos au bois et commence à parler.

“La faim maudite de l’or entraîne les hommes dans des sentiments abjects. C’est par l’or que l’homme se dévoile plus que par toute autre chose. Regardez combien de maux sème ce métal, par son fascinant et inutile éclat. Je crois que l’air de l’Enfer a la même couleur tant il possède une nature infernale depuis que l’homme est pécheur.

Le Créateur l’avait laissé à l’intérieur de cet énorme lapis-lazuli qu’est la terre, créée par sa volonté, pour qu’il fût utile à l’homme avec ses sels et servît à la décoration des temples. Mais Satan, en baisant les yeux d’Ève et en mordant le moi de l’homme, donna une saveur malfaisante au métal innocent. Et depuis on tue et on pèche pour l’or. Pour lui la femme devient coquette et se laisse entraîner au péché de la chair.

Par lui l’homme devient voleur, usurpateur, homicide, dur à l’égard de son prochain et à l’égard de son âme qu’il dépouille de son véritable héritage pour se donner une chose éphémère, à l’égard de son âme à laquelle il dérobe son trésor éternel pour lui donner quelques écailles brillantes qu’il devra quitter à sa mort.

223.7 – O vous, qui à cause de l’or, péchez plus ou moins légèrement, plus ou moins gravement et plus vous péchez et plus vous riez de ce que vous ont enseigné vos mères et vos maîtres, à savoir qu’il existe une récompense et un châtiment pour ce qu’on a fait durant l’existence. Vous ne réfléchissez donc pas qu’à cause de ce péché, vous perdrez la protection de Dieu, la vie éternelle, la joie, et aurez des remords, des malédictions plein le cœur, la peur pour compagne, la peur des châtiments des hommes qui n’est rien en comparaison de la peur que vous devriez avoir et que vous n’avez pas, de la peur sainte des punitions de Dieu? Vous ne réfléchissez pas que vous pouvez avoir une fin terrible à cause de vos méfaits, s’ils sont joints au crime, et une fin encore plus redoutable parce qu’éternelle, si les fautes que vous avez commises par amour de l’or, n’ont pas provoqué l’effusion de sang mais ont méprisé la loi d’amour et du respect dû au prochain en refusant par avarice des secours à ceux qui ont faim, en volant des situations, de l’argent, en trompant sur le poids, par avidité?

Non. Vous n’y pensez pas. Vous dites: “Ce sont des idées folles! Je les ai écrasées sous le poids de mon or. Et elles ne vivent plus”. Ce ne sont pas des idées folles. C’est la vérité. Ne dites pas: “Une fois que je suis mort, tout est fini”. Non. Tout commence. L’autre vie n’est pas un abîme sans pensée et sans souvenir de ce que l’on a vécu, ni non plus sans aspiration vers Dieu, telle que vous l’imaginez. Ce sera une pause dans l’attente de la libération par le Rédempteur. L’autre vie est une attente bienheureuse pour les justes, une attente patiente pour ceux qui ont à expier, une attente affreuse pour les damnés. Pour les premiers dans les Limbes, pour les seconds au Purgatoire, pour les derniers en Enfer. Et alors que pour les premiers l’attente cessera avec l’entrée aux Cieux à la suite du Rédempteur, pour les seconds après cette heure, l’attente sera réconfortée par l’espérance, pour les troisièmes elle assombrira la terrible certitude de leur malédiction éternelle.

Pensez-y, vous qui péchez. Il n’est jamais trop tard pour se repentir. Changez par un vrai repentir le verdict qu’on est en train d’écrire aux Cieux pour vous. Que le schéol SCHÉOL, SHÉOL : Ce mot se retrouve en d'autres passages (par exemple en EMV 357.11). C'était le nom qu'on donnait au royaume des morts (aussi appelé Hadès, enfers, limbes, sein d'Abraham). Les justes s'y trouvaient de même que les pécheurs, puisque tous étaient privés de la vision de Dieu. C'était donc des limbes, c'est-à-dire un lieu indéfini, provisoire, "d'attente" : - attente bienheureuse pour les justes (que le Rédempteur allait introduire dans le paradis éternel), - attente patiente pour ceux qui doivent encore souffrir (qui ont besoin de purification dans le purgatoire, lui aussi transitoire, et dont nous traitons dans deux notes : en EMV 272.4 et EMV 444.2), - attente horrible pour les damnés (destinés à l'enfer éternel). La définition du sein d'Abraham est bien adaptée à la condition d'attente bienheureuse des justes d'Israël. En harmonie avec la doctrine catholique, l'œuvre de Maria Valtorta affirme que Jésus, avant de ressusciter, est descendu aux enfers, précisément pour délivrer ces "justes" du peuple élu qui l'avaient précédé comme chrétiens potentiels, c'est-à-dire qui croyaient en la venue du Christ et l'espéraient. PARADIS – PURGATOIRE – LIMBES – ENFER : De plus, l'œuvre affirme que, en ce qui concerne tous les autres "justes" (les non-chrétiens de bonne volonté, ou du moins dénués de mauvaise volonté), l'attente dans les limbes durera jusqu'à la fin du monde, quand même ces "justes" obtiendront la béatitude éternelle. Car, comme il est dit en EMV 444.6, des quatre demeures des défunts (limbes, purgatoire, enfer, paradis) seules deux subsisteront : le paradis et l'enfer. Il est encore fait mention des Royaumes de l'au-delà en : EMV 191.6 | EMV 239.6/7 | EMV 272.4 | EMV 300.4 | EMV 356.4 | EMV 377.4 | EMV 385.6 | EMV 406.10 | EMV 424.2 | EMV 456.5 | EMV 491.3 | EMV 534.4 | EMV 550.4 | EMV 575.13 | EMV 596.50 | EMV 618.4 | EMV 630.7 | EMV 634.7. soit pour vous non pas l’enfer, mais une attente pénitente, cela au moins, grâce à votre volonté. Non pas l’obscurité, mais un crépuscule. Non pas déchirement, mais nostalgie. Non pas désespoir, mais espérance.

223.8 – Allez. Ne cherchez pas à lutter avec Dieu. Lui est le Fort et le Bon. Ne méprisez pas le nom de vos parents. Écoutez le gémissement de cette fontaine, un gémissement semblable à celui qui brise le cœur de vos mères en vous sachant assassins. Écoutez la plainte du vent dans cette gorge. Elle semble menacer et maudire. Comme vous maudit votre père pour la vie que vous menez. Écoutez comment le remords crie en vos cœurs. Pourquoi voulez-vous souffrir, alors que vous pourriez jouir d’une tranquille satisfaction avec le peu qui suffit sur la terre et le tout que vous aurez au Ciel? Donnez la paix à votre esprit! Donnez la paix aux hommes qui craignent, qui doivent tout craindre de vous comme des fauves! Donnez-vous la paix à vous-mêmes, pauvres malheureux! Levez vos regards vers le Ciel, débarrassez votre bouche de la nourriture empoisonnée, purifiez vos mains qui ruissellent du sang de vos frères, purifiez votre cœur.

J’ai foi en vous. C’est pour cela que je vous parle. Car, si le monde entier vous hait et vous craint, Moi je ne vous hais ni ne vous crains. Mais je vous tends seulement les mains pour vous dire: “Levez-vous. Venez. Redevenez doux parmi les hommes, hommes parmi les hommes”. Je vous crains si peu, que maintenant je dis à tous ceux-ci: “Retournez vous reposer, sans rancœur pour les pauvres frères. Priez pour eux. Moi je reste à les regarder d’un regard d’amour et je vous jure qu’il n’arrivera plus rien. Car l’amour désarme les violents et rassasie ceux qui sont avides. Que soit béni l’Amour, vraie force du monde. Force inconnue et puissante. Force qui est Dieu”

Et se tournant vers tous ceux qui campent:

“Allez, allez, ne craignez pas. Il n’y a plus là de malfaiteurs, mais des hommes effrayés et des hommes qui pleurent. Celui qui pleure ne fait pas de mal. Dieu veuille qu’ils restent comme ils sont maintenant. Ce serait leur rédemption.” L'un d'eux est Dismas, le bon larron.