“Mais je ne crois pas que nous saurons.”

Jean, obéissant, vient tout de suite et demande:

“Que voulez- vous?”

“Savoir si d’ici on va directement en Judée” dit son frère.

“C’est ce qu’a dit le Maître. Il ne voulait pour ainsi dire pas revenir en arrière à partir d’Akron et il voulait m’envoyer vous prendre, mais ensuite il a préféré venir jusqu’aux dernières pentes… On va en Judée, d’ici également.”

“Par Modin?”

“Par Modin.”

“C’est une route qui n’est pas sûre. Les malfaiteurs y attendent les caravanes et font des coups de mains” objecte Thomas.

“Oh!… avec Lui!… Rien ne Lui résiste, à Lui…!”

Jean lève vers le ciel un visage qui l’entraîne dans je ne sais quel souvenir, et il sourit.

Tout le monde le remarque et Pierre dit:

“Dis un peu: tu es en train de lire une merveilleuse histoire dans le ciel constellé, pour avoir ce visage?”

“Moi? non…”

“Allons! Même les pierres le voient que tu es loin du monde. Dis: qu’est-ce qui t’est arrivé, à Akron On l'apprendra par la suite : Jean "a tourné une page du livre de la Vie, et il a lu et connu de nouveaux mystères. Rien de plus. Il vous a précédés…" (EMV 224.4). Allusion au premier miracle fait par Jean au nom de Jésus. Ce point sera révélé à Jacques plus tard "Jean, près de Jabnia a fait un miracle par amour, en guérissant un mourant par une onction et une prière" (EMV 259.11). ?”

“Mais rien, Simon, je te l’assure. Je ne serais pas heureux s’il m’était arrivé quelque chose de pénible.”

“Pas pénible. Au contraire!… Allons! Parle!”

“Mais je n’ai rien à ajouter à ce que Lui vous a dit. Ils ont été bons, comme des êtres étonnés par les miracles. C’est tout. Exactement comme Lui l’a dit.”

222.4 – “Non”.

Pierre hoche la tête.

“Non, tu ne sais pas mentir. Tu es limpide comme de l’eau de source. Non. Tu changes de couleur. Je te connais depuis que tu étais tout petit. Tu ne sauras jamais mentir. Par impuissance du cœur, de la pensée, de la langue et jusque de la peau qui change de couleur. C’est pour cela que je t’aime tant et que je t’ai toujours aimé. Allons, viens ici, près de ton vieux Simon de Jonas, près de ton ami. Tu te souviens quand tu étais petit, et que moi, j’étais déjà un homme? Comme je te choyais? Tu voulais des histoires et des barquettes de liège “qui ne font jamais naufrage”, disais-tu, et qui te servaient pour aller au loin…Maintenant aussi, tu vas au loin et tu laisses à la rive le pauvre Simon. Et ta petite barque ne fera jamais naufrage. Elle s’en va, pleine de fleurs, comme celles qu’enfant tu lançais à Bethsaïde, dans le fleuve, pour que le fleuve les porte au lac et qu’elles aillent, qu’elles aillent. Tu t’en souviens? Je t’aime bien, Jean. Tous nous t’aimons bien. Tu es notre voile. Tu es notre barque qui ne fait pas naufrage. Tu nous emmènes dans ton sillage. Pourquoi tu ne nous dis pas le prodige d’Akron?”

Pendant qu’il parlait, Pierre entourait de son bras la taille de Jean, mais Jean cherche à éluder la question en disant:

“Et toi qui es le chef, pourquoi ne t’adresses-tu pas aux foules avec cet accent persuasif dont tu uses à mon égard? Elles ont besoin d’être convaincues, moi pas.”

“C’est qu’avec toi, je me sens à l’aise. Toi, je t’aime. Elles, je ne les connais pas” dit Pierre pour s’excuser.

“Et tu ne les aimes pas. Voilà ton erreur. Aime-les, même si tu ne les connais pas. Dis-toi, à toi-même: “Elles appartiennent à notre Père”. Tu verras qu’il te semblera les connaître, et tu les aimeras. Vois en elles autant de Jean…”

“C’est vite dit! Comme si l’on pouvait échanger les aspics et les porcs-épics Le porc-épic, hystrix cristata, est commun en Palestine dans les ruines abandonnées. Il devient dangereux s'il est attaqué, en dressant ses piquants acérés comme des aiguilles. Les plus grands individus atteignent un mètre de long. Le porc-épic entre dans l'alimentation des bédouins arabes et des fellahs d'Égypte. , avec toi, éternel enfant.”

“Oh! non! Je suis comme tout le monde.”

“Non, mon frère. Pas comme tout le monde. Nous autres, sauf peut-être Barthélemy, André et le Zélote, nous aurions déjà dit, même aux herbes, ce qui nous serait arrivé et qui nous rendrait heureux. Toi, tu te tais. Cependant tu dois le dire à moi, ton frère aîné. Je suis pour toi comme un père” dit Jacques de Zébédée.

“Le Père c’est Dieu, le Frère c’est Jésus, la Mère c’est Marie…”

“Alors le sang, pour toi, cela ne compte plus?” crie Jacques fâché.

“Ne te fâche pas. Moi, je bénis le sang et le sein qui m’ont formé: mon père et ma mère; et je te bénis, toi, frère, qui viens des mêmes parents, parce que les parents m’ont engendré et élevé pour me permettre de suivre le Maître, et toi, parce que tu le suis. La mère, depuis qu’elle est disciple, moi, je l’aime à un double titre: avec la chair et le sang, en tant que fils; avec l’esprit, en tant que condisciple. Oh! joie d’être unis dans son amour à Lui…!”

222.5 – Jésus est revenu en arrière en entendant la voix fâchée de Jacques et les dernières paroles l’éclairent sur la question.

“Laissez Jean tranquille. Cela ne sert à rien de le tourmenter. Il ressemble beaucoup à ma Mère, et il ne parlera pas.”

“Dis-le-nous alors, Toi, Maître” disent-ils tous d’une voix suppliante.

“Eh bien, voici. J’ai emmené Jean avec Moi, parce qu’il était le plus apte pour ce que je voulais faire. J’ai été aidé par lui et lui en a été perfectionné. C’est dit.”

Pierre, Jacques frère de Jean, Thomas, l’Iscariote se regardent en faisant la moue: déçus. Et Judas l’Iscariote ne se borne pas à faire voir sa déception, il dit:

“Pourquoi le perfectionner, lui qui est déjà le meilleur?”

Jésus lui répond:

“C’est toi qui as dit: “Chacun a sa manière, et la met en œuvre En EMV 219.4. ”. J’ai ma manière. Jean a la sienne qui ressemble beaucoup à la mienne. La mienne ne peut se perfectionner. La sienne, si. Et je veux que cela soit parce qu’il est bien que cela soit. Et c’est pour cela que je l’ai pris, parce que j’avais besoin de quelqu’un qui eût cette manière et cette âme. Donc, pas de mauvaise humeur ni de curiosité. Nous allons à Modin. La nuit est sereine, fraîche et lumineuse. Nous marcherons tant qu’il y aura la lune, puis nous dormirons jusqu’à l’aube. J’amènerai les deux Judas Jude et Judas (Yéhouda) s'écrivent et se prononcent pareil car ce sont le même prénom. Ils ne se distinguent qu'en français. pour qu’ils vénèrent la tombe des Macchabées dont ils portent le nom glorieux JUDAS dit MACCABÉE (de l'hébreu maqqabhah: marteau) prit le commandement de la révolte contre le culte idolâtre qu'Antiochus Épiphane voulait imposer. Il remporta une série de victoires d'autant plus remarquables que les Juifs ne s'étaient plus battus depuis plus de trois siècles (1 Maccabées 4). En 165, le 25 du mois de Kislev, il purifia le Temple profané depuis trois ans et rétablit le sacrifice quotidien à Jérusalem. La tombe dont il est question est mentionnée en 1 Maccabées 2,70 | 1 Maccabées 9,19 | 1 Maccabées 13,23-30. La fête de la Dédicace (purification du Temple) en rappelait encore le souvenir à l'époque du Christ (Jean 10,22). C'est aussi le jour de la naissance de Jésus selon Maria Valtorta ce qui est hautement symbolique. .”

“Nous seuls avec Toi!” dit l’Iscariote heureux.

“Non, avec tous. Mais la visite à la tombe des Macchabées, est pour vous, pour que vous sachiez les imiter surnaturellement, en portant luttes et victoires dans un champ tout spirituel”