“Pour être désolés, ils le sont. Pour la vente, je ne sais pas. Un paysan de Yokhanan (Giocana) m’en a parlé mais je ne sais pas si c’est sûr.”
“S’il vendait, je les achèterais volontiers pour te procurer un asile même au milieu de ce nid de serpents.”
“Je ne crois pas que tu y réussisses. Yokhanan est décidé à les acquérir.”
“Nous verrons… Mais continue ton récit. Qui sont les paysans? Ceux qui y étaient, il les a tous dispersés.”
“Oui. Ceux-ci viennent de ses terres de Judée, au moins le vieillard qui est le parent de l’enfant. Il le gardait dans le bois comme un animal sauvage pour que Doras ne l’aperçoive pas… et il y était depuis l’hiver…”
“Oh! pauvre enfant! Mais pourquoi?”
Les femmes sont toutes bouleversées.
“Parce que son père et sa mère sont restés ensevelis dans l’éboulement aux environs d’Emmaüs. Tous: père, mère, frères. Lui a échappé à la mort parce qu’il n’était pas à la maison. On l’a conduit chez le vieux père. Mais que pouvait faire un paysan de Doras? Toi, Isaac, tu as parlé de Moi comme d’un sauveur, même pour ce cas.”
“Ai-je mal fait, Seigneur?” demande humblement Isaac.
“Tu as bien fait. Dieu le voulait. Le vieillard m’a donné l’enfant qui doit aussi devenir majeur ces jours-ci.”
“Oh! le pauvre! Si petit à douze ans! Mon Jude mesurait le double à cet âge… Et Jésus? Quelle fleur!” dit Marie d’Alphée.
Et Salomé:
“Même mes fils étaient bien plus forts!”
Marthe murmure:
“Vraiment, il est bien petit! Je croyais qu’il n’avait pas encore dix ans.”
“Hé! la faim c’est effroyable! Et il a souffert la faim depuis qu’il est au monde. En maintenant… Que pouvait bien lui donner le vieil homme si là-bas tout le monde meurt de faim?” dit Pierre.
“Oui, il a beaucoup souffert. Mais il est très bon et intelligent. Je l’ai pris pour consoler le vieillard et le petit.”
198.6 – “Tu l’adoptes?” demande Lazare.
“Non. Je ne peux pas.”
“Alors je le prends, moi.”
Pierre voit se dissiper son espoir et pousse un vrai gémissement et puis dit:
“Seigneur! Tout pour lui?”
Jésus sourit:
“Lazare, tu as déjà tant fait et je t’en suis reconnaissant. Mais cet enfant, je ne peux te le confier. C’est “notre” enfant. À nous tous. La joie des apôtres et du Maître. De plus, ici il grandirait dans le faste. Je veux lui faire don de mon manteau royal: “l’honnête pauvreté”. Celle que le Fils de l’homme veut pour Lui-même, pour pouvoir approcher les plus grandes misères sans mortifier personne. Tu as eu encore récemment un cadeau de Moi…”
“Ah! oui! Le vieux patriarche et sa fille. Très active la femme, et le vieil homme est très bon.” Ismaël et Sarah du Sermon sur la Montagne. Voir EMV 173.5.