Cette région me rappelle beaucoup les points de notre Apennin ici, vers l’Amiata, quand l’œil contemple en même temps les cultures plates de céréales de la Maremme et les collines joyeuses, et les montagnes sévères qui s’élèvent plus hautes, à l’intérieur. Je ne sais pas comme est aujourd’hui la Samarie. Alors elle était très belle.

Voici maintenant qu’entre deux hautes montagnes, parmi les plus hautes de la région on voit dans le sens de la longueur, une vallée très fertile, bien arrosée et au milieu Sichem. C’est là que Jésus et les siens sont rejoints par la caravane brillante de la cour du Consul qui se transfère pour les fêtes à Jérusalem. Esclaves à pied et esclaves sur des chars pour surveiller le transport des objets…Mon Dieu, quel fourniment ils pouvaient transporter avec eux de ce temps-là!!! Et avec les esclaves de vrais chars transportant un peu de tout et jusqu’à des litières complètes et des carrosses de voyage. Ce sont des grands chars à quatre roues, bien suspendus, couverts, dans lesquels les dames sont à l’abri. Et puis, d’autres chars et des esclaves…

Une tenture se découvre, soulevée par la main ornée de joyaux d’une femme, et on voit le profil sévère de Plautina qui salue sans parler, mais avec un sourire, et de même fait Valeria qui a sur ses genoux sa petite toute gazouillante et souriante. L’autre char de voyage, encore plus somptueux, passe sans qu’aucune capote ne s’ouvre. Mais, quand elle est déjà passée, se penche à l’arrière entre les rideaux lacés la figure rose de Lidia qui salue en s’inclinant. La caravane s’éloigne…

193.4 - “Ils voyagent bien eux! dit Pierre fatigué et tout en sueur. Mais si Dieu nous aide, après demain soir nous serons à Jérusalem.”

“Non, Simon. Il me faut dévier en allant vers le Jourdain.”

“Mais, pourquoi, Seigneur?”

“À cause de cet enfant. Il est très triste et le serait trop en revoyant la montagne qui s’est éboulée.”

“Mais nous n’allons pas la voir! Ou plutôt nous allons voir l’autre côté… et… et je pense à le tenir distrait. Moi et Jean… Il se distrait tout de suite ce pauvre tourtereau sans nid. Aller vers le Jourdain! Allons donc! C’est mieux par ici. Chemin direct, plus court, plus sûr. Non, non. Celui-là, celui-là. Tu vois? Même les romaines le suivent.

Le long de la mer et du fleuve se dégagent des émanations de fièvres, à ces premières pluies d’été. Par ici, c’est sain. Et puis… Quand est-ce qu’on arrive si on allonge encore le parcours? Pense combien ta Mère sera inquiète après le brutal enlèvement du Baptiste!…”

Pierre l’emporte et Jésus consent.

“Nous allons nous reposer de bonne heure et comme il faut, et demain nous partirons à l’aube pour être après demain soir à Gethsémani. Nous irons le lendemain du vendredi chez la Mère à Béthanie, où nous déposerons les livres de Jean qui s’est bien fatigué et nous trouverons Isaac à qui nous donnerons ce pauvre frère…”

“Et l’enfant? Tu le donnes tout de suite?”

Jésus sourit:

“Non, nous le donnerons à la Mère pour qu’elle le prépare pour “sa” fête. Et puis nous le garderons avec nous pour la Pâque. Mais ensuite, nous devrons aussi le laisser… Ne t’y attache pas trop! Ou plutôt: aime-le comme s’il était ton enfant, mais avec un esprit surnaturel. Tu vois: il est faible et se fatigue facilement. Moi aussi, j’aurais aimé l’instruire et le faire grandir en Sagesse, nourri par Moi. Mais je suis l’Inlassable, et Jabé est trop jeune et trop faible pour supporter nos fatigues. Nous irons à travers la Judée, puis nous reviendrons à Jérusalem pour la Pentecôte et puis nous irons… nous irons, annonçant la Bonne Nouvelle… Nous le retrouverons pendant l’été dans notre patrie.

193.5 - Nous voici aux portes de Sichem. Pars en avant avec ton frère et Judas de Simon pour chercher un logement. J’irai sur la place du marché et je t’y attendrai.”

Ils se séparent pendant que Pierre court à la recherche d’un abri et pendant que les autres cheminent difficilement par les rues encombrées de gens qui crient et gesticulent, d’ânes, de chars, qui se dirigent tous vers Jérusalem pour la Pâque imminente. Les voix, les appels, les imprécations se mêlent aux braiments des ânes. Cela fait une puissante rumeur qui se répercute sous les passages qui séparent les maisons, une rumeur qui rappelle le bruit que font certains coquillages quand on les applique à l’oreille. L’écho se répercute là où déjà les ombres se rassemblent et les gens, comme de l’eau sous pression se précipitent à travers les rues, cherchant un toit, une place, une pelouse pour y passer la nuit…

Jésus, qui tient l’enfant par la main, adossé à un arbre, attend Pierre sur la place qui, pour la circonstance, est pleine de marchands.

“Personne ne nous remarque ni ne nous reconnaît!” dit l’Iscariote.

“Comment reconnaître un grain de sable sur une plage? Tu ne vois pas quelle foule il y a?” répond Thomas.

Pierre revient:

“En dehors de la ville, il y a un hangar avec du foin. Je n’ai trouvé rien d’autre.”

“Nous ne chercherons pas autre chose. C’est presque trop beau pour le Fils de l’homme.”