La barque s’arrête sur une petite plage déserte en face de Bethsaïde. Tous descendent.
«Venez, vous deux. Viens toi aussi, Philippe. Vous, les jeunes, restez ici, Nous aurons vite fait.»
Élie, le nouveau disciple, supplie Cf. EMV 179. :
«Viens chez moi, Maître. Je serais si heureux de te donner l’hospitalité…
- Je viens. Simon, tu me rejoindras chez Élie. Adieu, Simon. Va. Mais sois bon, prudent et miséricordieux. Viens, que je t’embrasse et te bénisse.»
Pierre ne promet pas d’être bon, ni patient, ni miséricordieux. Il se tait et échange un baiser avec son Maître. Simon le Zélote, Barthélemy et Philippe échangent eux aussi un baiser d’adieu et les deux groupes se séparent en prenant deux directions opposées Pierre longe la côte au sud-ouest vers Capharnaüm, tandis que le groupe de Jésus remonte au nord pour rattraper le sentier qui mène à Corozaïn. .
181.2 - À leur entrée dans Chorazeïn, l’aurore a fait place au grand jour Ils ont parcouru 6 km, ce qui a pu leur prendre 1 h ½ environ. . Il n’est pas une plante qui ne brille de joyaux de rosée. Les oiseaux chantent de tous côtés. Il y a un air pur, frais, qui semble même avoir un goût de lait, d’un lait végétal plutôt qu’animal, et l’odeur des grains de blé qui se forment dans les épis, des amandiers chargés de fruits… une odeur que j’ai sentie pendant les fraîches matinées dans les champs fertiles de la plaine du Pô.
Ils arrivent très vite à la maison d’Elie. Mais, à Chorazeïn, beaucoup de gens savent déjà que le Maître est arrivé et, au moment où Jésus s’apprête à en franchir le seuil, une mère accourt en criant: «Jésus, fils de David, pitié pour mon enfant!»
Elle tient dans ses bras une fillette d’une dizaine d’années, au teint cireux et très amaigrie. Plus que cireux, son teint est jaunâtre.
«Qu’a ta fille?
- Les fièvres. Elle les a attrapées aux pâturages le long du Jourdain Très probablement la fièvre jaune, ou fièvre des marais, qui fit des ravages dans les populations durant toute l'Antiquité. Voir, à ce sujet, la note de bas de page 3 d'EMV 177. , car nous sommes les bergers d’un homme riche. J’ai été appelée par son père auprès de la petite malade. Actuellement, il est reparti à la montagne. Mais toi, tu sais qu’avec cette maladie on ne peut aller en altitude Cette indication médicale mériterait d'être examinée par des personnes compétentes. . Comment puis-je rester ici? Le maître m’a laissée jusqu’à présent. Mais moi, je suis à la laine et à la mise bas. Le temps du travail arrive pour nous, les bergers. Nous serons renvoyés ou séparés si je reste ici. Et je verrai mourir ma fille si je monte sur l’Hermon.
- As-tu foi que je puisse le faire?
- J’en ai parlé à Daniel, le berger d’Elisée. Il m’a dit: “Notre Enfant guérit toute maladie. Va trouver le Messie. ” Je suis venue d’au-delà de Mérom à ta recherche en la portant dans mes bras. J’aurais toujours marché jusqu’à ce que je te trouve…
- Ne marche plus que pour retourner chez toi, à ton paisible travail. Ta fille est guérie, car je le veux. Va en paix.»
La femme regarde sa fille et Jésus tour à tour. Peut-être espère-t-elle voir l’enfant redevenir à l’instant même potelée et avec de belles couleurs. Voilà que la fillette écarquille ses yeux fatigués, qu’auparavant elle tenait fermés, en regardant Jésus et elle sourit.
“Ne crains rien, femme. Je ne te trompe pas. Sa fièvre a disparu pour toujours. De jour en jour, elle va reprendre meilleure mine. Laisse-la marcher. Elle ne chancellera plus et ne sentira pas la fatigue.»
La mère pose par terre sa fille qui se tient bien droite et sourit d’un air toujours plus joyeux. À la fin, elle gazouille de sa voix argentine:
“Bénis le Seigneur, maman! Je suis bien guérie! Je le sens.»
Et, dans sa simplicité de pastourelle et de fillette, elle s’élance au cou de Jésus et lui donne un baiser. La mère, réservée comme l’âge l’enseigne, se prosterne et baise le vêtement du Seigneur en le bénissant.
“Allez. Souvenez-vous du bienfait que vous avez obtenu de Dieu et soyez bonnes. Que la paix soit avec vous.»
181.3 - Mais la foule s’attroupe dans le petit jardin de la maison d’Élie et réclame la parole du Maître. Et, bien que Jésus n’ait guère envie de parler, affligé comme il l’est par la capture de Jean-Baptiste Il a appris cette nouvelle la veille. et par la façon dont elle est survenue, il cède et, à l’ombre des arbres, il commence à parler. “En cette belle période où les épis de blés se forment, je veux vous proposer une parabole empruntée au grain de blé La parabole du bon grain et de l'ivraie est rapportée brièvement par Matthieu 13,24-30. Au EMV 575.7 Jésus rappelle cette parabole à Jean et Jacques. . Écoutez.
Le Royaume des Cieux est semblable à un homme qui a semé du bon grain dans son champ. Mais, pendant que l’homme et ses serviteurs dormaient, son ennemi est arrivé et a semé des graines d’ivraie sur les sillons puis s’en est allé. Personne, au début, ne s’aperçut de rien. L’hiver vint, apportant pluies et givre. À la fin du mois de Tébet À la fin du mois de Tébet: début janvier; Shebat correspond à janvier/février, Adar à février/mars. Voir le calendrier. , le grain germa, et l’on vit apparaître le vert tendre des petites herbes qui pointaient à peine. Dans leur enfance innocente, elles paraissaient toutes semblables. Vint le mois de Shebat puis celui d’Adar. Les plantes grandirent et les épis formèrent leurs grains. On vit alors que le vert n’était pas que du grain, mais qu’il y avait aussi de l’ivraie L'ivraie a pour nom botanique Lolium, proche de l'italien Loglio qu'emploie Maria Valtorta. Cependant la Vulgate emploie le mot Zizania (d'où vient l'expression semer la zizanie). En latin ce terme peut être générique et désigner une mauvaise herbe conformément à son sens syriaque (Zizon) d'où il vient. Les agronomes appellent "adventices" ces plantes malvenues et invasives. VOIR LE COMMENTAIRE. bien enroulée avec ses vrilles fines et tenaces sur les tiges du blé Dans les "mauvaises herbes" que Jésus cite par la suite, plusieurs plantes portent des vrilles comme le liseron ou la cuscute de Palestine. On comprend que Jésus demande à ne pas les arracher de peur d'arracher, en même temps, le bon grain. .
Les serviteurs du maître allèrent chez lui et lui dirent: “Seigneur, quelles graines as-tu semées? Est-ce que ce n’étaient pas des graines de choix qui n’étaient pas mélangées à d’autres semences?
- Bien sûr que si! J’en ai choisi les grains, tous de même qualité. Et j’aurais bien vu s’il y avait eu d’autres semences.
— Alors pourquoi autant d’ivraie a-t-elle poussé parmi ton bon grain?”