«Où donc est passé le reste de la nourriture?
– Mais… je l’ignore. Je sais que si je mange des mets délicats, une heure après j’ai l’impression d’avoir l’estomac vide. Alors que si je mange des racines lourdes ou des lentilles à l’huile, il faut du temps pour que ça descende!
– Oui, il faut du temps. Mais sois bien sûr que les racines et les lentilles, qui semblent te rassasier davantage, sont les aliments qui te laissent le moins de substance. C’est du remplissage qui passe sans grand profit. Au contraire, les petits plats que tu ne sens plus une heure après ne sont plus dans l’estomac, mais sont passés dans le sang. Quand un aliment est digéré, il n’est plus dans l’estomac, mais ses sucs sont dans le sang et c’est le plus utile.
Vous avez l’impression, tes compagnons et toi, que rien ou bien peu de ce que je vous ai dit demeure en vous. Peut-être vous souvenez-vous bien des passages qui sont les plus conformes à votre tempérament: pour les violents, les passages violents; pour les méditatifs, les passages qui portent à la méditation; pour ceux qui aiment, les passages qui ne sont qu’amour. C’est sans doute le cas.
Mais croyez-moi: vous avez tout en vous, même s’il vous semble que tout s’est dissipé. Vous l’avez absorbé. La pensée vous le dévidera comme un fil multicolore en y amenant des teintes douces ou sévères selon les besoins. Pensez seulement que, moi, je sais et que jamais je ne vous aurais envoyés si je vous avais su incapables d’agir. Adieu, Pierre! Allons, souris! Aie foi! Fais un bel acte de foi en la Sagesse omniprésente. Adieu à tous. Le Seigneur reste avec vous.»
Sur ce, il les quitte rapidement, les laissant encore étonnés et agités par tout ce qu’ils ont entendu dire qu’il leur fallait faire.
166.4 - «Et pourtant il faut obéir, dit Thomas.
– Eh oui… Pauvre de moi! J’ai presque envie de lui courir après, murmure Pierre.
– Non, ne le fais pas. Lui obéir, c’est l’aimer, dit Jacques, fils d’Alphée.
– Et commencer alors qu’il est encore auprès de nous et peut nous conseiller si nous nous trompons, c’est élémentaire, et même de la sainte prudence. Nous devons l’aider, conseille le Zélote.
– C’est vrai. Jésus est plutôt fatigué. Il nous faut le soulager un peu, comme nous le pouvons. Il ne suffit pas de porter les sacs, de préparer les lits et les repas. Cela, n’importe qui peut le faire. Mais l’aider comme il le désire, dans sa mission, approuve Barthélemy.
– Tu parles bien parce que tu es instruit. Mais moi… je suis presque ignorant, gémit Jacques, fils de Zébédée.
– Oh mon Dieu! Voilà qu’arrivent ceux qui étaient là-haut! Qu’allons-nous faire?» s’exclame André.
Matthieu intervient:
«Excusez-moi si je vous donne un conseil, alors que je suis le plus misérable. Mais ne vaudrait-il pas mieux prier le Seigneur au lieu de nous lamenter sur ce qui ne peut se résoudre par des lamentations? Allez, Jude, toi qui connais si bien l’Écriture Jude et Jacques ont été instruits dans leur enfance, chaque après midi, par Marie (EMV 38.8-9). , récite en notre nom à tous la prière de Salomon pour obtenir la sagesse Cf. Sagesse 9,1-18. . Vite! Avant qu’ils ne nous rejoignent.»
De sa belle voix de baryton, Jude commence alors:
«Dieu de nos pères et Seigneur de miséricorde, toi qui as tout créé…», etc. jusqu’à «par la Sagesse ont été sauvés ceux qui t’ont plu dès le commencement Verset 18 : Certains biblistes (Crampon, Osty, TOB, Jérusalem...) interprètent différemment ce verset 18, attribuant le verbe "plaire" à la connaissance, et non aux destinataires de cette connaissance. ("Les hommes ont été instruits de ce qui te plait et, par la Sagesse, ont été sauvés"). La traduction donnée par Maria Valtorta est conforme à l'interprétation de saint Augustin. .»
À ce moment précis, les gens les rejoignent, les entourent, les assaillent de mille questions pour savoir où le Maître est parti ou quand il reviendra. Ils posent aussi cette question, dont la réponse est plus difficile: «Mais comment faire pour suivre le Maître, non pas avec ses pieds mais de toute son âme, sur les routes de la Voie qu’il nous montre?»
Cette question embarrasse bien les apôtres. Ils se regardent et Judas répond: «En recherchant la perfection», comme si c’était une réponse qui pouvait tout expliquer!
Jacques, fils d’Alphée, plus humble et plus serein, réfléchit puis déclare:
«La perfection, qu’indique mon compagnon, s’atteint par l’obéissance à la Loi. Car la Loi est justice, et la justice est perfection.»
166.5 - Mais les gens ne sont pas encore satisfaits et ils demandent, par l’intermédiaire de quelqu’un qui paraît être un chef:
«Nous sommes aussi petits que des enfants en matière de bien. Les enfants ignorent encore la signification du bien et du mal, ils ne distinguent pas l’un de l’autre. Et nous, sur cette Voie qu’il nous montre, nous sommes petits au point d’être incapables de discerner.
Nous marchions sur un chemin que nous connaissions, la voie de toujours qu’on nous a enseignée à l’école. Elle était difficile, longue et nous inspirait la peur! Maintenant, ses paroles nous font comprendre qu’il en est comme de l’aqueduc que nous apercevons d’ici Information inconnue au moment où M Valtorta rédigeait ces lignes ! Elle est attestée depuis par la découverte des ruines d'un aqueduc alimentant Tibériade. (Amit, Y Hirschfeld, et J Patrich: The Aqueducts of Ancient Palestine, 1989 et Zalman S Winogradov, The Ancient Aqueduct of Tiberias 2004). Près de Kafr Sabt (10,5 km SO de Tibériade) les eaux abondantes du wadi Fidjdjas étaient transportées dans l'Antiquité vers Tibériade par cet aqueduc. .
Au-dessous passe le chemin des animaux et des hommes; au-dessus, sur les arches, une autre route s’élance dans le soleil et l’azur près des plus hautes branches, qui bruissent sous le vent et chantent avec les oiseaux. Elle est simple, propre, lumineuse autant que la route d’en bas est rocailleuse, sale, sombre.