“Oh! mon Seigneur!”
André est presque abasourdi de pouvoir aider une âme à se sauver. Jésus sourit avec une plus grande douceur:
“Il faudra ouvrir les bras et le cœur au chef de la synagogue persécuté, et aller bénir le bon régisseur Voir le chapitre suivant. . Allons vers les compagnons pour leur en parler.”
137.4 – Ils refont à rebours le chemin déjà fait et rejoignent les dix qui se sont arrêtés à l’écart, comprenant qu’André est en colloque secret avec le Maître. À ce moment l’Iscariote arrive en courant. On dirait un gros papillon qui court sur le pré tant il court rapidement, avec son manteau qui vole en arrière pendant qu’il se livre à une vraie joute de signes.
“Mais qu’a-t-il? demande Pierre. Est-il devenu fou?”
Avant que personne ne puisse lui répondre, l’Iscariote arrivé à proximité peut crier, tout essoufflé:
“Arrête, Maître. Écoute-moi avant d’aller à la maison… Il y a un piège… Oh! quels lâches!…” et il court.
Il a rejoint le groupe:
“O Maître! On ne peut plus y aller! Les pharisiens sont dans le pays, et tous les jours, ils viennent à la maison Cela doit faire une dizaine de jours qu'ils cherchent à surprendre Jésus. . Ils t’attendent pour te faire du mal. Ils chassent ceux qui viennent pour te chercher. Ils les effrayent avec des anathèmes horribles. Que veux-tu faire? Ici tu serais persécuté et ton travail serait neutralisé… L’un d’eux m’a vu et m’a attaqué. Un vilain vieux au gros nez qui me connaît Sadoq est déjà venu faire scandale (Cf. EMV 123.6). Judas le connaît effectivement (voir le EMV 201.2). parce que c’est un des scribes du Temple.
Il y a aussi des scribes. Il m’a attaqué, en me griffant et en m’insultant de sa voix de faucon. Tant qu’il m’a insulté et griffé, regarde… (et il montre un poignet et une joue où l’on voit clairement la trace des ongles) je l’ai laissé faire. Mais quand il a bavé sur Toi, je l’ai pris au collet…”
“Mais, Judas!” crie Jésus.
“Non, Maître, je ne l’ai pas étranglé. Je l’ai seulement empêché de blasphémer contre Toi, et puis je l’ai laissé aller. Maintenant il est là-bas qui meurt de peur à cause du danger qu’il a couru… Mais nous, éloignons-nous, je t’en prie. D’ailleurs personne ne pourrait plus venir vers Toi…”
“Maître!”
“Mais c’est une horreur!”
“Judas a raison.”
“Comme des hyènes, ils sont aux aguets!”
“Feu du ciel qui es descendu sur Sodome, pourquoi ne reviens tu pas?” Genèse 19,24.
“Mais, sais-tu que tu as été brave, garçon? C’est dommage que je n’étais pas là. Je t’aurais aidé.”
“Oh! Pierre! si tu avais été là, ce petit faucon aurait pour toujours perdu ses plumes et sa voix.”
“Mais, comment as-tu fait pour… pour ne pas y aller jusqu’au bout?”
“Mais!… Ça a été un éclair dans mon esprit. Une pensée m’est venue de je ne sais quelles profondeurs du cœur: “Le Maître condamne la violence” et je me suis arrêté. Cela m’a donné un coup encore plus fort que le choc que j’avais reçu de la part du mur contre lequel m’a jeté le scribe quand il m’a attaqué. J’en ai eu les nerfs presque brisés… au point que je n’aurais pas eu la force de frapper. Comme il est dur de se vaincre!…”
“Tu as été vraiment brave! N’est-ce pas, Maître? Tu ne dis pas ta pensée?”
Pierre est si heureux de la conduite de Judas qu’il ne voit pas comment Jésus est passé du lumineux visage qu’il avait à un visage sévère qui assombrit son regard, Lui serre la bouche qui paraît devenir plus fine.
Il l’ouvre pour dire:
“Je dis que je suis plus dégoûté de votre façon de penser que de la conduite des Juifs. Eux sont des disgraciés qui sont dans les ténèbres. Vous qui êtes avec la Lumière vous êtes durs, vindicatifs, murmurateurs, violents. Comme eux, vous approuvez la brutalité. Je vous dis que vous me donnez la preuve d’être toujours ce que vous étiez quand vous m’avez vu pour la première fois. J’en ressens de la douleur. En ce qui concerne les pharisiens, sachez que Jésus Christ ne fuit pas. Pour vous, retirez-vous. Je vais les affronter. Je ne suis pas un lâche. Quand j’aurai parlé avec eux, sans arriver à les persuader, je me retirerai. On ne doit pas dire que je n’ai pas essayé de toutes manières de les attirer à Moi. Eux aussi sont des fils d’Abraham. Je fais mon devoir jusqu’au bout. Leur condamnation doit venir uniquement de leur mauvaise volonté et pas de ma négligence leur égard.”