“Oh! non, tu ne te trompais pas d’un didrachme!… Je m’en souviens… Parfaitement! Je te pardonne le passé, mais de tout cœur, si tu te souviens de ce récit… et si tu me le dis souvent. Je veux qu’il m’entre dans le cœur comme en ceux-ci… comme en Jonas… Oh! mourir en disant son Nom!… Voir la note n°2. ”.
Jésus regarde Pierre et sourit. Puis il se lève et baise sa tête grisonnante.
“Pourquoi, Maître, me donnes-tu ce baiser?”
“Parce que tu as été prophète. Tu mourras en disant mon Nom. J’ai baisé l’Esprit qui parlait en toi.”
Puis Jésus d’une voix forte entonne un psaume et tous, debout, Lui font écho: “Levez-vous et bénissez le Seigneur votre Dieu, d’éternité en éternité. Que soit béni son Nom sublime et glorieux par toute louange et toute bénédiction Néhémie 9,5. . Toi seul, Tu es le Seigneur. Tu as fait le Ciel et le Ciel des cieux et toute leur armée, la terre et tout ce qu’elle contient Néhémie 9,6. ” etc. (C’est l’hymne chanté par les lévites à la Fête de la Consécration du peuple, chapitre 9 du deuxième livre d’Esdras) et tout se termine avec ce long cantique Néhémie 9,7-37. . Je ne sais s’il appartient au rite antique ou si Jésus le dit de Lui-même.
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Le texte suivant, daté du 10 avril 1945, figurait dans l’édition de 1985, mais il a été supprimé de la nouvelle édition pour être intégré dans Les Cahiers de 1945 à 1950 à la date du jour (10/4/45).
Me trouvant au repos depuis trois jours, j’ouvre la Bible. Je l’ouvre au hasard, pour lire seulement quelque chose qui soit encore une parole venant de Dieu. Je tombe sur les versets 25-31 du psaume 17 Psaume 17 (Hébreu 18),25-31. au livre premier. Et le Seigneur parle.
“N’est-ce pas, peut-être ce que tu peux dire de toi? Il fut un temps où je t’aimais avec, de ma part, toute la perfection possible, mais toi, tu ne m’aimais pas le plus parfaitement que tu pouvais. En effet, au fond de ton cœur tu pensais aussi à Moi mais il s’y trouvait des affections plus fortes encore que celle que tu me donnais. Alors tu ne méritais pas que je te récompense. Te rappelles-tu ce temps? Pour Moi je me le rappelle. Tu étais sortie du pensionnat toute parfumée de Dieu comme une vierge du Temple parfumée par l’encens rituel. Et Moi, je t’avais déjà choisie. Quand t’ai-je choisie? Veux-tu le savoir? C’était réellement quand ton âme fut créée, car aucune destinée humaine n’est inconnue pour la pensée éternelle. Mais la petite Marie gardée en vie par ma volonté, malgré les circonstances malheureuses de ta naissance et celles qui t’accompagnèrent pendant les mois où tu étais un petit ange qu’on allaite, cette petite fut mienne quand elle répandit ses premières larmes en me voyant descendu de la Croix. Tu m’as recherché. Et Moi, je me suis donné avec un sourire de complaisance. Ce sourire a répété pour toi au Ciel et Il a dit au Père et au Paraclet son ”Laissez venir à Moi les petits”.
Il n’y a que les lèvres des tout petits qui enlèvent la souffrance de ses blessures, de ceux qui sont tout petits par leur âge ou qui consentent à l’être, de ceux qui, par leur amour et leur obéissance au Maître ”deviennent semblable à des tout petits pour posséder le Royaume des Cieux”… Les délices de Dieu, Marie, la Vierge Mère, c’est la parfaite Toute Petite qui jubile dans le Royaume des Cieux. Les âmes des adultes qui sont ”toutes petites”, sont rares comme les perles parfaitement rondes et d’une mirifique grandeur.
Mais les tous petits par l’âge possèdent tous cette âme, comme si elle n’avait été pas encore profanée, qui fait les délices de Dieu et le soulagement du Christ. Et le Fils t’a voulue dès ce moment. Chaque larme innocente t’a valu un baiser à Lui, chaque baiser une grâce, chaque grâce t’a fiancée au Divin Amour. Ce n’est pas une erreur de regarder en arrière pour pouvoir entonner le Magnificat et le Miserere. Le Magnificat, tu pouvais le chanter jusqu’à ta sortie du pensionnat. Tu étais toute à Dieu. Un seul autel en toi, et un seul amour. Le lis au calice à peine entr’ouvert n’était comblé que par la rosée céleste et les rayons divins. Puis, le monde est venu et avec lui beaucoup d’autres autels et beaucoup d’autres amours. Ceux qui ont usurpé “ma” place. Et ils restèrent tant que je le voulus.
J’aurais pu aussi ne pas vouloir. Il y aura quelqu’un pour dire: “Ç’a été une expérience dangereuse”. Non, c’était nécessaire. Les apôtres furent humiliés par leur défection au Christ. À ce moment, toutes les branches de l’humanité corrompue prirent le dessus en eux et de nouveau tout ce qui trouble l’homme les saisit, les secoua et les excita. Ils comprirent alors que dans la mesure où ils étaient devenus différents, cela ne venait pas de leur unique mérite, mais du fait qu’ils étaient avec Jésus. En eux, l’orgueil, corrupteur de l’homme fut broyé. Il est nécessaire que cela soit fait pour tous ceux qui sont choisis en vue d’une destinée spéciale pour qu’ils ne perdent pas leur vocation en perdant mon amour. L’un après l’autre sont tombés ceux qui avaient usurpé ma place en toi. Et ton Dieu seul est redevenu ton Roi auquel tu as chanté le Miserere de ton sage repentir.
Maintenant, ma fille, regarde le passé et le présent. Regarde le temps de tes multiples amours, pour l’homme, pour la science, pour toi-même, et regarde le moment actuel où, de nouveau, il n’y a plus pour toi qu’un seul amour. Pour Moi. Et dis-moi. Dis-le Moi avec ton âme, en n’écoutant qu’elle seule, car il n’y a qu’elle dont la voix est véridique et précieuse. Est-ce que tu n’as pas tout maintenant? Depuis que tu es mienne, est-ce que tu n’as pas tout? Beaucoup, les sots, diront: “Elle n’a rien! Pas de santé, pas de joie, pas de bien-être” Mais ton âme, qui voit avec ses propres yeux, dit: “Je possède tout, même ce qui est un saint superflu”. Si on peut appeler superflu ce qui sort de ce qui n’est pas strictement nécessaire pour monter vers Dieu. Tu as la mission particulière de porte-parole. Mais cela est un don et il n’est pas nécessaire de le posséder pour être préféré, tu possèdes l’assentiment de Dieu à tous tes désirs. Pourquoi? Parce que, comme dit le psaume (XVII, 21-25): “Le Seigneur m’a traité selon ma justice, selon la pureté de mes mains, qui n’échappe pas à ton regard”
Je suis infiniment, divinement libéral avec les justes et ceux qui ont le cœur pur. Je suis bon avec les faibles, je suis parfaitement bon avec ceux qui savent être forts pour mon amour. Et, puisque je suis l’Amour, je dois me faire violence à Moi-même pour ne pas être faible même à l’égard de ceux qui ont des manquements. À ceux-ci, j’accorde la miséricorde de mon Fils. À mes fils, j’accorde la multitude de mes dons. Je les sauve, les illumine, les libère et les fortifie toujours plus. Je les conduis, en les tenants par la main, sur ma route immaculée, en les instruisant par ma Parole, trempée au feu de l’Amour Divin. Il en est ainsi pour toi, mon âme, qui as mis en Moi ton amour et toute ta confiance, N’aie pas peur, fleur de Dieu. Il n’en est pas une seule, des fleurs microscopiques des régions glacées aux fleurs géantes de la zone torride, que j’abandonne sans la rosée, la lumière et la chaleur nécessaire à leur vie gracieuse. Et ce ne sont que des tiges végétales! Mais les fleurs de mes âmes, quels soins aura d’elles leur Créateur? N’aie pas peur, fleur de Dieu, emperlée du Sang et des larmes du Fils et de la Vierge. Ornée de ces gemmes et de ta fidélité, tu m’es tellement chère! Chante, et pour toujours le Magnificat. Le Père, le Fils, le Paraclet sont avec toi.”
Oh! Seigneur, Seigneur! Tu le dis et c’est certainement la vérité. Tout aura été nécessaire. Mais qu’est-ce qui n’a pas été pour moi ton abandon de l’an dernier! Tu le vois. Tu n’ignores pas les impressions des cœurs. Il y a des blessures qui font mal, même après leur cicatrisation dès qu’on les effleure avec la plus grande légèreté. Des blessures qui font souffrir par réaction nerveuse dès qu’on va les toucher ou qu’on va toucher le membre correspondant. Les nerfs coupés font souffrir, même après que la blessure est fermée. Ton abandon, même maintenant que Tu m’as reprise sur ton Cœur est une blessure qui me fait toujours souffrir car elle a coupé le nerf qui m’unissait à Toi. Je ne te demande pas: pourquoi l’as-Tu fait? Mais je te dis seulement: Tu sais ce qu’a été pour moi ton abandon! Aujourd’hui j’ai tremblé en écrivant 10 avril, car cela fait un an aujourd’hui que Tu as laissé ta fleur misérable sans rosée, sans lumière, sans chaleur. Peu s’en est fallu que je n’en sois morte. Car je t’ai tout donné et si je possédais encore quelque chose, je te le donnerais. Mais ne me donne plus jamais une semblable épreuve.
Tu vois que ma misère ne peut la supporter. Je chante, oui. Je chante mon Magnificat! Je te dis aussi: je n’ai certainement pas mérité que Tu fasses en moi “de grandes choses.” Mais mon chant est pour toujours mêlé de larmes. Comme un enfant, qui est passé par une période d’enfance abandonnée, n’a plus le sourire serein des enfants heureux, pareillement il m’est toujours présent ton abandon de l’an passé. Jésus a raison! Marie a raison. Ce qu’on ne peut supporter dans “nos passions” c’est ton abandon, Père.
On rallume, pendant que j’écris cela, la petite lumière qui brûle toujours devant Jésus. La petite étoile qui brille avec mon cœur et devant mon Jésus Crucifié. Cela faisait une année qu’elle était éteinte..: Ma cellule, mon tabernacle, mon paradis n’avait plus de lumière. Et cela me peinait tant… J’ai tout eu de ton amour, mais tout aussi de ta rigueur. Ténèbres, solitude et aussi ce que ton Fils a appelé “enfer”… Je suis restée comme un oiseau qui par hasard a échappé à ses tortionnaires. J’ai peur… De tous côtés je vois filets et cages et torture. Seigneur, pitié…