“Menteur! Tu me dégoûtes tellement que je te tourne le dos.”

Et Jude d’Alphée, sentant peut-être en péril sa charité envers les ennemis, s’en va.

“Est-ce que ce n’est pas vrai? Dites-le, vous tous…”

Mais “vous tous ”, c’est à dire les autres avec qui parlaient ces Galiléens, gardent le silence. Ils ne veulent pas mentir et n’osent pas contredire. Alors ils restent silencieux.

“Nous ne savons pas même comment il est Lui.” dit le galiléen Élie.

“Tu ne l’as pas insulté dans ma maison, n’est-ce pas? demande Matthieu ironiquement. Est-ce que la maladie t’a fait perdre la mémoire?”

Le “galiléen” prend son manteau et s’en va avec les autres.

“Lâche” lui crie Pierre par derrière.

130.2 - “Ils voulaient nous dire de Lui des choses infernales… explique un homme. Mais nous, nous avons vu les faits. Et nous savons par contre, ce qu’ils sont eux: des pharisiens. À qui croire, alors? Au Bon qui est vraiment bon, ou aux méchants qui se prétendent bons et qui ne sont qu’un fléau? Je sais que depuis que je vais vers Lui, je ne me reconnais plus, tellement je suis changé. J’étais violent, dur pour ma femme et mes enfants, sans respect pour le voisin, et maintenant… Tout le monde le dit dans le pays! “Azarias n’est plus ce qu’il était”, Et alors? A-t-on jamais entendu dire qu’un démon rende bons les gens? Pour quoi travaille-t-il alors? Pour notre sainteté? Oh! C’est vraiment un bizarre satanisé s’il travaille pour le Seigneur!”

“Tu parles bien, homme. Et que Dieu te protège, car tu sais bien comprendre, bien voir, bien agir. Continue comme ça et tu seras un vrai disciple du Messie bénit, une joie pour Lui qui veut votre bien et qui supporte tout pour vous y amener. Ne vous scandalisez que du vrai mal.

Mais, quand vous voyez que c’est au nom de Dieu qu’il agit, ne vous scandalisez pas et ne croyez pas ceux qui voudraient vous faire croire au scandale, même s’il s’agit de choses nouvelles. Voici le temps nouveau. C’est comme une fleur qui va naître après que, pendant des siècles, la racine a travaillé: et ce temps est venu. S’il n’avait pas été précédé par des siècles d’attente, nous n’aurions pas pu comprendre sa Parole. Mais des siècles d’obéissance à la Loi du Sinaï nous a donné le minimum de préparation pour nous permettre dans ce temps nouveau, fleur divine que la Bonté nous a accordé de voir, d’en aspirer tous les parfums et tous les sucs pour nous purifier, nous fortifier, et nous parfumer de sainteté comme un autel. Puisque c’est le temps nouveau, il a de nouvelles méthodes qui ne sont pas opposées à la Loi, mais toutes pénétrées de miséricorde et de charité, parce que Lui est la Miséricorde et l’Amour descendus du Ciel.”

Jacques d’Alphée salue et rentre à la maison.

130.3 - “Comme tu parles bien, toi! dit Pierre frappé d’admiration. Moi, je ne sais jamais quoi dire. Je dis seulement: “Soyez bons Aimez-Le, écoutez-Le, croyez en Lui”. Je ne sais vraiment pas comment il peut être content de moi!”

“Et pourtant il l’est.” répond Jacques d’Alphée.

“Le dis-tu sincèrement ou bien par bienveillance?”

“En vérité il en est ainsi. Il me le disait encore hier.”

“Oui?! Alors aujourd’hui je suis plus content du jour où on m’a amené mon épouse. Mais toi… où as-tu appris à si bien parler?”

“Sur les genoux de sa Mère et à ses côtés. Quelles leçons Quelles paroles! Il n’y a que Lui qui puisse parler encore mieux qu’Elle. Mais, ce qui Lui manque en puissance, Elle te l’ajoute en douceur… et ça pénètre… Ses leçons! As-tu jamais vu un linge dont un coin a touché une huile parfumée? Tout doucement il absorbe non seulement l’huile mais le parfum et même si l’huile vient à disparaître, il reste toujours le parfum pour dire: “J’ai été ici”. Il en est ainsi d’Elle. En nous aussi, étoffes grossières puis lavées par l’existence, Elle a pénétré par sa sagesse et sa grâce, et son parfum demeure en nous.”

“Pourquoi ne La fait-il pas venir? Il disait qu’il allait le faire! On deviendrait meilleur, moins têtus… moi du moins. Et même ces gens… Ils deviendraient meilleurs, même ces aspics qui viennent de temps à autre…”

“Tu le crois? Moi non. Nous deviendrions meilleurs et les humbles aussi le deviendraient. Mais les puissants et les méchants!… Oh! Simon de Jonas! Ne prête jamais aux autres tes sentiments honnêtes! Tu en serais déçu… Le voici. Ne Lui disons rien…”

130.4 - Jésus sort de la cuisine, tenant par la main un petit garçon qui trottine à ses côtés, en mordillant une croûte de pain huilée. Jésus règle le long pas de sa démarche sur les petites jambes de son ami.

“Une conquête! dit-il joyeux. Cet homme de quatre ans qui s’appelle Asraël m’a dit qu’il veut être un disciple et qu’il veut apprendre à prêcher, à guérir les enfants malades, faire venir du raisin sur les sarments en décembre, et puis il veut gravir une montagne et dire à tout le monde: “Venez, c’est le Messie!” N’est-ce pas, Asraël?”

Et le bambin rit, dit que oui, oui et, entre temps, grignote sa croûte.

“Toi, tu sais à peine manger! lui dit Thomas pour le taquiner. Tu ne sais pas même dire qui est le Messie.”

“C’est Jésus de Nazareth.”