“Je vais à Jérusalem par Jéricho, aux Tabernacles.”

“À Jérusalem? Mais… Toi aussi?”

“Je suis fils de la Loi, Moi aussi. Je ne supprime pas la Loi Je vous donne lumière et force pour la suivre parfaitement.”

“Mais Jérusalem a déjà de la haine pour Toi! Je veux dire les grands, les pharisiens de Jérusalem. Je t’ai dit que j’ai entendu…”

“Laisse-les faire. Eux font leur devoir, ce qu’ils croient être leur devoir. Moi, je fais le mien. En vérité je te dis que tant que ce ne sera pas l’heure, ils ne pourront rien.”

“Quelle heure, Seigneur?” demandent les disciples et le passeur.

“Celle du triomphe des Ténèbres.”

“Tu vivras jusqu’à la fin du monde?”

“Non. Il y aura une ténèbre plus atroce que celle des astres éteints et de notre planète morte avec tous ses hommes. Ce sera quand les hommes étoufferont la Lumière que je suis. En beaucoup, le crime est déjà arrivé. Adieu, Salomon.”

“Je te suis, Maître.”

“Non. Viens dans trois jours au Bel Nidrash. Paix à toi.”

111.4 – Jésus se met en route, au milieu des disciples pensifs.

“Que pensez-vous? Ne craignez ni pour Moi ni pour vous. Nous sommes passés par la Décapole et la Pérée, et partout nous avons vu des agriculteurs au travail dans les champs.

En certains endroits, la terre encore occupée par le chaume et le chiendent, était aride, dure, encombrée de plantes nuisibles que les vents d’été avaient apportées et ensemencées en transportant les graines des déserts désolés.

C’étaient les champs des paresseux et des jouisseurs. Ailleurs, la terre était déjà ouverte par la charrue et débarrassée par le feu et la main, des pierres, des ronces, du chiendent. Et ce qui d’abord était nuisible, à savoir les plantes inutiles, voilà que par la purification du feu ou de la taille, elles s’étaient changées en choses utiles: fumier, sels utiles pour rendre la terre féconde. La terre avait pleuré sous la douleur du soc qui l’ouvrait et la fouillait et sous la morsure du feu qui passait sur ses blessures. Mais elle sera plus riante au printemps et elle dira: “L’homme m’a torturée pour me donner cette opulente moisson qui est pour moi parure et beauté”. Et ces champs appartenaient à ceux qui savent vouloir. Ailleurs encore la terre était déjà en parfait état, débarrassée même des cendres, un vrai lit nuptial pour les épousailles de la terre et de la semence et le mariage fécond qui donne une si glorieuse moisson d’épis. Et c’étaient les champs des généreux qui ne se satisfont que de la perfection du travail.

Et bien. Il en est de même des cœurs. Je suis le Soc et ma parole est le Feu. Pour préparer au triomphe éternel.

Il en est qui, paresseux ou jouisseurs, ne me cherchent pas encore, ne veulent pas de Moi, ne cherchent qu’à jouir de leurs vices et de leurs passions mauvaises. Tout ce qui leur semble parure de verdure et de fleurs, n’est que ronces et épines qui déchirent mortellement leur esprit, l’enchaînent et en font des fagots pour les feux de la Géhenne. Pour l’heure, la Décapole et la Pérée sont ainsi… et pas elles seulement. On ne me demande pas de miracles parce qu’on ne veut pas de la taille de la parole ni de l’ardeur du feu, mais leur heure viendra. Ailleurs, il en est qui acceptent cette taille et cette ardeur, et ils pensent: “C’est pénible, mais cela me purifie et me rendra fertile en bonnes actions”. Ce sont ceux qui n’ont pas l’héroïsme de faire, mais me permettent de faire. C’est le premier pas sur ma route. Il y en a enfin qui m’aident de leur travail actif inlassable. Ils font mon travail. Ils ne marchent pas, mais ils volent sur la route de Dieu. Ceux-là sont les disciples fidèles: vous et les autres disséminés en Israël.”

111.5 – “Mais, nous sommes peu nombreux… contre un si grand nombre. Nous sommes humbles… contre les puissants. Comment te défendre s’ils veulent te nuire?”

“Amis, rappelez-vous le songe de Jacob Genèse 28,12. . Il vit une multitude innombrable d’anges qui montaient et descendaient par l’échelle qui allait du Ciel au patriarche. Une multitude, et pourtant ce n’était qu’une partie des légions angéliques… Et bien, même si toutes les légions qui chantent l’alléluia à Dieu dans le Ciel descendaient autour de Moi pour me défendre, lorsque ce sera l’heure, elles ne pourront rien. La justice doit s’accomplir…”

“L’injustice, voudrais-tu dire! Car tu es saint, et s’ils te font du mal, s’ils te haïssent, ce sont des injustes.”

“C’est pour cela que je dis que, pour certains, le crime est déjà accompli. Celui qui couve une pensée homicide est déjà homicide; si c’est le vol, c’est déjà un voleur; si c’est un adultère, il est déjà adultère; si c’est la trahison, c’est déjà un traître. Le Père sait et Moi je sais. Mais Lui me laisse aller, et je vais mon chemin, car c’est pour cela que je suis venu.

Mais les moissons mûriront encore et on fera les semailles une première fois et une seconde avant que le Pain et le Vin ne soient donnés en nourriture aux hommes.”

“On fera un banquet de joie et de paix, alors!”

“De paix? Oui. De joie? Aussi, mais… ô Pierre! ô mes amis! Que de larmes il y aura entre le premier et le second calice! Et c’est seulement après qu’on aura bu la dernière goutte du troisième calice que la joie sera grande parmi les justes, et qu’il y aura un paix assurée pour les hommes dont la volonté est droite.”

“Et tu y seras, n’est-ce pas?”