“Nos plaies et celles de ceux que nous aimons, on cherche à le cacher, surtout quand on est honnête.” Judas rit jaune.

98.5 - “Tu parles bien, Simon. Et tu es un homme honnête.” observe Pierre.

“Et tu l’avais reconnue? Tu vas certainement à Magdala pour vendre ton poisson, et qui sait combien de fois… tu l’as vue!…”

“Garçon, sache que lorsqu’on est fatigué par un honnête travail, les femmes n’attirent plus. On aime seulement le lit honnête de son épouse.”

“Eh! Mais ce qui est beau plaît à tout le monde! Au moins n’y aurait-il que cela, on regarde.”

“Pourquoi? Pour dire: “Ce n’est pas nourriture pour ta table”? Non, sais-tu. Le lac et le métier m’ont appris plusieurs choses, et en voilà une: que poisson d’eau douce et de fond n’est pas fait pour l’eau salée et les remous de surface.”

“Qu’est-ce que tu veux dire?”

“Je veux dire que chacun doit rester à sa place pour ne pas mourir de malemort.”

“Elle te faisait mourir, la Madeleine?”

“Non, j’ai la peau dure. Mais… tu me le dis: c’est toi qui te sens mal, peut-être?”

“Moi, je ne l’ai pas même regardée!..”

“Menteur! Je parie que tu t’es bien rongé au dedans pour ne pas te trouver sur cette première barque et en être plus proche… Tu m’aurais même supporté pour y être plus près… C’est si vrai ce que je dis, que c’est à cause d’elle que tu me fais l’honneur de me parler après tant de jours de silence.”

“Moi? Mais si elle ne m’aurait pas même vu! Elle ne regardait continuellement que le Maître, elle!”

“Ah! Ah! Ah! et tu dis que tu ne la regardais pas! Comment as-tu fait pour voir où elle regardait, si tu ne la regardais pas?”

Tout le monde rit, sauf Judas, Jésus et le Zélote à la remarque de Pierre.

98.6 - Jésus met fin à la discussion qu’il a affecté de ne pas entendre, en demandant à Pierre:

“C’est Tibériade?”

“Oui, Maître. Maintenant je vais accoster”

“Attends, peux-tu te mettre dans ce golfe tranquille? Je voudrais parler, à vous seulement.”

“Je mesure le fond et je vais te le dire.” Pierre enfonce une longue perche et va lentement vers la rive. “Oui, je peux, Maître. Puis-je approcher encore davantage?”

“Le plus que tu peux. Il y a de l’ombre et de la solitude. Cela me plaît.”

Pierre va jusqu’aux abords de la rive. La terre n’est plus qu’à une quinzaine de mètres, au maximum. “Maintenant je toucherais le fond”

“Arrête, et vous, venez le plus près possible et écoutez.” Jésus quitte sa place et vient s’asseoir au centre de la barque sur une banquette qui va de bord à bord. Il a en face l’autre barque, et autour de Lui les disciples de sa barque.

“Écoutez. Il vous paraît que je m’abstrais parfois de vos conversations et que suis donc un maître paresseux qui ne surveille pas ses propres élèves. Sachez que mon âme ne vous quitte pas un instant Avez-vous jamais observé un médecin qui étudie un malade dont la maladie n’est pas déterminée et qui présente des symptômes qui s’opposent? Il le tient à vue d’œil, après l’avoir visité qu’il dorme ou veille, le matin comme le soir, quand il se tait ou qu’il parle, car tout peut-être symptôme et indication pour déceler le mal caché et indiquer un traitement. Je fais de même avec vous. Vous m’êtes reliés par des fils invisibles, mais très sensibles qui me sont rattachés et me transmettent jusqu’aux plus légères vibrations de votre être*.* Je vous laisse croire à votre liberté, pour que vous manifestiez toujours plus ce que vous êtes. C’est ce qui arrive quand un écolier ou un maniaque se croit perdu de vue par le surveillant.

98.7 - Vous êtes un groupe de personnes, mais vous formez un noyau, c’est à dire une seule chose. Car vous êtes un ensemble complexe qui naît à l’existence et qu’on étudie dans toutes ses caractéristiques, plus ou moins bonnes, pour le former, l’amalgamer, l’émousser, le développer dans ses tendances multiformes, et en faire un tout parfait. C’est pour cela que je vous étudie et que je fais sur vous des observations, même quand vous dormez.