“N’en dis rien. C’est une âme très malade. Une louange lui ferait l’effet d’une nourriture donnée à un convalescent en proie à une grande fièvre stomacale. Elle le rendrait pire, car il se glorifierait d’avoir été remarqué. Et là où entre l’orgueil…” “Je me tairai.

85.6 – Où allons-nous?”

“Vers Jean. À cette heure de chaleur, il sera à la maison de l’Oliveraie.”

Ils s’y rendent rapidement, en cherchant de l’ombre par les rues chauffées par un soleil ardent. Ils dépassent le faubourg poudreux, traversent la porte des remparts, sortent dans la campagne éblouissante, puis vont de là à l’oliveraie, et enfin à la maison.

Dans la cuisine fraîche et sombre à cause de la toile qui couvre la porte, se trouve Jean. Il sommeille, et Jésus l’appelle:

“Jean!”

“Toi, Maître? Je t’attendais ce soir.”

“Je suis venu plus tôt. Comment t’es-tu trouvé, Jean?”

“Comme un agneau qui a perdu son berger. Et je parlais à tout le monde de Toi, parce que parler de Toi, c’était déjà un peu Te posséder. J’ai parlé à certains parents, à des connaissances, à des étrangers. Et à Anna… Et à un estropié dont je me suis fait ami avec trois deniers Un denier est l'équivalent d'une journée de salaire de base. Voir les monnaies. . On me les avait donnés et je les lui ai donnés. Et aussi à une pauvre femme de l’âge de ma mère, qui pleurait dans un groupe de femmes sur le pas d’une porte. Je lui ai demandé: “Pourquoi pleures-tu?”. Elle m’a dit: “Le médecin m’a déclaré: ‘Ta fille est phtisique. Résigne-toi. Elle mourra au début d’octobre’. Je n’ai qu’elle. Elle est belle, bonne, elle a quinze ans. Elle devait se marier au printemps, et au lieu du coffre de noces, je dois préparer sa tombe”. Je lui ai dit: “Je connais un Médecin qui peut te la guérir, si tu as de la foi”. “Plus personne peut la guérir. Trois médecins l’ont vue. Elle crache déjà du sang”. “Le mien” ai-je dit “n’est pas un médecin comme les tiens. Il ne soigne pas avec des remèdes. Mais par sa puissance C’est le Messie…”. Une petite vieille, alors, lui a dit: “Oh! crois Élise! Je connais un aveugle qui a recouvré la vue grâce à Lui!” Et la mère, alors, est passée de la méfiance à l’espoir et elle t’attend… Ai-je bien fait? Je n’ai fait que cela.”

“Tu as bien fait. Et, ce soir, nous irons chez tes amis. Judas, tu ne l’as plus vu?”

“Plus, Maître. Mais il m’a envoyé de la nourriture et de l’argent que j’ai donnés aux pauvres. Il m’a envoyé dire que je les emploie à mon gré, car ils étaient à lui.”

“C’est vrai. Jean, demain nous allons vers la Galilée…”

“J’en suis joyeux, Maître. Je pense à Simon Pierre. Qui sais combien il t’attend! Nous passons aussi par Nazareth?”

“Également, et nous y restons, en attendant Pierre, André et ton frère Jacques.”

“Oh! nous restons en Galilée?”

“Nous y restons quelque temps”

Jean en est heureux. Et tout se termine sur la vision de son bonheur.