Jésus le regarde et se tait.

“Rien pour moi? Tu n’es pas juste! À elle tu as donné six fois plus qu’aux autres, et à moi, rien, mais voilà… c’était une femme!”

Jésus le regarde et se tait.

“Regardez, vous tous si c’est juste! Je viens de loin parce que l’on m’a dit qu’ici on donne de l’argent, et puis voilà, je vois qu’il y en a à qui on donne trop, et à moi, rien… Un pauvre vieux malade! Et il veut que l’on croie en Lui!…”

“Vieux, tu n’as pas honte de mentir ainsi? La mort t’est tout proche, et tu mens, et tu cherches à voler ceux qui ont faim. Pourquoi veux-tu voler à des frères l’obole que j’ai prise pour la distribuer aux petits, avec justice?”

“Mais moi… ”

“Tais-toi! Mon silence et ma façon d’agir auraient dû te faire comprendre que je savais à qui j’avais à faire et tu aurais dû rester silencieux comme Moi. Pourquoi veux-tu que je te couvre de honte? ”

“Je suis pauvre”

“Mais non, tu es un avare et un voleur. Tu vis pour l’argent et pour l’usure. ”

“Je n’ai jamais pratiqué l’usure. Dieu m’est témoin.”

“N’est-ce pas de l’usure cela et de la plus cruelle de voler qui est réellement dans le besoin? Va. Repents-toi pour que Dieu te pardonne. ”

“Je te jure… ”

“Tais-toi! Je te le commande! Il est dit: “Il ne faut pas faire de faux serments” Lévitique 19,12. . Si je ne respectais pas tes cheveux blancs, je fouillerais en ton sein et j’y trouverais ta bourse remplie d’or, ton vrai cœur. Va-t’en!”

Mais maintenant, au ton de voix de Jésus, le vieillard, se voyant découvert dans son secret, s’en va tout honteux sans insister.

La foule le menace, le raille et le traite de voleur.

“Taisez-vous! Si lui est sorti du bon chemin, ne faites pas comme lui. Lui manque de sincérité: c’est un malhonnête. Vous, en l’insultant, manquez à la charité. Il ne faut pas insulter le frère qui a péché. Chacun a son péché; personne n’est parfait sauf Dieu. J’ai dû lui faire honte parce qu’il n’est jamais permis d’être voleur. Jamais et surtout pas avec les pauvres. Mais seul le Père sait si j’ai souffert de le faire. Vous aussi devez éprouver de la souffrance de voir un Israélite manquer à la Loi en cherchant à faire tort aux pauvres et à la veuve. Ne soyez pas cupides. Que votre trésor soit votre âme et non pas l’argent. Ne soyez pas parjures. Que votre langage soit pur et honnête comme vos actes. La vie n’est pas éternelle, et l’heure de la mort approche. Vivez de telle façon qu’à l’heure de la mort votre esprit puisse être en paix, dans la paix de celui qui a vécu en juste. Rentrez dans vos maisons…”

61.7 – “Pitié, Seigneur, mon fils que voilà est muet à cause d’un démon qui le tourmente. ”

“Et mon frère que voilà est semblable à une bête immonde. Il se roule dans la boue et mange les excréments. C’est un esprit malin qui le porte à ces actions immondes, en dépit de sa volonté. ”

Jésus va vers le groupe qui l’implore. Il lève les bras et commande:

“Sortez de ceux-ci. Laissez à Dieu ses créatures. ”

Au milieu des cris et des clameurs, les deux malheureux sont guéris. Les femmes qui les conduisaient se prosternent en bénissant.

“Allez à vos maisons et soyez reconnaissants à Dieu. La paix tous. Allez.”

La foule s’en va en commentant les faits. Les quatre disciples se serrent auprès du Maître.

“Amis, en vérité Je vous dis qu’en Israël se trouvent tous le péchés et que les démons y ont établi leur demeure. Il n’y a pas que les possessions qui rendent les lèvres muettes et celles qui poussent à vivre en brute en mangeant les ordures. Mais les plus réelles et les plus nombreuses sont celles qui ferment les cœurs à l’honnêteté et en font une sentine de vices immondes. Oh! mon Père!”

Jésus s’assied accablé.

“Tu es fatigué, Maître? ”

“Fatigué, non, mon Jean, mais désolé par l’état des cœurs et le peu de volonté de se corriger. Je suis venu… mais l’homme. L’homme… Oh! mon Père!…”

“Maître, je t’aime. Nous tous, nous t’aimons…”

“Je le sais, mais vous êtes si peu nombreux… et mon désir de sauver est si grand!”

Jésus a Jean dans ses bras et sa tête contre la sienne. Il est triste. Pierre, André, Jacques, autour de Lui le regardent avec amour et tristesse.

La vision cesse ainsi.