Jésus sourit sans perdre son calme. Il se tourne vers Pierre: «C’est à toi d’agir, Simon. Tu es un homme et le plus âgé des gendres, m’as-tu dit. Va.»
Pierre fait une grimace significative et obéit. Il traverse la cuisine, entre dans une pièce et, à travers la porte fermée derrière lui, je l’entends parler avec une femme. Il sort la tête et une main et dit:
«Viens, Maître, fais vite» et il ajoute plus bas, à peine intelligiblement: «Avant qu’elle ne change d’idée.»
Jésus traverse rapidement la cuisine et ouvre toute grande la porte. Debout sur le seuil, il dit sa douce et solennelle salutation:
«Que la paix soit avec toi.»
Il entre, bien qu’on n’ait pas répondu, et se dirige vers une couche basse sur laquelle est étendue une petite femme, toute grise, amaigrie, essoufflée par la forte fièvre qui rougit son visage enflammé.
Jésus se penche sur le lit, sourit à la petite vieille:
«Tu as mal?
– Je meurs!
– Non, tu ne vas pas mourir. Peux-tu croire que je peux te guérir?
– Et pourquoi le ferais-tu? Tu ne me connais pas.
– Grâce à Simon, qui m’en a prié… et aussi pour toi, pour donner à ton âme le temps de voir et d’aimer la Lumière.
– Simon? Il ferait mieux de… Comment donc Simon a-t-il pensé à moi?
– C’est qu’il est meilleur que tu ne le crois. Je le connais, et je sais. Je le connais et je suis heureux de l’exaucer.
– Tu me guéris, alors? Je ne mourrai plus?
– Non, femme, pour l’instant tu ne mourras pas. Peux-tu croire en moi?
– Je crois, je crois. Il me suffit de ne pas mourir!»
60.4 - Jésus sourit encore. Il la prend par la main. La main rugueuse, aux veines gonflées disparaît dans la main juvénile de Jésus, qui se redresse et prend l’attitude qu’il a habituellement pour accomplir un miracle. Il crie:
«Sois guérie! Je le veux! Lève-toi!»
Et il lâche la main de la femme. Elle retombe sans que la petite vieille se plaigne, alors qu’auparavant, quand Jésus la lui avait prise, bien que ce fût avec une grande délicatesse, le mouvement avait arraché une plainte à la malade.
Un bref temps de silence. Puis la femme s’écrie à haute voix:
«Oh! Dieu de nos pères! Mais je n’ai plus rien! Mais je suis guérie! Venez, venez!»
Les belles-filles accourent.
«Regardez donc, dit la femme, je bouge et ne sens plus de douleur! Et je n’ai plus de fièvre! Regardez comme je suis fraîche! Mon cœur ne me donne plus l’impression d’être le marteau du forgeron. Ah! Je ne meurs plus!»
Pas un seul mot pour le Seigneur.