Jésus les congédie et rentre dans la maison hospitalière pour le souper.

54.5 - Les six qui sont avec lui veulent lui poser beaucoup de questions.

“Pourquoi, Maître, as-tu fait une différence entre les deux?… Parce qu’il y a eu une différence. Tous deux obéissaient à une même impulsion…” demande Jean.

“Mon ami, parce que la même impulsion peut n’avoir pas la même saveur. Bien sûr que les deux ont eu la même impulsion, mais elle ne tend pas au même but. C’est celui qui a paru moins parfait qui l’est davantage car il n’a pas en lui le désir fiévreux de la gloire humaine. Il m’aime parce qu’il m’aime.”

“Moi aussi!”

“Et moi de même.”

“Et moi.”

“Et moi.”

“Et moi.”

“Et moi.”

“Je le sais. Je vous connais pour ce que vous êtes.”

“Nous sommes donc parfaits?”

“Oh! non! Mais, comme Thomas, vous le deviendrez si vous persistez dans votre volonté d’amour. Parfaits?! Oh! amis! Et qui est parfait hormis Dieu?”

“Toi, tu l’es!”

“En vérité, je vous dis que pour Moi, je ne suis pas parfait si vous ne voyez en Moi qu’un prophète. Aucun homme n’est parfait, mais je suis parfait, Moi, car Celui qui vous parle est le Verbe du Père. Elle est de Dieu, sa Pensée, qui se fait Parole. J’ai la Perfection en Moi et c’est cela que vous devez croire si vous croyez que je suis le Verbe du Père. Et pourtant, vous le voyez, amis, je veux qu’on m’appelle le Fils de l’homme LE FILS DE L'HOMME est le plus fréquent des titres donnés à Jésus et que Jésus se donne lui-même. Son sens général est donné en EMV 343.4 ; mais sa signification messianique se trouve ici ainsi que, par exemple, en EMV 126.3 et en EMV 603.1. , car je m’anéantis Moi Même, en prenant sur Moi toutes les misères de l’homme, pour les porter - c’est ma première croix - et les supprimer après les avoir portées, mais sans qu’elles m’aient atteint. Quel poids mes amis! Mais je l’apporte avec joie. C’est ma joie de les porter car Fils de l’Humanité, je rendrai l’humanité fille de Dieu. Comme au premier jour.” Jésus parle doucement, assis à la pauvre table avec ses mains qui font des gestes paisibles, la figure un peu penchée, éclairée en dessous par la petite lampe à huile posée sur la table. Il sourit légèrement. C’est déjà le Maître qui s’impose et dont les traits respirent tant d’amitié. Les disciples l’écoutent, attentifs.

54.6 - “Maître… pourquoi ton cousin qui savait où tu habites n’est-il pas venu?”

“Mon Pierre!… Tu seras une de mes pierres, la première. Mais toutes les pierres ne se prêtent pas facilement à l’emploi. Tu as vu les marbres du palais du prétoire? Arrachés péniblement aux flancs de la montagne, ils font maintenant partie du Prétoire. Regarde, par contre ces cailloux qui brillent là aux rayons de la lune au fond des eaux du Cédron. Ils sont arrivés d’eux-mêmes dans le lit du torrent et si on les veut, voilà qu’ils se laissent tout de suite prendre. Mon cousin est comme les premières pierres dont je parle… Le flanc de la montagne: la famille me le dispute.”

“Mais moi, je veux être tout à fait comme les pierres du torrent. Pour Toi, je suis prêt à tout laisser: la maison, l’épouse, la pêche, les frères. Tout, mon Maître, pour Toi.”

“Je le sais, Pierre, c’est pour cela que je t’aime, mais Judas aussi viendra.”

“Qui? Judas de Kériot? Je n’y tiens pas, c’est un beau monsieur mais… Je préfère… Oui, je me préfère moi-même.”

Tout le monde rit de la sortie de Pierre. “Il n’y a pas de quoi rire. Je veux dire que je préfère un simple Galiléen, un pêcheur nature mais franc à… aux citadins qui… Je ne sais pas. Voilà, mais le Maître comprend ce que je veux dire.”

“Oui, je comprends, mais ne juge pas. Nous avons besoin l’un de l’autre, sur la terre, et les bons sont mélangés aux mauvais comme les fleurs dans un champ: la ciguë est à côté de la mauve bienfaisante.”

54.7 - “Je voudrais demander une chose…”

“Quoi, André?”

“Jean m’a raconté le miracle que tu as fait à Cana… Nous espérions tant que tu en fasses un à Capharnaüm… Et Toi tu nous a dit que tu ne faisais pas de miracle sans avoir auparavant accompli la Loi. Pourquoi alors, à Cana? Pourquoi là et pas dans ta patrie? ”

“Toute obéissance à la Loi est union à Dieu et donc accroissement de notre pouvoir. Le miracle est la preuve de l’union à Dieu, de la présence bienveillante de Dieu et de son accord avec nous. C’est pour cela que j’ai voulu remplir mon devoir d’israélite avant de commencer la série des prodiges.”

“Mais tu n’étais pas tenu à observer la Loi.”

“Pourquoi? Comme Fils de Dieu, non. Mais comme Fils de la Loi, si. Israël, pour l’heure, ne me connaît que comme tel… Et même après, presque tout Israël me connaîtra comme tel, comme moins encore. Mais je ne veux pas donner de scandale à Israël et j’obéis à la Loi.”

“Tu es saint.”

“La sainteté n’exclut pas l’obéissance, mais au contraire la perfectionne. Il y a l’exemple à donner, en plus du reste. Que dirais-tu d’un père, d’un frère aîné, d’un maître, d’un prêtre, qui ne donneraient pas le bon exemple? ”

“Et Cana alors?”

“Cana c’était la joie qu’il fallait donner à ma Mère. Cana c’est un acompte de ce qui est dû à ma Mère. C’est Elle qui la première a apporté la Grâce. Ici, j’honore la Cité Sainte en y inaugurant publiquement ma puissance de Messie, mais là-bas, à Cana, Je devais l’honneur à la Sainte de Dieu, à la Toute Sainte. C’est par Elle que le monde m’a eu. Il est juste que ce soit à Elle qu’aille mon premier prodige en ce monde.”

54.8 - On frappe à la porte. C’est Thomas, de nouveau. Il entre et se jette aux pieds de Jésus. “Maître… je ne peux attendre ton retour. Laisse-moi avec Toi. Je suis plein de défauts, mais j’ai cet amour, seul, grand vrai, mon trésor. Il est à Toi. Il est pour Toi. Et garde-moi, Maître…”

Jésus lui met la main sur la tête. “Reste, Didyme, Suis-moi. Bienheureux ceux qui sont sincères et ont une volonté tenace. Vous êtes bénis. Vous m’êtes plus que parents car vous êtes pour Moi des fils et des frères non selon le sang qui est mortel, mais selon la volonté de Dieu et la volonté de votre esprit. Maintenant Je vous dis qu’il n’y a pas de parenté plus étroite que celle de celui qui fait la volonté de mon Père et vous la faites, parce que vous voulez le bien.”

Ainsi se termine la vision.

54.9 - Il est 16h et déjà tombent sur moi les ombres du sommeil qui, je le sens sera profond, conséquence logique de l’heure de souffrance d’hier…

Mais le 24 octobre aussi, je me trouvais très mal au point qu’après la fin de la vision décrite pendant un mal de tête, comme de méningite sans doute, je n’ai pas eu le courage d’ajouter que j’ai finalement vu Jésus, habillé comme il m’apparaît quand il est tout pour moi: d’un vêtement fin de laine blanche tendant légèrement vers l’ivoire et un manteau assorti. L’habit qu’il portait En EMV 53.3. lors de sa première manifestation à Jérusalem comme Messie.