Des gens regardent aux portes et font des signes. Un homme appelle nommément Jacques et lui parle doucement en désignant du doigt Jésus. Jacques fait signe que oui et l’homme va s’entretenir avec d’autres, arrêtés à un carrefour.

Ils entrent dans la maison de Pierre. Une cuisine vaste et noircie par la fumée. Dans un coin, des filets, des cordages et des paniers pour le poisson. Au milieu le foyer, large et bas et éteint en ce moment. Des deux portes opposées, on voit la route et le jardinet avec le figuier et la vigne. Au-delà de la route, les flots bleu clair du lac. Au-delà du jardinet, le mur foncé d’une autre maison.

“Je t’offre ce que j’ai, Maître, et comme je sais…”

“Parfait, et tu ne pourrais mieux faire parce que tu m’offres avec amour.”

On donne à Jésus de l’eau pour qu’il se rafraîchisse et puis du pain et des olives. Jésus prend quelques bouchées pour montrer qu’il accepte, puis écarte le reste en remerciant.

Des bambins l’observent curieusement depuis le jardin et la route. Mais je ne sais si ce sont des enfants de Pierre. Je sais seulement qu’il leur fait signe du regard pour retenir ces petits envahisseurs. Jésus sourit et dit:

“Laisse-les faire.”

“Maître, veux-tu te reposer? Ici, c’est ma demeure, là celle d’André, choisis. Nous ne ferons pas de bruit pendant ton repos.”

“As-tu aussi une terrasse?”

“Oui, avec la vigne; bien qu’elle soit encore à peu près dénudée, elle fait un peu d’ombre.”

“Conduis-moi. Je préfère reposer là-haut. Je réfléchirai et je prierai.”

“Comme tu veux. Viens.”

Depuis le jardinet, un petit escalier monte vers le toit qui est une terrasse entourée d’un muret. Là aussi, des filets et des cordages, mais quelle lumière vient du ciel et quel azur du lac!

Jésus s’assied sur un tabouret et appuie ses épaules au muret. Pierre se saisit d’une voile qu’il étend au-dessus et au côté de la vigne pour faire un abri contre le soleil. Là, la brise et le silence. Jésus en jouit visiblement.

“Je m’en vais, Maître.”

“Va. Toi et Jean allez dire qu’au coucher du soleil, je parlerai d’ici.”

Jésus reste seul et prie longuement. À part deux couples de colombes qui vont à leurs nids et en reviennent et un gazouillement de passereaux, aucun bruit, rien qui vive autour de Jésus qui prie.

50.3 - Les heures passent, calmes et sereines. Puis Jésus se lève, fait un tour sur la terrasse, regarde le lac et des enfants qui jouent sur la route. Il leur sourit et les enfants lui répondent par leur sourire. Il regarde sur la route, du côté de la petite place qui est à une centaine de mètres de la maison. Ensuite il descend, va vers la cuisine: “Femme, je vais faire un tour sur la rive.”

Il sort et va effectivement dans cette direction, près des enfants. Il leur demande:

“Que faites-vous?”

“Nous voulions jouer à la guerre, mais lui ne veut pas, et alors on joue à la pêche.”

Celui-là qui ne veut pas est un petit homme grêle mais aux yeux très lumineux. Peut-être que, frêle comme il est, il sait que les autres le bousculeraient en “faisant la guerre” et pour cette raison, il plaide pour la paix.

Mais Jésus en tire l’occasion de parler à ces enfants:

“C’est lui qui a raison. La guerre est un châtiment de Dieu pour punir les hommes. Elle exprime que l’homme n’est plus un vrai fils de Dieu. Quand le Très-Haut créa le monde; Il fit tout: le soleil, la mer, les étoiles, les fleuves, les plantes, les animaux, mais Il ne fit pas les armes. Il créa l’homme et lui donna des yeux pour qu’il eût des regards d’amour, une bouche pour dire des paroles d’amour, des oreilles pour les écouter, des mains pour donner aide et caresses, des pieds pour courir avec empressement vers le frère qui est dans le besoin, et un cœur capable d’aimer. Il donna à l’homme l’intelligence, la parole, l’affection, les sentiments, mais Il n’a pas donné la haine. Pourquoi? Parce que l’homme, créature de Dieu devait être amour comme Dieu est Amour. Si l’homme était resté créature de Dieu, il serait resté dans l’amour et la famille humaine n’aurait pas connu la guerre et la mort.”

“Mais lui, la guerre, il ne veut pas la faire parce qu’il perd toujours” (je l’avais deviné).