Et Marie le dit: “Mais comment faire? Là-bas, nous avons tout laissé. Joseph avait tant travaillé pour mon Jésus sans épargner la fatigue et l’argent. Il avait travaillé de nuit pour pouvoir travailler le jour pour les autres, et gagner ainsi de quoi acheter les bois les plus beaux, la laine la plus fine, le lin le plus blanc afin de préparer tout pour Jésus.

Il avait construit des ruches et avait fait des travaux de maçonnerie pour donner une autre organisation à la maison, afin que le berceau pût être dans ma pièce et y rester jusqu’à ce que Jésus ait grandi et pouvoir donner une place au lit, puisque Jésus restera avec moi jusqu’au jour où il ne sera plus un jeune garçon.”

“Joseph peut y aller et prendre ce que vous avez laissé.”

“Et où le mettre? Tu sais, Zacharie, que nous sommes pauvres. Nous n’avons que le travail et la maison. L’une et l’autre nous donnent de quoi aller de l’avant sans avoir faim. Ici, du travail nous en trouverons… peut-être. Mais il nous faudra toujours penser à une maison. Cette brave femme ne peut nous donner toujours l’hospitalité. Et moi, je ne puis imposer à Joseph des sacrifices au-delà de ceux qu’il consent déjà à faire pour moi.”

“Oh! moi! Pour moi ce n’est rien. Je pense à la douleur de Marie, moi. A la peine de ne pas vivre dans sa maison…”

Marie a deux grosses larmes dans les yeux.

“Je pense que cette maison doit lui être bien chère, comme le Paradis pour le prodige qui s’y est accompli… Je parle peu, mais je comprends tellement! Si ce n’était que pour cela, je ne me tourmenterais pas. Je ferai double travail, c’est tout. Je suis fort et jeune pour travailler le double de ce que je faisais et pourvoir à tout. Et si Marie ne souffre pas trop… et si tu dis qu’il est bien d’agir ainsi… pour moi… me voilà. Je fais ce qui vous paraît le plus juste. Il suffit que cela soit utile pour Jésus.”

“Et ce sera utile, sûrement. Pensez-y et vous en verrez les raisons.”

“On dit aussi que le Messie sera appelé Nazaréen…” Cf. Matthieu 2,23, mais on ne sait pas exactement à quel texte Matthieu fait allusion. Pour sa part, le chanoine Osty commente : «Il sera appelé Nazôréen», ce terme, dont l'origine pose un problème philologique non résolu, comporte la plupart du temps une nuance péjorative. Voici toutes les références : 26,71; Luc 18,37; Jean 18,5.7; 19,19; Actes 2,22; 3,6; 4,10; 6,14; 22,8; 26,9; en 24,5 : «la secte des Nazôréens», pour désigner les disciples du Christ. L'allusion semble être à la vie pauvre et humiliée de Jésus, annoncée par certains « prophètes » (Isaïe surtout, dans les poèmes du Serviteur : 49,7; 50,6; 52,13 - 53,12), et qui trouvait un excellent symbole dans le séjour à Nazareth, bourgade insignifiante et méprisée (Jean 1,45 suivants). objecte Marie.

“C’est vrai, mais au moins, tant qu’il n’est pas adulte, faites-le grandir en Judée. Le Prophète a dit: “Et toi, Bethléem Ephrata, tu seras la plus grande, car de toi sortira le Sauveur” Cf. Michée 5,1. . Il ne parle pas de Nazareth. Peut-être cette appellation Lui sera donnée pour je ne sais quelle raison. Mais sa terre, est celle-ci.”

“Tu le dis prêtre, et nous… et nous… avec douleur nous t’écoutons… et te donnons raison. Mais quelle douleur!… Quand verrai-je cette maison où je suis devenue Mère?” Marie pleure, doucement. Et je le comprends son chagrin. Ah! si je le comprends!

La vision cesse pour moi sur les pleurs de Marie.

31.6 - Marie me dit ensuite:

“Tu le comprends, je le sais. Mais tu me verras pleurer encore plus fort.

Pour l’instant je t’élève l’esprit en te montrant la sainteté de Joseph. C’était un homme, c’est à dire qu’il n’avait d’autre aide pour son esprit que sa sainteté. Pour moi, j’avais tous les dons de Dieu dans ma condition d’Immaculée. Je ne savais pas que je l’étais, mais dans mon âme il y avait des ressources d’activité et qui me donnaient des forces spirituelles. Mais lui, n’était pas immaculé. Il portait en lui l’humanité avec sa lourde pesanteur et il devait, avec tout ce poids, s’élever vers la perfection, au prix d’un effort incessant, une application de toutes ses facultés pour avoir la volonté d’atteindre la perfection et d’être agréable à Dieu.

Ah! mon saint époux! Saint en toutes choses, même les plus humbles de l’existence. Saint pour sa chasteté angélique. Saint pour son honnêteté d’homme. Saint pour sa patience, pour son ardeur au travail, pour sa sérénité toujours égale, pour sa modestie, pour tout.

Sa sainteté éclate aussi dans cet événement. Un prêtre lui dit: “C’est bien que tu t’établisses ici”. Et lui, qui sait pourtant au-devant de quelles plus grandes fatigues il s’en va, il dit: “Pour moi, ce n’est rien. Je pense à la douleur de Marie. N’était-ce pas pour cela, je ne me tourmenterais pas pour moi, il suffit que la chose soit utile à Jésus”. Jésus, Marie: ses angéliques amours. Il n’a rien aimé d’autre sur la terre, mon saint époux et à cet amour il s’est voué tout entier comme serviteur.

On l’a fait protecteur des familles chrétiennes et des travailleurs et de tant de catégories. Mais ce n’est pas seulement des agonisants, des époux, des travailleurs, c’est aussi des âmes consacrées dont on devrait faire le protecteur. Qui, parmi les consacrés de ce monde au service de Dieu, quelque il soit, s’est-il consacré, comme lui au service de son Dieu, acceptant tout, renonçant à tout, supportant tout, accomplissant tout avec promptitude, gaieté, bonne humeur constante, comme il l’a fait? Il n’y en a aucun.

31.7 - Et voilà une autre chose que je te fais remarquer, deux choses même. Zacharie est prêtre. Joseph ne l’est pas, mais regarde comme lui, qui ne l’est pas, a l’esprit tourné vers le Ciel plus que le prêtre. Zacharie pense humainement et c’est humainement qu’il interprète les Écritures, ce n’est pas la première fois qu’il le fait, il se laisse trop guider par le bon sens humain; Il en a été puni, mais il y retombe encore, bien que moins gravement. Il avait dit pour la naissance de Jean: “Comment sera-ce possible si moi je suis vieux et ma femme stérile?” Il dit maintenant: “Pour aplanir son chemin, le Christ doit grandir ici” et avec cette racine d’orgueil qui reste chez les meilleurs, il pense pouvoir, lui, être utile à Jésus. Non pas utile comme Joseph veut l’être en le servant, mais utile en Lui servant de maître… Dieu lui a pardonné pour sa bonne intention, mais “le Maître” avait-il besoin de maîtres?

J’ai cherché de lui faire voir la lumière dans les prophéties. Mais lui se croyait plus savant que moi et accommodait à sa façon son interprétation. J’aurais pu insister et vaincre. Mais - et c’est là la seconde observation que je te fais faire - mais j’ai respecté le prêtre en raison de sa dignité, non pas de son savoir.

31.8 – Généralement, un prêtre est éclairé par Dieu. J’ai dit “généralement”. Il l’est quand c’est un vrai prêtre. Ce n’est pas l’habit qui lui donne son caractère sacré, c’est l’âme. Pour juger si quelqu’un est un vrai prêtre, il faut juger de ce qui sort de son âme. Comme l’a dit mon Jésus, c’est de l’âme que sortent les choses qui sanctifient ou corrompent: celles qui manifestent entièrement la manière d’agir d’un individu. Eh bien, quand quelqu’un est un vrai prêtre, il est généralement toujours inspiré par Dieu. Quant aux autres qui ne le sont pas, il faut avoir pour eux une surnaturelle charité et prier pour eux.

Mais mon Fils t’a déjà mise au service de cette rédemption et je n’insiste pas. Sois joyeuse de souffrir pour qu’augmente le nombre des vrais prêtres. Quant à toi, repose-toi sur la parole de qui te guide, crois et obéis à ses conseils.

31.9 – Obéir sauve toujours. Même si le conseil que l’on reçoit n’est pas en tout point parfait.

Tu le vois: nous avons obéi et ce fut heureux. Il est vrai qu’Hérode se borna à faire exterminer les enfants de Bethléem et des environs. Mais Satan n’aurait-il pu le pousser et étendre cette marée de crimes bien plus loin et pousser à un crime pareil tous les personnages puissants de Palestine pour faire supprimer le futur Roi des Juifs?

Il l’aurait pu. Et cela serait arrivé dans les premiers temps du Christ, quand des prodiges avaient éveillé l’attention des foules et le regard des puissants. Comment aurions-nous pu, si c’était arrivé, traverser toute la Palestine pour venir de la lointaine Nazareth en Égypte, terre hospitalière pour les Hébreux persécutés et faire le voyage avec un petit bébé et pendant le déchaînement d’une persécution? Il était plus facile, bien qu’également douloureux de fuir de Bethléem.

L’obéissance sauve toujours. Souviens-toi de cela.

31.10 – Et le respect à l’égard du prêtre est toujours une marque d’intégrité chrétienne.

Malheur - et Jésus l’a dit - malheur aux prêtres qui perdent leur flamme apostolique! Malheur aussi à qui se croit autorisé à les mépriser! Ce sont eux, en effet, qui consacrent et distribuent le Vrai Pain qui descend du Ciel. Ce contact les rend saints, comme un calice sacré, même si leur personne ne l’est pas. Ils en répondent à Dieu. Pour vous ne voyez que leur dignité et ne vous souciez pas du reste. Ne soyez pas plus intransigeants que votre Seigneur Jésus, qui à leur ordre laisse le Ciel et descend pour être élevé par leurs mains. Apprenez de Lui, et s’ils sont aveugles, s’ils sont sourds, si leur âme est paralytique et leur pensée malade, s’ils ont la lèpre des fautes qui contrastent avec leur mission, si ce sont des Lazare au tombeau, appelez Jésus pour qu’il leur rende la santé et la vie.

Appelez-le par votre prière et votre souffrance, ô âmes victimes. Sauver une âme c’est prédestiner au Ciel la propre. Mais sauver une âme sacerdotale, c’est sauver un grand nombre d’âmes, parce que tout prêtre saint est comme un filet qui amène les âmes à Dieu. Et sauver un prêtre, c’est-à-dire le sanctifier, le sanctifier à nouveau, est faire de lui un filet mystique. Chaque proie à lui ajoute un nouvel éclat de lumière à votre couronne éternelle.

Va en paix.