Alors il redresse la tête et - c’est la première fois que je le vois faire cela - il serre les petites mains de Marie dans ses mains fortes et hâlées et baise l’extrémité de ces doigts délicats qui sortent comme des boutons de pêcher de l’étreinte des mains de Joseph.
26.5 – “Maintenant il faut pourvoir, parce que…”
Joseph n’ajoute rien, mais regarde le corps de Marie, qui s’assied tout de suite, pour ne pas rester ainsi exposée au regard qui se pose sur elle. “Il faudra faire vite. Je viendrai ici. Nous accomplirons le mariage… La semaine prochaine, ça va…?”
“Tout ce que tu fais est bien Joseph. Tu es le chef de la maison moi, je suis ta servante.”
“Non, c’est moi qui suis ton serviteur. Je suis le bienheureux serviteur de mon Seigneur qui grandit en ton sein. Toi, tu es la bénie entre toutes les femmes d’Israël. Ce soir, je préviendrai les parents. Et après… quand je serai ici, nous travaillerons pour préparer tout à sa venue… Oh! comment pourrai-je recevoir dans ma maison mon Dieu? Dans mes bras Dieu? J’en mourrai de joie!… Je ne pourrai jamais oser le toucher!…”
“Tu le pourras, comme moi je le pourrai, avec la grâce de Dieu.”
“Mais toi, c’est toi. Moi, je suis un pauvre homme, le plus pauvre des fils de Dieu!…”
“Jésus Le nom leur a été révélé par l'ange, lors de l'Annonciation et lors du songe. vient pour nous qui sommes pauvres, pour nous faire riches en Dieu. Il vient vers nous deux, parce que nous sommes les plus pauvres et que nous le reconnaissons. Réjouis-toi, Joseph. La race de David a le Roi qu’elle attendait et notre maison devient plus fastueuse que le palais royal de Salomon, car ici il y aura le Ciel et nous partagerons avec Dieu le secret de paix que plus tard les hommes apprendront. Il grandira parmi nous et nos bras seront un berceau pour le Rédempteur qui grandit, et nos fatigues Lui procureront le pain… Oh! Joseph! Nous entendrons la voix de Dieu nous appeler “père et Mère!”. Oh!…” Marie pleure de joie. Des larmes si heureuses!
Et Joseph, agenouillé maintenant à ses pieds, pleure, la tête cachée dans l’ample vêtement de Marie qui descend en faisant des plis sur le pauvre carrelage de la petite pièce.
La vision se termine là.
26.6 – Marie dit:
“Que personne n’interprète d’une manière inexacte ma pâleur. Elle ne provenait pas d’une crainte humaine. Humainement j’aurais dû m’attendre à la lapidation. Mais ce n’était pas le motif de ma crainte. Je souffrais de la douleur de Joseph. Même la pensée qu’il m’aurait accusée ne me troublait pas en elle-même. Seulement il me déplaisait qu’en s’arrêtant à la pensée de m’accuser il manquât à la charité. Quand je le vis, mon sang ne fit qu’un bond à cause de cela. C’était le moment où un juste aurait pu offenser la Justice en manquant à la charité. Et qu’un juste y manquât, lui qui n’y manquait jamais, cela m’aurait causé la plus extrême douleur.
26.7 – Si je n’avais pas porté l’humilité à son extrême limite comme je l’ai dit à Joseph, je n’aurais pas mérité de porter en moi Celui qui, pour effacer l’orgueil de la race humaine s’anéantissait, Lui, qui était Dieu, jusqu’à devenir un homme.
26.8 – Je t’ai fait voir cette scène À noter que la vision est à l'initiative de la Vierge Marie. qu’aucun évangile ne rapporte parce que je voulais attirer l’attention des hommes trop étrangère aux conditions essentielles pour plaire à Dieu et recevoir dans le cœur sa continuelle venue.
Foi. Joseph a cru aveuglément à la parole du messager céleste. Il ne demandait qu’à croire parce qu’il était sincèrement convaincu que Dieu est bon et qu’à lui, qui avait espéré dans le Seigneur, le Seigneur n’aurait pas réservé la douleur d’être trahi, trompé, bafoué par son prochain. Il ne demandait qu’à croire en moi, parce que, honnête comme il l’était, il ne pouvait penser qu’avec douleur que les autres ne le fussent pas. Il vivait la Loi, et la Loi dit: “Aime ton prochain comme toi-même Lévitique 19,18. ”. Nous nous aimons tellement que nous nous croyons parfaits même quand nous ne le sommes pas. Pourquoi alors cesser d’aimer le prochain à la pensée qu’il est imparfait?
Charité absolue La foi et la charité sont des vertus théologales, avec l'espérance qui n'est pas citée ici. . La charité qui sait pardonner, qui veut pardonner. Pardonner d’avance, en excusant dans son cœur les défauts du prochain. Pardonner tout de suite en accordant toutes les circonstances atténuantes au coupable.
Humilité absolue comme la charité. Savoir reconnaître qu’on a manqué, même par une simple pensée, et ne pas avoir l’orgueil, plus nuisible encore que la faute qui précède, de se refuser à dire: “Je me suis trompé”.
Dieu excepté, tout le monde se trompe. Quel est celui ou celle qui peut dire: “Je ne me trompe jamais”? Et l’humilité encore plus difficile: celle qui sait tenir cachées les merveilles de Dieu en nous, quand il n’est pas nécessaire de les faire connaître pour Lui en donner la louange, pour ne pas déprécier le prochain qui n’a pas reçu ces dons particuliers de Dieu. S’il le veut, oh! s’il le veut, Dieu se révèle Lui-même en son serviteur! Élisabeth me “vit” telle que j’étais, mon époux me reconnut pour ce que j’étais, quand ce fut l’heure pour lui de le savoir.
26.9 – Laissez au Seigneur le soin de vous proclamer ses serviteurs. Il en est amoureusement pressé, car toute créature qu’Il élève à une mission particulière, est une gloire nouvelle qui s’ajoute à la sienne infinie, parce que c’est le témoignage de ce qu’est l’homme tel que Dieu le voulait: une perfection mineure qui reflète son Auteur. Restez dans l’ombre et dans le silence, ô privilégiés de la Grâce, pour pouvoir entendre les uniques paroles qui sont “vie”, pour pouvoir mériter d’avoir au-dessus de vous et en vous le Soleil qui éternellement resplendit.
Oh! Lumière plus que bienheureuse, qui es Dieu, qui es la joie de tes serviteurs, resplendis sur ces serviteurs qui t’appartiennent, qu’ils en exultent en leur humilité en te louant, Toi seul qui disperses les orgueilleux, mais qui élèves les humbles qui t’aiment Cf. le Magnificat : Luc 1,52. , jusqu’aux splendeurs de ton Royaume.”