“Mais ne te fatigue-t-il pas réellement?” demande Élisabeth en montrant du doigt le métier à tisser.
“Non, sois tranquille.”
“Pour moi, cette chaleur me fatigue. J’ai été sans souffrir, mais maintenant le poids est lourd pour mes reins vieillis.” “Prends courage, tu seras bientôt libérée. Comme tu seras heureuse, alors!
22.7 – Pour moi, je ne vois pas l’heure de ma maternité. Mon Enfant! Mon Jésus! Comment sera-t-il?”
“Beau, comme toi, Marie.”
“Oh! non! Plus beau! Lui est Dieu, je suis sa servante. Mais j’ai voulu dire: sera-t-il blond ou brun? Aura-t-il les yeux comme un ciel tranquille ou comme les cerfs de montagnes?
Moi, je me le représente plus beau qu’un chérubin, avec une chevelure couleur d’or avec les yeux de la couleur de notre mer de Galilée quand les étoiles commencent à se lever sur l’horizon du ciel, une bouche petite et rouge comme une tranche de grenade quand elle s’ouvre à maturité, et les joues, et bien voilà comme le teint rosé de cette rose pâle, et deux petites mains qui tiendraient dans le calice d’un lys, tant elles sont petites et belles, et deux pieds petits au point de remplir le creux de la main et gracieux et veloutés plus qu’un pétale de fleur.
Vois. J’emprunte l’idée que je me fais de Lui à toutes les beautés que me suggère la terre. Et j’entends sa voix. En pleurant - il pleurera un peu, de faim ou de lassitude, mon Petit et ce sera toujours grande douleur pour sa Maman qui ne pourra… oh! non, elle ne pourra le voir pleurer sans avoir le cœur transpercé - son cri sera comme le bêlement qui nous arrive de ce petit agneau qui vient de naître et qui cherche la mamelle de sa mère et pour dormir la chaleur de sa toison. Son rire emplira de ciel mon cœur épris de ma Créature. Je puis être énamourée de Lui, parce qu’il est mon Dieu et mon amour d’amante ne s’oppose pas à ma consécration virginale. Son rire sera comme le roucoulement joyeux d’une petite colombe rassasiée et satisfaite dans la tiédeur de son nid. Je pense à ses premiers pas… un oiseau sautillant sur un pré fleuri. Le pré sera le cœur de sa Maman qui soutiendra ses petits pieds roses avec tout son amour pour qu’il ne rencontre rien qui le fasse souffrir. Comme je l’aimerai mon Enfant! Mon Fils!
22.8 – Joseph aussi l’aimera!”
“Mais tu devras le lui dire à Joseph!”
Marie s’assombrit et soupire, “Je devrais pourtant le lui dire… J’aurais voulu que le Ciel le lui fasse savoir car c’est très difficile d’en parler.”
“Veux-tu que je lui en parle? Que je le fasse venir pour la circoncision de Jean?…”
“Non. J’ai remis à Dieu le soin de l’instruire de son heureux sort de nourricier du Fils de Dieu. Il s’en chargera. L’Esprit m’a dit ce soir: “Tais-toi, laisse-Moi le soin, je te justifierai”. Et Il le fera. Dieu ne ment jamais. C’est une grande épreuve, mais avec l’aide de l’Éternel elle sera surmontée. En dehors de toi à qui l’Esprit l’a révélé, personne ne doit connaître par ma bouche la bienveillance du Seigneur à l’égard de sa servante.”
“J’ai toujours gardé le silence, moi aussi avec Zacharie qui en aurait éprouvé une grande joie. Il croit à ta maternité naturelle.”
“Je le sais et je l’ai aussi voulu par prudence. Les secrets de Dieu sont saints. L’ange du Seigneur n’avait pas révélé à Zacharie ma maternité divine. Il aurait pu le faire, si Dieu l’avait voulu car Dieu savait qu’était imminente l’époque de l’Incarnation de son Verbe en moi. Mais Dieu a tenu cachée cette joie lumineuse à Zacharie qui refusait comme impossible votre fécondité tardive. Je me suis conformée à la volonté de Dieu. Et, tu le vois, tu as su ce secret vivant en moi… Lui, n’a rien remarqué. Tant que ne tombera pas le voile de son incrédulité à l’égard de la puissance de Dieu, il vivra à l’écart de la lumière surnaturelle.”
Élisabeth soupire et garde le silence.
22.9 – Zacharie entre. Il présente des rouleaux à Marie. C’est l’heure de la prière avant le souper. C’est Marie qui prie à haute voix à la place de Zacharie. Puis ils prennent place à table.
“Quand tu ne seras plus ici, comme nous pleurerons de n’avoir personne qui nous dise les prières.” dit Élisabeth en regardant son mari muet.
“Tu prieras alors, Zacharie” dit Marie.
Il secoue la tête et écrit: “Je ne pourrai plus jamais prier pour les autres. J’en suis devenu indigne, du moment où j’ai douté de Dieu.”
“Zacharie: tu prieras. Dieu pardonne.” Le vieillard essuie une larme et soupire.
Après le repas, Marie retourne au métier à tisser. “C’est assez!” dit Élisabeth. “Tu te fatigues trop.”
“Le temps est très proche, Élisabeth. Je veux faire à ton enfant un trousseau digne de celui qui précède le Roi de la race de David.”
Zacharie écrit:
“De qui naîtra-t-il? Et où?”