J’ai cru que ce serait possible et que cette parole venait bien de Dieu, parce qu’en l’écoutant j’étais inondée de paix. Je n’ai pas pensé: “Je l’ai mérité.” Je ne me suis pas dit: “Désormais, le monde va m’admirer, car je suis semblable à Dieu en créant la chair de Dieu.” Non, je me suis anéantie dans l’humilité.
La joie a jailli de mon cœur comme la tige d’une rose en fleur. Mais elle s’est aussitôt parée d’épines aiguës et la douleur m’a étreinte comme ces branches autour desquelles s’enroulent les liserons. La douleur due à la souffrance de mon époux, c’est le spasme au sein de ma joie. La douleur due à la souffrance de mon Fils, ce sont les épines de ma joie.
Ève a recherché la jouissance, le triomphe, la liberté. Moi, j’ai accepté la douleur, l’anéantissement, l’esclavage. J’ai renoncé à ma vie tranquille, à l’estime de mon époux, à ma propre liberté. Je n’ai rien gardé pour moi. Je suis devenue la servante de Dieu dans mon corps, ma conduite et mon âme; je me suis fiée à lui non seulement pour la conception virginale, mais aussi pour la défense de mon honneur, pour la consolation de mon époux, pour le moyen de l’amener lui aussi à sublimer notre mariage, pour que nous devenions ceux qui rendent à l’homme et à la femme leur dignité perdue.
17.14 - J’ai embrassé la volonté du Seigneur sur moi, sur mon époux, sur mon enfant. J’ai dit “oui” pour tous les trois, avec la certitude que Dieu n’allait pas mentir à sa promesse de me secourir dans ma douleur d’épouse qui se voit jugée coupable et de mère qui se rend compte qu’elle enfante son fils pour le livrer à la souffrance.
“Oui”, ai-je dit. Oui, et cela suffit. Ce “oui” a effacé le “non” d’Ève au commandement de Dieu. “Oui, Seigneur, comme tu veux. Je connaîtrai ce que tu veux. Je vivrai comme tu le veux. Je connaîtrai la joie si tu le veux. Je souffrirai de ce que tu veux. Oui, toujours oui, mon Seigneur, depuis cet instant où ton rayon m’a rendue mère jusqu’au moment où tu m’as appelée à toi. Oui, toujours oui. Toutes les voix de la chair, toutes les inclinations de mes sens sont remises sous le poids de ce oui perpétuel. Plus haut se trouve mon âme, placée comme sur un piédestal de diamant. Il lui manque des ailes pour voler vers toi, mais elle maîtrise tout mon être dompté et asservi pour te servir dans la joie comme dans la douleur. Mais souris, mon Dieu, et sois heureux: la faute est vaincue, effacée, annihilée.
Elle gît sous mon talon Allusion à Genèse 3,15. Voir aussi Louis-Marie Grignion de Montfort, Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge, § 54. , elle est lavée par mes larmes, détruite par mon obéissance. De mon sein naîtra l’Arbre nouveau. Il portera le Fruit qui connaîtra le mal, intégralement Référence à la Passion. Voir aussi Philippiens 2, 7-8, «(Le Christ Jésus) s'est anéanti lui-même, en prenant la condition d'esclave, en se rendant semblable aux hommes, et reconnu pour homme par tout ce qui a paru de lui ; il s'est abaissé lui-même, se faisant obéissant jusqu'à la mort, et à la mort de la croix». , pour l’avoir souffert en lui-même, et il produira le bien, intégralement. Les hommes pourront venir à lui et je serai heureuse qu’ils le cueillent, même sans penser qu’il naît de moi. Pourvu que l’homme soit sauvé et Dieu aimé, qu’il soit fait de sa servante ce que l’on fait de la terre où un arbre se dresse: un tremplin pour s’élever.”
17.15 - Maria, il faut toujours savoir être un tremplin pour que les autres s’élèvent vers Dieu. Peu importe s’ils nous piétinent, pourvu qu’ils réussissent à marcher vers la croix. C’est le nouvel arbre qui porte le fruit de la connaissance du bien et du mal: il dit en effet aux hommes ce qui est mal et ce qui est bien pour qu’ils sachent choisir et vivre. Il sait en même temps devenir une liqueur capable de guérir les personnes empoisonnées par le mal auquel elles ont voulu goûter. Qu’importe si les pieds des hommes foulent notre cœur, pourvu que le nombre des rachetés croisse et que le sang de mon Jésus n’ait pas été versé sans produire de fruit. C’est là le sort des servantes de Dieu. Mais, ensuite, nous méritons de recevoir dans notre sein la sainte Hostie et de dire au pied de la croix baignée de son sang et de nos larmes: “Père, voici l’hostie immaculée que nous t’offrons pour le salut du monde. Garde-nous, Père, unies à elle et, par ses mérites infinis, donne-nous ta bénédiction. ”
Quant à moi, je te donne ma caresse. Prends du repos, ma fille, le Seigneur est avec toi.»
17.16. Ce nouveau chapitre regroupe en un seul, trois chapitres de l’ancienne édition.
Le mercredi 8 mars 1944.
17.16 - Jésus dit:
«Ces mots de ma Mère devraient dissiper toute hésitation même chez ceux qui s’embrouillent le plus dans les formules.
[…] Le texte, présent seulement dans l'édition de 1985, se trouve en annexe. .
J’ai parlé d’un “arbre métaphorique”, mais je dirai plutôt maintenant: “l’arbre symbolique”. Peut-être comprendrez-vous mieux. Le symbole en est évident: à voir comment les deux enfants de Dieu allaient agir à son égard, on allait comprendre si leurs tendances étaient tournées vers le bien ou vers le mal. De même que l’eau régale éprouve l’or L'eau régale sert, avec l'aide d'une pierre de touche, à déterminer la présence et la pureté de l'or d'un objet. Pour déterminer le poids de l'or dans un alliage, on en mesure la densité (poids/volume). 24 carats est considéré comme de l'or pur à 99,9% ("l'or fin"), mais, trop mou, il est peu usité en bijouterie. Le carat tire son nom de la graine de caroube d'un poids toujours égal équivalent à 0,20 gramme. C'est le Jésus contemporain qui parle ici. et que la balance de l’orfèvre en donne le poids en carats, cet arbre, devenu une “mission” de par le commandement de Dieu à son sujet, a donné la mesure de la pureté du métal d’Adam et d’Ève Dans un manuscrit inédit, Mgr Laurentin commente : Dès le paradis terrestre Dieu soumet l'Homme à la liberté de le choisir : Le mal s'introduisit par le bien : Ève fut séduite par un fruit qui était beau, de toute la beauté que lui avait donné son Créateur. Ce fruit, qui était beau et bon comme toute la Création de Dieu, était interdit par Dieu, c'était un test que Dieu avait mis face à la liberté humaine. Cette liberté était la faille par laquelle le péché pouvait s'introduire dans la bonté parfaite de l'Homme sorti des «mains» de son Créateur. Oui, le fruit était beau, bon et désirable pour l'appétit humain, comme tous les arbres du Jardin, mais celui-là était interdit. C'était un test négatif mettant l'Homme au risque de manquer à la confiance et à l'amour de Dieu. En étant attirée par sa beauté incontestable, la liberté humaine franchissait l'interdit de Dieu et s'altérait elle-même pour sa douloureuse destruction : ce symbole concentre la nature même du péché. .
17.17 - J’entends déjà votre objection: “Est-ce que leur condamnation n’a pas été exagérée, et puéril, le moyen employé pour qu’elle ait lieu?”.
Non. Si vous commettiez actuellement une telle désobéissance, vous qui êtes leurs héritiers, ce serait moins grave que ce ne le fut pour eux. Je vous ai rachetés, mais le venin de Satan reste toujours prêt à réapparaître, tout comme certaines maladies dont l’effet n’est jamais complètement neutralisé dans le sang. Eux deux, vos premiers parents, possédaient la grâce sans avoir jamais été déflorés par la disgrâce. Ils étaient par conséquent plus forts, plus soutenus par la grâce, cette source en eux d’innocence et d’amour. Puisque le don de Dieu était infini, leur chute malgré ce don était bien plus grave.
17.18 - Tout aussi symbolique est le fruit offert et mangé. C’était le fruit d’une expérience qu’ils ont voulu faire à l’instigation de Satan, contrairement au commandement de Dieu. Je n’avais pas interdit l’amour aux hommes. Je voulais simplement qu’il soit sans malice; de même que moi, je les aimais d’un pur amour, ils devaient s’aimer pareillement d’une sainte affection qu’aucune luxure ne viendrait souiller.
17.19 - Il ne faut pas oublier que la grâce est lumière et que celui qui la possède sait discerner ce qu’il est utile et bon de connaître. La Femme pleine de grâce a tout connu parce que la Sagesse – qui est grâce – l’instruisait, et elle sut se conduire saintement. Ève connaissait donc ce qu’il lui était bon de connaître. Rien de plus, parce qu’il est inutile de connaître ce qui n’est pas bon. Elle n’a pas cru dans les paroles de Dieu et ne fut pas fidèle à sa promesse d’obéissance. Elle a cru Satan, elle a rompu sa promesse, elle a voulu savoir ce qui n’était pas bon et l’a aimé sans remords; elle a corrompu et avili l’amour si saint que je lui avais offert.
Ange déchu, elle s’est roulée dans la fange et l’ordure, alors qu’elle pouvait courir, tout heureuse, au milieu des fleurs du paradis terrestre et voir sa descendance fleurir autour d’elle, comme un arbre se couvre de fleurs sans traîner son feuillage dans le bourbier.
17.20 - Ne soyez pas comme ces enfants insensés dont je parle En Matthieu 11,16-17 ; Luc 7,31-32 (cf. EMV 266.12). Même citation en EMV 45.9. dans l’Evangile: ils ont entendu chanter et se sont bouché les oreilles, ils ont entendu de la musique et n’ont pas dansé, ils ont entendu pleurer et ont voulu rire. Ne soyez pas mesquins ni négateurs. Acceptez la lumière, acceptez-la sans malice ni réticence, sans ironie ni incrédulité. Mais cela suffit sur ce sujet.
17.21 - Pour vous faire comprendre à quel point vous devez être reconnaissants à celui qui est mort pour vous afin de vous élever au Ciel et de vaincre la concupiscence satanique, j’ai voulu vous parler, en ce temps de préparation à Pâques, de ce qui a été le premier anneau de la chaîne par laquelle le Verbe du Père fut traîné à la mort, l’Agneau divin à l’abattoir.
J’ai voulu vous en parler parce que, actuellement, les neuf dixièmes d’entre vous êtes semblables à Ève, intoxiqués par le souffle et la parole de Lucifer: vous vivez, non pas pour vous aimer, mais pour vous rassasier de luxure, non pas pour le Ciel, mais pour la débauche. Vous n’êtes plus des créatures douées d’une âme et de raison, mais des chiens sans âme et sans raison. Vous avez tué votre âme et dépravé votre raison. En vérité, je vous dis que les bêtes sauvages vous dépassent par l’honnêteté de leurs amours.»