Quand je pense à eux, je les vois dans le repos, auprès des Patriarches, et je hâte par mon sacrifice l’avènement du Messie qui leur ouvrira les portes du Ciel. Sur la terre, c’est moi qui me tiens debout, ou plutôt c’est Dieu qui dirige sa pauvre servante en lui disant ses ordres. Et moi, je les accomplis, car c’est mon bonheur de les accomplir. Quand l’heure sera venue, je dirai à l’époux mon secret… et lui l’accueillera.”
“Mais Marie… quelles paroles trouveras-tu pour le persuader! Tu auras contre toi l’amour d’un homme, la Loi et la vie.”
“Avec moi j’aurai Dieu… Dieu ouvrira à la lumière le cœur de mon époux… La vie perdra l’aiguillon des sens et deviendra une fleur pure qui exhalera le parfum de la charité.
10.5 - La Loi… Anne ne m’appelle pas blasphématrice, mais je pense que la Loi va changer. Qui le fera, si elle est divine? Celui qui seul en a le pouvoir: par Dieu. Le temps est proche, plus que vous ne le pensiez, je vous le dis. En lisant Daniel Les soixante-dix semaines : Daniel 9,23-27. une grande clarté s’est faite en moi, venant du centre de mon cœur et mon esprit a compris le sens de ses secrètes paroles.
Elles seront abrégées, les soixante dix semaines à cause des prières des justes. Il sera changé le nombre des années? Non. La Prophétie ne ment pas. Mais non pas le cours du soleil, mais celui de la lune est la mesure du temps prophétique. Pour cela je vous dis: “Toute proche est l’heure où on entendra vagir le Fils d’une Vierge”.
Oh! que je voudrais que cette Lumière qui m’aime et qui me dit tant de choses, me dise où est l’heureuse Vierge qui enfantera le Fils de Dieu et le Messie de son Peuple! Je marcherais pieds nus et je parcourrais la terre. Ni froid, ni gel, ni poussière, ni canicule, ni fauves, ni faim ne m’arrêteraient pour la rejoindre et lui dire: “Accorde à ta servante et à la servante des serviteurs du Christ de vivre sous ton toit. Je tournerai la meule et le pressoir, mets-moi comme esclave à la meule, comme bergère à ton troupeau, à laver les langes de ton Enfant, aux cuisines, aux fours… où tu veux, mais accueille-moi. Que je le voie! Que j’entende sa voix! Que j’en reçoive un regard”. Et, si elle ne veut pas de moi, mendiante, à sa porte, je vivrai d’aumônes et de railleries sans un toit, exposée au bivouac et aux grandes chaleurs, pour entendre la voix du Messie enfant et l’écho de ses éclats de rire. Et puis, le voir passer… et peut-être un jour recevrai-je de Lui l’aumône d’un pain… Oh! si la faim me torture l’estomac et si je me sens défaillir après un si long jeûne, je ne mangerai pas cepain. Je le serrerai comme un sachet de perles contre mon cœur et je le baiserai pour sentir le parfum de la main du Christ et je n’aurai plus ni faim, ni froid, parce que ce contact me donnerait extase et chaleur, extase et nourriture… Ces sentiments sont attestés dans les révélations faites à sainte Élisabeth de Hongrie (1207-1231). Dom Prosper Guéranger (1805-1875), abbé de Solesmes, le mentionne dans son Année liturgique, à la date du 9 décembre : "Agée seulement de trois ans, elle (la Vierge Marie) est déjà initiée aux secrets du divin amour. «Je me levais toujours au milieu de la nuit, a-t-elle dit elle-même dans une révélation à sainte Elisabeth de Hongrie, et j'allais devant l'Autel du Temple, où je demandais à Dieu d'observer tous les préceptes de sa Loi, et je le suppliais de m'accorder les grâces dont j'avais besoin pour lui être agréable. Je lui demandais surtout qu'il me fît voir le temps où vivrait cette Vierge très sainte qui devait enfanter le Fils de Dieu. Je le priais de conserver mes yeux pour la voir, ma langue pour la louer, mes mains pour la servir, mes pieds pour marcher à ses ordres, mes genoux pour adorer le Fils de Dieu entre ses bras". Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus y fait allusion dans ses lettres : "Autrefois, dans votre humilité, vous souhaitiez d'être un jour la petite servante de l'heureuse Vierge qui aurait l'honneur d'être la Mère de Dieu" (Lettre du 19 octobre 1892 à Céline, pour sa fête (LT 137). ”
10.6 - “Tu devrais être la Mère du Christ, toi qui l’aimes à ce point! C’est pour cela que tu veux rester vierge?”
“Oh! non. Je suis misère et poussière. Je n’ose lever le regard vers la Gloire. C’est pour cela que, plus que le double Voile derrière lequel je sais qu’est l’invisible Présence de Jéhovah, j’aime regarder au dedans de mon cœur.
Là est le Dieu terrible du Sinaï; ici, en moi, je vois notre Père, un Visage qui resplendit d’amour, qui me sourit et me bénit parce que je suis toute petite comme un oisillon que le vent soulève sans en sentir le poids, et faible comme la tige du muguet sauvage qui ne sait que fleurir et parfumer et n’oppose au vent que la douceur de sa force parfumée et pure. Dieu, mon vent d’amour! Non, je n’ai pas cette ambition, mais à celui qui naîtra de Dieu et d’une Vierge, au Saint du Très Saint ne peut plaire que ce que au Ciel il a choisi pour sa Mère, et ce qui sur la terre Lui parle du Père céleste: la Pureté. Si la Loi méditait cela, si les rabbis qui l’ont amplifiée avec toutes les subtilités de leur enseignement, tournaient leurs esprits vers des horizons plus élevés et se plongeaient dans le surnaturel, laissant de côté l’humain et l’utile oubliant le But suprême de leurs recherches, ils devraient surtout orienter leur enseignement vers la Pureté pour que le Roi d’Israël la trouve à son arrivée. Avec l’olivier du Pacifique, les palmes du Triomphateur, répandez des lys et des lys et des lys…
Que de Sang devra-t-il répandre pour nous racheter, le Sauveur! Combien! Des mille et mille blessures qu’Isaïe vit sur l’Homme des douleurs, voici que tombe, comme la rosée d’un vase poreux, une pluie de Sang. Qu’il ne tombe pas où il y a profanation et blasphèmes, ce Sang divin, mais dans les calices d’odorante pureté qui l’accueillent et le recueillent pour le répandre sur les malades d’esprit, sur les âmes lépreuses, sur tous ceux qui, pour Dieu, sont morts. Donnez des lys, donnez des lys pour essuyer, avec la blanche robe des pures pétales, la sueur et les larmes du Christ! Donnez des lys, donnez des lys, pour l’ardeur de sa fièvre de Martyr! Oh! Où sera-t-il le Lys qui te portes? Où, celui qui étanchera ta soif? Où sera-t-il celui qui se teindra de ton Sang et mourra de douleur te voyant mourir? Où celui qui pleurera sur ton Corps exsangue? Oh! Christ! Oh! Christ! Mon Soupir!…” Marie se tait fondue en pleurs, effondrée.
10.7 - Anne se tait quelque temps, puis de sa voix blanche de femme âgée, émue elle dit:
“As-tu autre chose à m’enseigner, Marie?”
Marie revient à elle. Elle doit croire dans son humilité que sa maîtresse la blâme et dit: “Oh! pardon! Tu es maîtresse, je suis un pauvre rien, mais cette parole me jaillit du cœur. J’ai beau la surveiller pour ne pas parler. Mais c’est comme un fleuve qui dans son impétuosité croissante rompt les digues. Je suis prise et voilà elle est débordée. Ne tiens pas compte de mes paroles et mortifie ma présomption. Les paroles mystérieuses devraient rester dans l’arche secrète du cœur que Dieu par sa bonté bénéficie. Je le sais. Mais elle est si douce cette Invisible Présence que j’en suis toute ivre… Anne, pardonne à ta petite servante!”
Anne la serre contre son cœur. Tout le vieux visage ridé tremble et brille sous les pleurs. Les larmes s’insinuent entre les rides comme fait l’eau sur un terrain accidenté avant de se transformer en un tremblotant marécage. Mais la vieille maîtresse ne provoque pas le rire: bien plutôt, elle fait naître la plus grande vénération.
Marie est entre ses bras, son petit visage contre la poitrine de la vieille maîtresse… et tout finit ainsi.
La note doctrinale Mater populi fidelis du 4 novembre 2025 ne met pas en doute la participation de Marie à la Rédemption ; elle rappelle simplement qu'il faut une terminologie qui respecte la primauté du Rédempteur : Jésus. Le terme corédemptrice, bien qu'historique et bien qu'ayant remplacé le terme plus ancien de Rédemptrice dans l'usage liturgique, lui semble porteur d'ambigüité et donc d'usage inopportun. Cependant cette discipline de langage ne doit pas occulter la participation Marie à la Rédemption. Marie est la première et la plus parfaite coopératrice du Christ, la "nouvelle Ève" qui, par son "oui", rend possible l'incarnation et, par sa maternité spirituelle, continue d'intercéder pour l'humanité. Les affirmations des encycliques et d'autres écrits, antérieurs à cette note, restent valables lorsqu'elles sont comprises à la lumière de cette coopération subordonnée, et non comme une attribution d'un pouvoir rédempteur égal à celui de Jésus.10.8 - Jésus dit:
“Marie se rappelait de Dieu. Elle rêvait Dieu. Elle croyait rêver. Elle ne taisait que revoir tout ce que son esprit avait vu dans la splendeur du Ciel de Dieu, à l’instant où elle avait été créée pour être unie à la chair conçue sur la terre.
Elle partageait avec Dieu, bien que d’une manière très inférieure, comme la justice l’exigeait, une des propriétés de Dieu: celle de se souvenir, de voir et de prévoir par l’attribut d’une intelligence puissante et parfaite parce qu’elle n’était pas blessée par la Faute.
10.9 - L’homme est créé à l’image et à la ressemblance de Dieu. Une des ressemblances réside dans la possibilité pour l’esprit de se souvenir, de voir et de prévoir. Ceci explique la possibilité de lire dans le futur. Cette faculté s’exerce de par le vouloir de Dieu, très souvent d’une manière directe, d’autres fois par un souvenir qui se lève comme le soleil sur une matinée, éclairant un point précis de l’horizon des siècles, déjà observé au sein de Dieu. Ce sont des mystères qui sont trop élevés pour que vous puissiez les comprendre pleinement. Mais réfléchissez.
Cette Intelligence Suprême, cette Pensée qui connaît tout, cette Vue qui voit tout, qui vous a créés d’un acte de sa volonté, et d’un souffle de son amour infini, en vous faisant ses fils par votre origine, ses fils aussi par votre destinée, peut-Elle vous donner une chose qui soit différente de Lui? Il vous la donne en partie infinitésimale, parce que la créature ne saurait contenir le Créateur. Mais cette participation est complète et parfaite en son infinie petitesse.
Quel trésor d’intelligence Dieu n’avait-Il pas donné à l’homme, à Adam! La faute l’a amoindri, mais mon Sacrifice le rétablit et ouvre les splendeurs de l’Intelligence, ses fleuves, sa science. Oh! sublimité de l’esprit humain uni par la Grâce à Dieu, partageant avec Lui sa capacité de connaissance!… De l’esprit humain uni par la Grâce à Dieu.
Il n’existe pas d’autre mode de connaissance. Qu’ils le rappellent ceux qui recherchent curieusement des secrets qui dépassent les capacités humaines. Toute connaissance de ce genre qui ne vient pas d’une âme en état de grâce - et elle n’est pas en grâce une âme qui s’oppose à la Loi de Dieu dont les ordres sont bien clairs - ne peut venir que de Satan. Il est difficile qu’elle corresponde à la vérité dans la mesure où elle se réfère aux arguments humains et n’y correspondent jamais dans la mesure où elle se réfère au supra humain, parce que le Démon est le père du mensonge et il entraîne avec lui sur le sentier du mensonge. Il n’y a aucune autre méthode pour connaître le vrai, que celle qui vient de Dieu. Il nous parle et dit ou rappelle à notre mémoire, comme un père rappelle à son fils un souvenir qui a trait à la maison paternelle et nous dit: “Te rappelles-tu quand avec moi tu as fait telle chose, tu as vu ceci, entendu cela? Te rappelles-tu quand tu as reçu mon baiser à ton départ? Te rappelles-tu quand tu as vu pour la première fois le soleil éclatant de mon visage sur ton âme vierge sitôt créée et encore pure, parce qu’à peine sortie de Moi, de la souillure qui t’a ensuite amoindri? Te souviens-tu quand tu as compris dans un battement d’amour de ton cœur, ce que c’est que l’Amour? Quel est le mystère de notre Être et Procéder?” Et là, où la capacité limitée de l’homme en état de grâce ne peut parvenir, voilà l’Esprit de Science qui parle et instruit.
Mais pour posséder l’Esprit, il faut la Grâce. Mais, pour posséder la Vérité et la Science, il faut la Grâce. Pour avoir avec soi le Père, il faut la Grâce. C’est la Tente où les Trois Personnes établissent leur demeure, le Propitiatoire sur lequel se pose l’Éternel et parle, non pas de l’intérieur d’une nuée, mais en dévoilant sa Face à son fils fidèle.
Les saints se ressouviennent de Dieu, des paroles entendues dans la Pensée Créatrice, et que la Bonté fait ressusciter en leurs cœurs, pour les élever comme des aigles, dans la contemplation du Vrai, dans la connaissance du Temps.
10.10 - Marie était la Pleine de Grâce. Toute la Grâce Une et Trine était en Elle. Toute la Grâce Une et Trine la préparait comme Épouse aux Noces, comme Lit Nuptial pour sa Descendance, comme Divine pour sa Maternité et à sa mission. C’est Elle qui ferme le cycle des Prophétesses de l’Ancien Testament, et ouvre celui des “porte-parole de Dieu” dans le Nouveau Testament.
Arche véritable de la Parole de Dieu, en regardant en son sein, éternellement inviolé, Elle découvrait, tracées par le Doigt de Dieu sur son cœur immaculé, les paroles de la Science éternelle et se souvenait, comme tous les saints, de les avoir entendues lorsqu’Elle avait été engendrée avec son esprit immortel par Dieu, Père Créateur de tout ce qui a la vie. Et si Elle ne se rappelait pas tout de sa future mission, c’était pour cette raison qu’en toute perfection humaine Dieu laisse des lacunes, dues à une divine prudence qui est bonté pour sa créature en lui fournissant des occasions de mérites. Seconde Ève, Marie a dû conquérir sa part de mérite pour être la Mère du Christ par sa fidèle, bonne volonté, que Dieu a voulue même de la part de son Christ pour en faire un Rédempteur.
L’esprit de Marie était au Ciel. Son état moral et sa chair sur la terre, et il lui fallait iouler aux pieds la terre et la chair pour rejoindre l’esprit et l’unir à l’Esprit dans un embrassement fécond.”
10.11 - Note personnelle. Toute la journée d’hier, j’avais pensé voir l’annonce de la mort des parents et, je ne sais pourquoi, donnée par Zacharie. De la même façon, je pensais, à ma manière, comment Jésus traiterait le point du “souvenir de Dieu de la part des saints”. Ce matin, quand la vision a commencé, je me suis dit: “Voilà, maintenant on va dire que (Marie) est orpheline” et j’en avais déjà le cœur serré… C’était la même tristesse de ces jours derniers que j’avais éprouvée et perçue. Au contraire, la vision n’était rien de ce que j’avais pensé voir et entendre, pas même avec une simple allusion.
Cela me console parce que je me dis que de mon propre fond il n’y a rien à attendre pas même une simple prévision sur un point donné. Tout, exactement tout vient d’une autre source. Ma peur continuelle cesse… jusqu’à la prochaine fois. En effet, elle ne cessera jamais de m’accompagner, cette crainte de me tromper et de tromper les autres.