41 – La discussion de Jésus avec les docteurs au Temple. L’angoisse de la Mère et

la réponse du Fils

28 janvier 1944 / 29 janvier 1944

Le vendredi 28 janvier 1944

(édition de 1985).

41.1 - Je vois Jésus. C’est un adolescent. Vêtu d’une tunique qui me semble de lin blanc et lui descend jusqu’aux pieds. Il se drape par-dessus dans une étoffe rectangulaire d’un rouge clair. Il est tête nue avec des cheveux longs qui lui descendent à moitié des oreilles, plus foncés que lorsque je l’ai vu plus petit. C’est un garçon robuste, très grand pour son âge, mais dont le visage est vraiment enfantin.

Il me regarde et me sourit en me tendant les mains. Un sourire pourtant qui ressemble déjà à celui que je Lui vois adulte: doux et plutôt sérieux. Il est seul. Je ne vois rien d’autre en ce moment. Il est appuyé à un petit mur au-dessus d’une ruelle toute en montées et descentes, pierreuse avec au milieu un creux qui, par temps de pluie, se transforme en ruisseau. Pour l’heure il est à sec car la journée est belle.

Il me semble de m’approcher aussi du muret et de regarder à l’entour et en bas comme fait Jésus. Je vois un groupe de maisons rassemblées sans alignement. Il y en a de hautes, de basses et orientées dans tous les sens. Cela ressemble - la comparaison est pauvre mais assez juste - à une poignée de cailloux blancs jetés sur un terrain sombre.

Les rues et ruelles apparaissent comme des veines au milieu de cette blancheur. Çà et là des arbres sortent d’entre les murs. Beaucoup sont en fleurs et beaucoup couverts de feuilles nouvelles. Ce doit être le printemps.

À gauche, par rapport à moi qui regarde, il y a une grande agglomération, disposée sur trois rangées de terrasses couvertes de bâtiments, et puis des tours, des cours et des portiques au centre desquels se dresse un bâtiment plus haut, majestueux, très riche, à coupoles rondes qui brillent au soleil comme si elles étaient couvertes de métal, cuivre ou or. Le tout est entouré d’une muraille crénelée, de créneaux à la façon de M comme si c’était une forteresse Le Temple. Les murailles crénelées en forme de M, devaient ressemblées à celles-ci. . Une tour plus haute que les autres à cheval sur une rue plutôt étroite et qui est en saillie domine nettement cette vaste agglomération. On dirait une sentinelle sévère L'Antonia. .

Jésus regarde fixement cet endroit, puis il se retourne appuyant de nouveau le dos au muret comme il était d’abord, puis il regarde un petit monticule qui est en face de l’agglomération, un monticule couvert de maisons jusqu’à la base et ensuite dénudé Le Golgotha. . Je vois qu’une rue se termine là avec un arceau au-delà duquel il n’y a plus qu’une rue pavée de pierres quadrangulaires, irrégulières et mal assemblées. Elles ne sont pas exagérément grandes comme les pierres des routes consulaires romaines. Elles ressemblent plutôt aux pierres classiques des vieux trottoirs de Viareggio (je ne sais s’ils existent encore) mais mal assemblées. Une mauvaise route. Le visage de Jésus devient tellement sérieux que je me mets à chercher sur ce monticule la cause de cette mélancolie. Mais je ne trouve rien de spécial. C’est une hauteur dénudée. C’est tout. En revanche, je perds Jésus. En effet, quand je me retourne, il n’est plus là. Et je m’assoupis avec cette vision.

41.2 - …Quand je me réveille, avec au cœur le souvenir de cette vision, après avoir retrouvé un peu de forces et de calme, car tout le monde dort, je me trouve dans un endroit que je n’ai jamais vu. Il y a des cours, des fontaines, des maisons, ou plutôt des pavillons que des maisons. Cela semble être en effet plutôt des pavillons que de maisons. Il y a là une foule nombreuse, habillée à l’ancienne mode hébraïque et beaucoup de cris. En regardant autour de moi, je me rends compte que je suis à l’intérieur de cette agglomération que Jésus regardait. Je vois en effet la muraille crénelée qui l’entoure, la tour qui fait sentinelle et l’imposant bâtiment qui se dresse au centre et sur lequel s’appuient les portiques très beaux et vastes où se trouve une foule occupée qui à une chose, qui à une autre.

Je me rends compte que je me trouve dans l’enceinte du Temple de Jérusalem. Je vois des pharisiens en longs vêtements flottants, des prêtres vêtus d’habits de lin avec une plaque de métal précieux au sommet de la poitrine et sur le front et d’autres points qui luisent çà et là sur les vêtements très amples et blancs que retient à la taille une ceinture de grand prix. Puis, il y en a d’autres, moins chamarrés qui doivent encore appartenir à la caste sacerdotale et qui sont entourés de disciples plus jeunes. Je vois que ce sont des docteurs de la Loi.

Je me trouve égarée au milieu de tous ces personnages, ne sachant pas bien ce que j’ai à faire là-dedans.

41.3 - Je m’approche d’un groupe de docteurs où a débuté une discussion théologique. Une grande foule s’en approche aussi.

Parmi les “docteurs” il y a un groupe à la tête duquel se trouve un certain Gamaliel avec un autre, âgé et presque aveugle, que soutient Gamaliel au cours de la discussion. Celui-là, je l’entends appeler Hillel Hillel l’Ancien : (-70 à + 10 environ) Docteur et président (Nassi) du Sanhédrin. Il fut le chef d’une école qui interprétait la Loi d’une manière libérale. Sa présence est cohérente. Il ne tardera pas à mourir si on en croit la date de sa mort. (je mets l’H parce que je vois qu’il y a une aspiration au début du nom), il semble le maître ou le parent de Gamaliel C'est son grand-père. parce que ce dernier le traite avec confiance et respect en même temps. Le groupe de Gamaliel a des vues plus larges, alors qu’un autre groupe, et c’est le plus nombreux, est dirigé par un certain Chammaï (Shammaï) Shammaï : Docteur pharisien, lui aussi du 1er siècle avant J.C. Rival de Hillel, son école se distinguait par une interprétation rigoriste de la Loi et des Traditions. et est caractérisé par une intransigeance haineuse et rétrograde que l’Évangile met si bien en lumière.

Gamaliel, entouré d’un groupe important de disciples, parle de la venue du Messie. S’appuyant sur la prophétie de Daniel, il soutient que le Messie doit être déjà né. En effet, depuis une dizaine d’années environ, les soixante-dix semaines indiquées par la prophétie sont accomplies, à dater du décret de reconstruction du Temple Daniel 9,24-25 : Une période de soixante-dix fois sept ans a été fixée pour ton peuple et pour la ville où tu demeures; c’est nécessaire pour que la désobéissance prenne fin, que les fautes cessent et que les péchés soient pardonnés, pour que la justice éternelle se manifeste, que la vision et la prophétie s’accomplissent et que le temple de Dieu soit consacré de nouveau. 25 Voici donc ce que tu dois savoir et comprendre: depuis l’instant où a été prononcé le message concernant le retour d’exil et la reconstruction de Jérusalem, jusqu’à l’apparition du chef consacré, il y a sept périodes de sept ans. Ensuite, pendant soixante-deux périodes de sept ans, la ville et ses fortifications seront reconstruites, mais les temps seront difficiles. 26 À la fin de ces soixante-deux périodes, un homme consacré sera tué sans que personne ne le défende. Puis un chef viendra avec son armée et détruira la ville et le sanctuaire. Toutefois ce chef finira sous le déferlement de la colère divine. Mais jusqu’à sa mort il mènera une guerre dévastatrice, comme cela a été décidé. 27 Pendant la dernière période de sept ans, il imposera de dures obligations à un grand nombre de gens. Au bout de trois ans et demi, il fera même cesser les sacrifices et les offrandes. Ce dévastateur accomplira ses œuvres abominables avec rapidité, jusqu’à ce que la fin qui a été décidée s’abatte sur lui. . Chammaï le combat en affirmant que s’il est vrai que le Temple a été reconstruit, il n’est pas moins vrai que l’esclavage d’Israël n’a fait que croître et que la paix qu’aurait dû apporter avec lui Celui que les Prophètes appellent “le Prince de la paix” est bien loin d’exister dans le monde et spécialement à Jérusalem opprimée par un ennemi qui ose pousser sa domination jusqu’à l’enceinte du Temple dominée par la Tour Antonia remplie de légionnaires romains, prêts à apaiser avec leur épée tout soulèvement patriotique.

La discussion, pleine d’arguties, tire en longueur: chaque maître fait étalage d’érudition pas tant pour vaincre son rival que pour s’imposer à l’admiration des auditeurs. Cette intention est évidente.

41.4 - Du groupe compact de ses fidèles sort une fraîche voix d’enfant:

“C’est Gamaliel qui a raison.”

Mouvement de la foule et du groupe des docteurs. On cherche l’interrupteur. Mais pas besoin de le chercher; il ne se cache pas. Il se manifeste et s’approche du groupe des “rabbi”. Je reconnais mon Jésus adolescent. Il est sûr de Lui et franc, avec des yeux intelligents qui étincellent.

“Qui es-tu?” Lui demande-t-on.

“Un fils d’Israël venu accomplir ce que la Loi ordonne.”

La réponse hardie et sûre d’elle-même le rend sympathique et Lui vaut des sourires d’approbation et de bienveillance. On s’intéresse au petit Israélite.

“Comment t’appelles-tu?”