“Nous laisserons les courtepointes et les nattes, dit-il en ficelant les couvertures. Même si je prends trois ânes, je ne peux trop les charger. Nous avons à parcourir une longue et pénible route, en partie à travers les montagnes et en partie dans le désert. Couvre bien Jésus. Les nuits seront tellement froides dans les montagnes et le désert. J’ai pris les cadeaux des Mages qui nous seront utiles là-bas. Tout ce que j’ai, je le dépense pour acheter les deux ânes. Nous ne pouvons pas les renvoyer et je dois payer comptant. Je vais sans attendre l’aube. Je sais où les trouver. Toi, finis de tout préparer” et il sort.
Marie recueille encore quelque objet, puis après avoir observé Jésus, elle sort et revient avec des petits vêtements qui paraissent encore humides, peut-être lavés de la veille. Elle les plie, les enroule dans un linge et les met avec le reste. Plus rien. Elle se tourne et voit dans un coin un petit jouet de Jésus: une petite brebis taillée dans le bois. Elle la prend en sanglotant et l’embrasse. Le bois porte les traces des petites dents de Jésus et les oreilles de la brebis sont toutes mordillées. Marie caresse cet objet sans valeur, taillé dans un morceau de bois blanc, mais de si grand prix pour elle parce qu’il lui dit l’affection de Joseph pour Jésus et lui parle de son Bébé. Elle le joint aux autres objets sur le coffre fermé.
35.4 - Maintenant il n’y a vraiment plus rien. Jésus seulement dans son berceau. Marie pense qu’il faudrait bien préparer le Bébé. Elle va au berceau et le remue un peu pour réveiller le Petit. Mais il gémit un instant, se retourne et continue de dormir. Marie caresse doucement les boucles de ses cheveux. Jésus ouvre sa petite bouche pour bailler. Marie se penche et le baise sur la joue. Jésus achève de se réveiller. Il ouvre les yeux. Il voit la Maman et sourit et tend ses mains vers son sein.
“Oui, amour de ta Maman. Oui, le lait. Avant l’heure habituelle… Mais tu es toujours prêt à sucer ta Maman, mon saint petit agneau!”
Jésus rit et joue en agitant ses petits pieds hors des couvertures agitant les bras avec une de ces joies enfantines, si charmantes à voir. Il appuie ses pieds contre l’estomac de sa Maman, se courbe et appuie sa tête blonde sur son sein. Puis il se rejette en arrière et rit en saisissant les cordons qui ferment le vêtement de Marie et en essayant de l’ouvrir. Dans sa chemisette de lin, il apparaît très beau, grassouillet, rose comme une fleur.
Marie se penche et restant ainsi en travers du berceau dont elle se fait une protection, elle pleure et rit à la fois, pendant que le Bébé babille avec ces paroles – qui n’en sont pas - de tous les bébés et où on distingue nettement “Maman”. Il la regarde étonné de la voir pleurer. Il étend la main vers les larmes claires qui sillonnent les joues de Marie et la mouille en faisant des caresses. Puis dans cette délicieuse attitude, il s’appuie de nouveau sur le sein maternel, se serre tout contre en le caressant de sa petite main.
Marie baise sa chevelure, le prend, s’assied et l’habille. Voilà: le petit vêtement de laine est enfilé et ses pieds ont chacun des sandales minuscules. Elle lui donne le lait et Jésus suce avidement le bon lait de sa Maman. Quand il lui semble qu’à droite il n’en vient plus qu’un peu, il s’en va chercher à gauche et rit, et ce faisant il regarde par en dessous sa Maman. Puis il s’endort, la tête sur le sein de Marie, sa petite joue rose et ronde contre le sein blanc et arrondi de sa Mère.
Marie se relève, doucement et le dépose sur la courte pointe de son lit. Elle le couvre de son manteau. Elle va au berceau et plie les petites couvertures. Elle se demande si elle doit prendre aussi le petit matelas. Il est si petit! Elle peut le prendre, Elle le met, avec l’oreiller, près des objets qui sont déjà sur le coffre; Et elle pleure sur le berceau vide, pauvre Maman, persécutée dans sa Créature!
35.5 - Joseph revient: “Es-tu prête? Jésus l’est-il aussi? As-tu pris ses couvertures, sa petite couchette? Nous ne pouvons emporter le berceau, mais au moins qu’il ait son petit matelas, le pauvre Petit qu’ils cherchent à faire mourir!”
“Joseph!” Elle pousse un cri pendant qu’elle s’accroche au bras de Joseph.
“Oui, Marie, à le faire mourir! Hérode veut sa mort… parce qu’il en a peur… pour son pouvoir royal, il a peur de cet Innocent, ce fauve immonde. Que fera-t-il quand il apprendra qu’il est en fuite, je ne sais. Mais nous serons loin alors. Je ne crois pas qu’il se vengera en le cherchant jusqu’en Galilée. Déjà il serait trop difficile de découvrir que nous sommes Galiléens et encore moins de Nazareth, et qui nous sommes, exactement. A moins que Satan ne l’aide pour le remercier d’être pour lui un serviteur dévoué. Mais… si cela arrivait… Dieu nous aidera de son côté. Ne pleure pas Marie. Te voir pleurer m’afflige bien plus que de devoir partir pour l’exil. ”
“Pardonne-moi, Joseph! Ce n’est pas pour moi que je pleure; ni pour le peu de bien que je perds. C’est pour toi… Tu as déjà dû tellement te sacrifier! Et maintenant tu vas te trouver sans clients, sans maison! Combien je te coûte, Joseph!”
“Combien? Non, Marie. Tu ne me coûtes pas. Tu me consoles. Toujours. Ne pense pas à demain. Nous avons les richesses des Mages. Elles nous aideront pour les premiers temps. Puis, je trouverai du travail. Un ouvrier honnête et capable se débrouille, tout de suite. Tu as vu ici. Je n’arrivais pas à trouver du temps pour tout faire.”
“Je sais, mais qui te guérira de ta nostalgie?”
“Et toi, qui te guérira de la nostalgie de la maison qui t’est si chère?”
“Jésus. En le possédant j’ai encore ce que j’ai eu là-bas.”
“Et moi, possédant Jésus, je possède la patrie que j’espérais retrouver il y a quelques mois. Je possède mon Dieu. Tu vois que je n’ai rien perdu de ce qui par-dessus tout m’est cher. Il nous suffit de sauver Jésus et alors tout nous reste. Même si nous ne devions plus voir ce ciel, ces campagnes et celles plus chères de la Galilée, nous aurions tout parce que nous l’avons, Lui.
35.6 - Viens, Marie, l’aube commence à poindre il est temps de saluer notre hôtesse et de charger nos affaires. Tout ira bien.”
Marie se lève obéissante. Elle s’enveloppe dans son manteau pendant que Joseph fait un dernier paquet qu’il emporte en sortant.
Marie soulève délicatement le Bébé, l’enveloppe dans un châle et le serre sur son cœur. Elle regarde les murs qui l’ont abritée des mois durant et les effleure de la main. Bienheureuse maison qui as mérité d’être aimée et bénie par Marie! Elle sort. Elle traverse la petite pièce qui était celle de Joseph, elle entre dans l’autre pièce. La propriétaire Anne de Bethléem. , toute en larmes, l’embrasse et la salue. Soulevant un coin du châle, elle baise au front le Bébé qui dort tranquille. Ils descendent le petit escalier extérieur.
Il y a une première clarté de l’aube qui permet tout juste de distinguer les objets. Dans cette pénombre on aperçoit les trois montures. La plus robuste porte les charges. Les autres ont la selle. Joseph s’applique à bien disposer le coffre et les paquets sur le bât du premier âne. Je vois empaquetés et posés sur le haut du sac les outils de charpentier. De nouveau, adieux et larmes, puis Marie monte sur son âne, pendant que la propriétaire tient Jésus à son cou et le baise une dernière fois avant de le rendre à sa Mère, Joseph aussi monte en selle après avoir attaché son âne à celui qui porte les bagages pour être libre de tenir l’ânon de Marie.
La fuite commence pendant que Bethléem, qui rêve encore à la scène fantasmagorique des Mages, dort tranquillement, inconsciente de ce qui l’attend Matthieu 2,16 "Alors Hérode, voyant quil avait été joué par les mages (qui ne sont pas revenus le voir), fut pris dune violente fureur et envoya mettre à mort, dans Bethléem et tout son territoire, tous les enfants de moins de deux ans, daprès le temps quil sétait fait préciser par les mages." Voir la fiche sur le massacre des innocents. Plus de 2.000 jeunes enfants à Bethléem et dans les environs, selon les souvenirs amplifiés des témoins, est raconté en (EMV 73) Mais dans une dictée à Maria Valtorta, Jésus corrige cette exagération (Cahiers, 28 février 1947). .