30 – L’annonce aux bergers, premiers adorateurs du Verbe fait homme

7 juin 1944

Vision du mercredi 7 juin 1944 (Vigile du Corps du Christ)

[…] Dans l’édition de 1985, figurait ici les réflexions de Maria Valtorta sur sa joie de voir Jésus et Marie. Ces notes sont consignées dans les Cahiers de 1944 à la date du 7 juin, la même date que la vision qu’elle reçoit juste après.

30.1 - Plus tard je vois une vaste étendue de campagne. La lune est au zénith et elle cingle tranquille dans un ciel tout constellé. Les étoiles paraissent des clous de diamant enfoncés dans un immense baldaquin de velours bleu foncé. Et la lune rie au milieu avec sa figure toute blanche d’où descendent des fleuves de lumière laiteuse qui donnent une teinte blanche au paysage. Les arbres dépouillés de leur feuillage se détachent plus grands et sombres sur cette blancheur, pendant que les murets qui surgissent çà et là ressemblent à du lait caillé. Une maisonnette, dans le lointain, semble être un bloc de marbre de Carrare.

Sur ma droite, je vois une sorte de hangar qui est construit partie en maçonnerie, partie en bois. De là, sort de temps en temps un bêlement intermittent et bref. Ce doit être des brebis qui rêvent ou qui croient l’aube proche à cause du clair de lune. C’est une clarté, excessive même, tant elle est intense, et qui s’accroît comme si l’astre s’approchait de la terre ou étincelait par suite d’un mystérieux incendie.

30.2 - Un berger s’avance sur le seuil. Il lève le bras à hauteur du front pour ménager ses yeux et regarde en l’air. Il semble impossible qu’on doive s’abriter de la clarté de la lune, mais elle est si vive qu’elle éblouit, en particulier celui qui sort d’un enclos, d’ordinaire ténébreux. Tout est calme, mais cette clarté est étonnante.

Le berger appelle ses compagnons. Ils vont tous à la porte. Un tas d’hommes hirsutes, de tous âges. Il y a des adolescents et d’autres qui déjà blanchissent. Ils commentent le fait étrange et les plus jeunes ont peur, spécialement un garçon d’une douzaine d’années qui se met à pleurer, s’attirant les moqueries des plus vieux.

“De quoi as-tu peur, sot que tu es?” lui dit le plus vieux Peut-être Samuel. . “Tu ne vois pas que l’air est tranquille? Tu n’as jamais vu un clair de lune? Es-tu toujours resté sous la robe de la maman comme un poussin sous la poule couveuse? Mais, tu en verras des choses! Une fois j’étais allé vers les monts du Liban, plus loin encore. Je montais. J’étais jeune et la marche ne me fatiguait pas. J’étais riche aussi à cette époque… Une nuit, je vis une lumière telle que je pensai qu’Élie allait revenir avec son char de feu. Le ciel était tout embrasé. Un vieux - le vieux c’était lui - me dit: “Un grand événement va bientôt se produire dans le monde. Et pour nous ce fut un événement: l’arrivée des soldats de Rome. Oh! tu en verras si tu vis…”

30.3 - Mais le petit berger ne l’écoute déjà plus. Il semble n’avoir plus peur. En effet, il quitte le seuil et s’esquive de derrière les épaules d’un berger musclé derrière lequel il s’était réfugié et sort dans le parc qui se trouve devant le hangar. Il regarde en l’air et marche comme un somnambule ou comme s’il était hypnotisé par quelque chose qui le captive totalement. À un moment il crie: “Oh!” et reste comme pétrifié, les bras légèrement ouverts. Les autres se regardent, étonnés.

“Mais qu’a donc ce sot?” dit quelqu’un.

“Demain je le ramène à sa mère. Je ne veux pas d’un fou pour garder les brebis” dit un autre.

Et le vieux qui a parlé précédemment dit alors: “Allons voir avant de juger. Appelez aussi les autres qui dorment et prenez des bâtons. Il y a peut-être une mauvaise bête ou des malandrins…”

Ils rentrent, ils appellent les autres bergers et sortent avec des torches et des matraques. Ils rejoignent l’enfant.

“Là, là” murmure-t-il en souriant. “Au-dessus de l’arbre regardez cette lumière qui arrive. On dirait qu’elle s’avance sur un rayon de lune. La voilà qui approche. Comme elle est belle!”

“Moi, je ne vois qu’une clarté un peu vive.”

“Moi aussi.”

“Moi aussi” disent les autres.

“Non. Je vois quelque chose qui ressemble à un corps” dit un autre en qui je reconnais le berger qui a donné le lait à Marie.

“C’est un… c’est un ange!” crie l’enfant. “Le voilà qui descend et s’approche… Par terre! À genoux devant l’Ange de Dieu!”

Un “oh!” prolongé et respectueux s’élève du groupe des bergers qui tombent le visage contre terre et paraissent d’autant plus frappés par l’apparition qu’ils sont plus âgés. Les plus jeunes sont à genoux et regardent l’ange qui s’approche toujours plus, et s’arrête en l’air déployant ses grandes ailes, blancheur de perles dans la blancheur lunaire qui l’enveloppe, au-dessus du mur d’enceinte.

“Ne craignez pas, je ne vous porte pas malheur. Je vous apporte la nouvelle d’une grande joie pour le peuple d’Israël et pour tous les peuples de la terre.”

La voix angélique, c’est une harpe harmonieuse qui accompagne des voix de rossignols.

“Aujourd’hui, dans la cité de David, est né le Sauveur.”