“Oui, viens Marie, s’il t’est pénible de vivre seule. La campagne est belle au printemps et notre maison est au milieu des champs en fleurs. Là, tu seras la plus belle fleur” dit Marie d’Alphée.
“Je te remercie Marie. Bien volontiers je viendrai. Je viendrai de temps en temps et sans faute pour les noces. Mais je désire tant de voir, de reconnaître ma maison. J’étais toute petite quand je l’ai quittée et j’ai oublié son aspect… Maintenant je le retrouve… et il me semble de retrouver ma mère que j’ai perdue, mon père bien aimé, de retrouver l’écho de leurs paroles et le parfum de leur dernier soupir. Il me semble n’être plus orpheline puisque autour de moi j’ai l’embrassement des murs,… Comprends-moi, Marie.”
La voix de Marie trahit son émotion et des larmes perlent à ses cils.
Marie d’Alphée répond:
“Comme tu veux, aimée. Je veux que tu me sentes comme une sœur et une amie et un peu aussi une mère parce que je suis de beaucoup plus âgée que toi.”
L’autre femme s’avance:
“Marie, je te salue. Je suis Sarah, l’amie de ta mère. Je t’ai vue naître. Et voilà Alphée Alphée déjà rencontré enfant en EMV 2.2/3 ainsi quen EMV 12.6 à lâge de dix-huit ans. Il sera toujours appelé Alphée (fils) de Sarah. , petit-fils d’Alphée et grand ami de ta mère. Ce que j’ai fait pour ta mère, je le ferai pour toi, si tu veux.
Vois-tu? Ma maison est la plus proche de la tienne et tes champs sont maintenant à nous. Mais, si tu veux venir, tu le peux à toute heure. Nous ferons un passage dans la haie et nous serons ensemble, tout en restant chacun chez soi. Voilà mon mari.”
“Je vous remercie tous et pour tout. De tout le bien que vous avez voulu faire aux miens et que vous voulez me faire. Que vous bénisse le Dieu Tout-Puissant.”
14.5 – Les lourdes caisses sont déchargées et portées à la maison. On entre, et je reconnais la petite maison de Nazareth, telle qu’elle est plus tard, dans la vie de Jésus.
Joseph prend Marie par la main - geste habituel - et il entre ainsi. Sur le seuil, il lui dit:
“Et à présent, sur ce seuil, je veux de toi une promesse. Que n’importe quelle chose survienne ou qui t’arrive tu n’aies d’autre ami, d’autre aide vers qui te tourner que vers Joseph et que, pour aucun motif tu n’aies à t’enfermer dans ta peine. Je suis tout entier à ta disposition, rappelle-toi et ce sera là ma joie de rendre heureux ton chemin et, puisque le bonheur n’est pas toujours en notre pouvoir, au moins de te le faire paisible et sûr.”
“Je te le promets, Joseph.”
On ouvre portes et fenêtres. Le soleil couchant entre, curieux. Marie, maintenant a quitté le manteau et le voile parce que, sauf les fleurs de myrte, elle a encore le vêtement de noces. Elle sort dans le jardin en fleurs. Elle regarde et sourit et avec toujours sa main dans celle de Joseph, elle fait le tour du jardin. Elle semble reprendre possession d’un lieu perdu.
Et Joseph lui montre ses travaux:
“Tu vois, ici, j’ai fait ce trou pour recueillir l’eau de pluie, car ces vignes ont toujours soif. À cet olivier, j’ai coupé les branches les plus vieilles pour le revigorer. J’ai planté ces pommiers parce que deux étaient morts, et là j’ai mis des figuiers. Quand ils auront poussé, ils protégeront la maison d’un soleil trop ardent et des regards curieux. Là est l’ancienne tonnelle, j’ai seulement changé les supports pourris et travaillé avec les ciseaux. Elle donnera beaucoup de raisin, j’espère. Et là, regarde”
Et, tout fier, il la conduit vers la pente qui se dresse au dos de la maison et qui fait la limite du verger.
“Et là, j’ai creusé une petite grotte et l’ai étayée, et quand ces petites plantations auront grandi, elle sera à peu près aussi grande que celle que tu avais. Il n’y a plus la source… mais j’espère amener un filet d’eau. Je travaillerai pendant les longues soirées d’été quand je viendrai te voir…”
14.6 – “Mais, comment? dit Alphée, vous ne faites pas les noces Les noces. Selon la coutume juive, elles suivaient les fiançailles, qui consistaient en un contrat (cf. EMV 13.6) aussi contraignant quun mariage, mais qui doit encore être amené à sa perfection par la cohabitation, à partir du jour des noces (cf. EMV 26.5). On trouvera un exemple de noces à accomplir en EMV 300.2. De même, en EMV 374.6, Annalia est dite lépouse de Samuel bien que leurs noces naient pas encore eu lieu. cet été?”
“Non, Marie désire filer les draps de laine, unique chose qui manque au trousseau. Et j’en suis heureux. Elle est si jeune, Marie, qu’il n’y a pas d’importance qu’elle attende un an ou plus. En attendant, elle s’habitue à la maison,..”
“Ah! tu as toujours été un peu différent des autres et tu l’es encore maintenant. Je me demande qui n’aurait pas hâte d’avoir pour femme une fleur comme Marie et toi, tu attends des mois!…”
“Joie longuement attendue, joie plus intensément goûtée” répond Joseph avec un fin sourire.
Le frère hausse les épaules et demande:
“Et alors quand penses-tu aux noces?”
“Quand Marie prendra ses seize ans. Après la fête des Tabernacles Soukkot, mi-octobre. La fête des Tentes (Soukkot) est la plus ancienne des fêtes bibliques. À l'origine fête des récoltes, elle se réfère à la parole de Yahvé (Lévitique 23,43): "Afin que vos descendants sachent que j'ai fait habiter sous la tente les enfants d'Israël quand je les ai fait sortir d'Égypte ". En souvenir de cela, on habite pendant sept jours dans des cabanes. . Elles seront douces les soirées d’hiver pour les nouveaux époux!…” Et il sourit encore, en regardant Marie.
Un sourire d’entente secrète et pleine de douceur, d’une consolante chasteté fraternelle. Puis il reprend son tour:
“Ici, c’est la pièce dans la butte. Si tu veux, j’en ferai mon atelier quand je viendrai. Elle communique mais n’est pas dans la maison. Ainsi il n’y aura ni bruit ni désordre. Si pourtant tu veux autrement…”
“Non, Joseph, ça va très bien ainsi.”
14.7 – On rentre à la maison et on allume les lampes.
“Marie est fatiguée, dit Joseph. Laissons-la tranquille avec les cousins.”
Tous saluent et s’en vont. Joseph reste encore quelques minutes et parle à Zacharie à voix basse.
“Ton cousin te laisse Elisabeth quelque temps, es-tu contente? Moi, oui, parce qu’elle t’aidera à… devenir une parfaite maîtresse de maison.
Avec elle tu pourras disposer toutes choses à ton goût et ranger le mobilier et je viendrai tous les soirs t’aider, Avec elle tu pourras te procurer la laine et tout ce qu’il faut.
C’est moi qui réglerai les dépenses. Souviens-toi que tu as promis de t’adresser à moi pour tout. Adieu, Marie. Dors ton premier sommeil de dame, dans cette maison qui est à toi, et que l’ange de Dieu te le rende paisible. Que le Seigneur soit toujours avec toi.”