“Elle ne peut connaître personne car elle est entrée ici toute enfant, dit Zacharie, et la race de David a été trop persécutée et dispersée pour permettre à ses différentes branches de se réunir pour faire une frondaison au palmier royal.”

“Alors, nous laisserons le choix à Dieu.”

11.4 - Les larmes, jusque-là retenues, jaillissent et coulent jusqu’à la bouche tremblante, et Marie jette vers sa maîtresse un regard suppliant.

“Marie s’est promise au Seigneur, pour sa gloire et le salut d’Israël. Ce n’était qu’une petite, à peine capable d’épeler, et déjà elle s’était liée par un vœu…” dit Anne pour lui venir en aide.

“Tes larmes, c’est alors pour cela? Pas pour résister à la Loi?”

“Pour cela… pour rien d’autre. Je t’obéis, Prêtre de Dieu.”

“Ceci confirme tout ce qui m’a été dit de toi. Depuis combien d’années es-tu vouée à la virginité? La virginité de Marie est particulièrement affirmée et célébrée en EMV 5.7/15, EMV 35.10/11, EMV 100.12 et EMV 136.6.

“Depuis toujours, je crois. Je n’étais pas encore venue au Temple et déjà, je m’étais donnée au Seigneur.”

“Mais n’es-tu pas la petite qui, il y a maintenant douze hivers, est venue me demander d’entrer? Marie a donc 14 ans environ puisque Marie est née à la fin de l'été.

“C’est moi.”

“Et comment peux-tu dire, alors, qu’à ce moment déjà tu appartenais à Dieu?”

“Si je regarde en arrière, je me retrouve vouée à Dieu… Je ne me souviens pas de l’instant où je suis née, ni comment je commençai à aimer ma mère et à dire à mon père: “O père je suis ta fille”… Mais je me souviens, et je ne sais quand cela a commencé, d’avoir donné mon cœur à Dieu. Peut-être ce fut avec le premier baiser que je sus donner, la première parole que je sus prononcer, le premier pas que je sus faire… Oui, voilà: je crois que mon premier souvenir d’amour, je le trouve dans ma première démarche assurée… Ma maison… ma maison avait un jardin rempli de fleurs… elle avait un verger et des champs… et il y avait là une source au fond, au pied d’un monticule et elle jaillissait d’un rocher creusé qui formait une grotte… elle était pleine d’herbes longues et minces qui descendaient de tous côtés en vertes petites cascades et semblaient pleurer. En effet les petites feuilles légères, le feuillage qui semblait être une broderie, tout portait en suspension des gouttelettes d’eau qui en tombant faisaient entendre un petit, tout petit carillon. Et la source aussi chantait. Et il y avait des oiseaux sur les oliviers et les pommiers qui se trouvaient là, sur la pente, au-dessus de la source et des colombes blanches venaient se laver dans le miroir limpide de la fontaine…

Je ne me rappelais pas de tout cela parce que j’avais mis tout mon cœur en Dieu et, hormis mon père et ma mère, aimés de leur vivant ou après leur mort, mon cœur ne s’est attaché à aucun objet terrestre… Mais tu me fais penser, Prêtre… Je dois chercher quand je me suis donnée à Dieu… et ce sont les souvenirs des premières années qui me reviennent… J’aimais cette grotte, parce que, plus douce que le chant de l’eau et des oiseaux, j’entendais une voix qui me disait: “Viens mon Aimée”.

J’aimais ces gouttes de diamants sonores parce que j’y voyais le signe de mon Seigneur. Et je me perdais à me dire: “Vois-tu mon âme, comme il est grand, ton Dieu? Celui qui a fait pour l’aquilon les cèdres du Liban a fait ces folioles qui ploient sous le poids d’un moucheron pour la joie de tes yeux et un tapis pour ton petit pied”. J’aimais ce silence des choses pures: la brise légère, l’eau avec ses reflets argentins, la propreté des colombes… J’aimais la paix qui veillait sur la petite grotte semblant retomber des pommiers et des oliviers, tantôt en fleurs et tantôt chargés de fruits précieux…

Et, je ne sais, il me semblait que la voix me disait à moi, oui, c’était bien à moi: “Viens, toi, olive magnifique; viens toi, douce pomme; viens toi, fontaine scellée; viens toi, ma colombe”… Doux est l’amour du père et de la mère… douce était leur voix qui m’appelait… mais cette voix! cette voix! Oh! au Paradis terrestre, je pense que c’est ainsi que l’entendit celle qui fut coupable et je ne sais comment elle put préférer un sifflement à cette voix d’amour, comment elle put désirer une connaissance qui ne fut pas Dieu… Avec mes lèvres qui ne connaissaient encore que le lait maternel, mais avec mon cœur enivré par le miel céleste, j’ai dit alors: “Me voici, je viens. Je suis à Toi. Et nul autre maître n’aura ma chair, hormis Toi, Seigneur, comme mon esprit n’a pas d’autre amour”… Et, en le disant, il me semblait redire des choses déjà dites et accomplir un rite déjà accompli. Il ne me semblait pas étranger l’Époux que j’avais choisi car je connaissais déjà l’ardeur de son amour, ma vue s’était exercée en sa lumière et ma puissance d’aimer s’était développée entre ses bras. Quand?.. Je ne sais. Hors de la vie présente, dirais-je, car j’avais le sentiment de l’avoir toujours possédé et que Lui m’a toujours possédée et que j’existe parce que Lui-même m’a voulue, pour la joie de son Esprit et du mien…

11.5 - Maintenant j’obéis, Prêtre. Mais dis-moi comment je dois agir… Je n’ai plus ni père, ni mère. Toi, sois mon guide.”

“Dieu te donnera l’époux, un époux saint puisque tu t’es confiée à Lui. Tu lui diras ton vœu.”

“Acceptera-t-il?”

“Je l’espère. Prie, ô fille, qu’il puisse comprendre ton cœur. Va maintenant, que Dieu t’accompagne toujours.”