“Que de temps encore! Et je serai au Temple. Dis-moi: si je priais tant, tant, tant; jour et nuit, nuit et jour et que dans ce but je ne voudrais être que de Dieu, toute la vie, l’Éternel me ferait-Il la grâce de donner avant le Messie à son peuple?”
“Je ne sais pas, mon aimée. Le Prophète a dit: “Soixante-dix semaines”. Je crois que la prophétie ne ment pas, mais le Seigneur est si bon” se hâte d’ajouter Anne en voyant s’emperler d’une larme le cil d’or de sa petite. “Je crois que si tu priais, tant, tant, tant, Il t’exaucera.”
Le sourire revient sur le petit visage légèrement levé vers sa mère et un éclair de soleil qui passe entre deux pampres fait briller des pleurs déjà arrêtés, comme seraient les gouttelettes de rosée suspendues aux tiges très fines de mousse alpin.
7.4 – “Et alors, je prierai et me ferai vierge pour cela.”
“Mais sais-tu ce que cela veut dire?”
“Cela veut dire ne pas connaître amour d’homme, mais seulement de Dieu. Cela veut dire n’avoir de pensée que pour le Seigneur. Cela veut dire rester enfant dans sa chair et ange dans son cœur. Cela veut dire n’avoir d’yeux que pour regarder Dieu, d’oreille que pour l’écouter, de bouche que pour le louer, de mains que pour s’offrir en hostie, des pieds que pour le suivre rapide, de cœur et de vie que pour les Lui donner.”
“Bénie toi! Mais alors, tu n’auras jamais d’enfants, toi qui aimes tant les petits, et les agneaux et les petites tourterelles… Sais- tu? Un enfant pour une femme est comme un petit agneau blanc et frisé, ou comme une petite colombe au plumage de soie et au bec de corail que l’on peut aimer, couvrir de baisers et qu’on entend vous dire: “Maman”.
“N’importe. Je serai de Dieu. Au Temple, je prierai. Et peut-être, un jour, je verrai l’Emmanuel. La Vierge qui doit être sa mère, comme dit le grand Prophète, doit être déjà née et elle est au Temple… Je lui serai compagne… et servante. Oh! oui, si je pouvais la connaître, par lumière divine, je voudrais la servir, cette bienheureuse! Et puis, elle me porterait son Fils, m’emmènerait à son Fils et je le servirais, Lui aussi, Pense, maman!… servir le Messie!…”
Marie est très exaltée à cette pensée qui la sublimise et l’anéantit à la fois. Avec ses petites mains croisées sur sa poitrine et sa tête penchée un peu en avant, elle est toute allumée, elle paraît être une reproduction enfantine de la Vierge de l’Annonciation (de Florence) que j’ai vue Maria Valtorta vécut à Florence après sa scolarité. Cest là dailleurs quelle fut victime de lattentat qui progressivement la rendit grabataire. Cette remarque de Maria Valtorta est intéressante à un double point de vue : dabord parce que la Vierge Marie, dans une catéchèse du 28 décembre 1947, confirmera que ce portrait miraculeux est le portrait terrestre le plus approchant de la réalité. Ensuite parce que cest dans un cloître de cette basilique que repose Maria Valtorta. Maria Valtorta y fait de nouveau allusion ne EMV 27.1. . Elle reprend:
“Mais est-ce que le Roi d’Israël, l’Oint de Dieu, me permettra-t-il de le servir?”
“N’en doute pas. Le roi Salomon ne dit-il pas: “Il y a soixante reines et quatre-vingt autres épouses, et innombrables, les jeunes filles” Cantique des cantiques 6, 8-9. ? Tu vois, qu’à la cour du Roi seront innombrables les vierges qui serviront leur Seigneur.”
“Oh! tu vois alors que je dois être vierge? Je le dois. Si Lui veut pour mère une vierge, cela veut dire qu’Il aime par-dessus tout la virginité.
Je veux qu’Il m’aime, moi, sa servante pour la virginité qui me fera un peu semblable à sa Mère bien-aimée… Oui, c’est cela que je veux…
7.5 – Je voudrais aussi être pécheresse, si grande pécheresse, si je ne craignais d’offenser le Seigneur… Dis-moi, maman, peut-on être pécheresse pour l’amour de Dieu?”
“Mais que dis-tu, mon trésor? Je ne comprends pas.”
“Je veux dire: pécher pour pouvoir être aimée de Dieu qui devient Sauveur. On sauve ce qui est perdu, n’est-ce pas? Je voudrais être sauvée par le Sauveur pour avoir son regard d’amour; C’est pour cela que je voudrais pécher, mais sans faire de péché qui Le dégoûte. Comment peut-Il me sauver si je ne me perds? Ce rapport paradoxal entre le péché et lamour reconnaissant pour le Rédempteur, se trouve dans lExultet de Pâques : Bienheureuse faute de lhomme, qui valut au monde en détresse le seul Sauveur ! Saint Paul cultive aussi ce paradoxe par amour pour ses frères : Moi-même, pour les Juifs, mes frères de race, je souhaiterais être anathème, séparé du Christ (Romains 9,3). ”
Anne est abasourdie. Elle ne sait plus quoi dire.
Joachim vient à son secours, en marchant sur l’herbe il s’était approché sans bruit derrière la haie des petits plants de vigne.
“Il t’a aimée auparavant, parce qu’Il sait que tu l’aimes et veux n’aimer que Lui seul. C’est pour cela que tu es déjà rachetée et tu peux être vierge, comme tu le veux” dit Joachim.
“Vraiment, mon père?”
Marie se serre à ses genoux et le regarde avec les claires étoiles de ses yeux si semblables à ceux de son père, et si heureuse de l’espérance que son père lui donne.
“En vérité, petit amour. Regarde. Je t’ai apporté ce petit passereau qui a fait son premier vol près de la fontaine. J’aurais pu le laisser aller, mais ses faibles ailes et ses pattes trop grêles n’avaient pas assez de force pour le soulever à nouveau et le re- tenir sur les pierres glissantes de la margelle. Il serait tombé dans l’eau. Je n’ai pas attendu que ce malheur se produise. Je l’ai pris et je te le donne. Tu en feras ce que tu voudras. En effet il a été sauvé avant d’encourir le danger. C’est la même chose que Dieu a fait avec toi. Maintenant, dis-moi, Marie: ai-je aimé le passereau en le sauvant avant qu’il ne tombe ou bien l’aurais-je aimé davantage en le tirant du danger après la chute?”
“C’est maintenant que tu l’as le mieux aimé, n’ayant pas permis qu’il périsse dans l’eau froide.”
“Eh bien! Dieu t’a aimée davantage, car Il t’a sauvée avant que tu ne pèches.”
“Et moi, alors, je l’aimerai de toutes mes forces. Joli petit passereau je serai comme toi. Le Seigneur nous a aimés semblablement en nous faisant cadeau du salut… Maintenant, je te soignerai et puis je te laisserai aller. Toi, tu chanteras dans le bois, et moi au Temple les louanges de Dieu, et nous dirons: “Envoie, envoie Celui que tu as promis à ceux qui l’attendent”.
7.6 – Oh! mon papa, quand me conduiras-tu au Temple?”
“Bientôt ma perle, mais cela ne te fait-il pas de la peine de laisser ton père?”
“Tellement! Mais tu viendras… et puis, si cela ne faisait pas mal, quel sacrifice serait-il?”
“Et tu te rappelleras de nous?”
“Toujours. Après la prière pour l’Emmanuel, je prierai pour vous. Que Dieu vous donne joie et longue vie… jusqu’au jour où Lui sera Sauveur. Puis, je Lui dirai qu’il vous prenne et vous emmène à la Jérusalem du Ciel.”